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Le 9 août 2021, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat des Nations Unies (GIEC) publiait son dernier rapport scientifique sur la crise climatique. Les conclusions sont plus claires que jamais, et tout simplement stupéfiantes. Le réchauffement climatique est encore plus rapide que prévu et touche déjà toutes les régions de la planète. Seule «  une action immédiate, rapide et à grande échelle » peut encore stopper les pires conséquences de la crise climatique. La situation n’exige rien de moins qu'une révolution climatique sociale. En plus d’être antisociale, une taxe carbone ou d'autres solutions s’appuyant sur la logique de marché seront inefficaces. Si nous voulons sauver le climat, nous devrons nous en prendre aux multinationales et aux gouvernements.

Le rapport du GIEC n'est pas une enième étude scientifique. C’est une analyse et une évaluation des dernières connaissances scientifiques sur le changement climatique. C’est le résultat de l’analyse de 14 000 publications scientifiques. Il s'agit donc du meilleur aperçu jamais réalisé de l'état actuel de nos connaissances sur le climat.

La première conclusion du rapport est que le lien entre activité humaine et réchauffement climatique est irréfutable : « Il ne fait aucun doute que l'atmosphère, l'océan et les terres se sont réchauffés en raison de l'influence humaine. » Dans les précédents rapports sur le climat, ce lien était encore estimé « très probable », mais grâce à l'amélioration des observations, des données satellitaires et des modèles, la certitude scientifique est quasi totale : le climat se réchauffe et cela est « irréfutablement » dû aux émissions de gaz à effet de serre.

Le réchauffement climatique que nous connaissons est inédit. Jamais un tel phénomène ne s’était produit au cours des 2 000 dernières années. Les changements climatiques récents sont rapides, observables partout et de plus en plus intenses. Les conséquences se font déjà sentir : vagues de chaleur, fortes précipitations, sécheresses et autres phénomènes météorologiques extrêmes deviennent plus fréquents et plus intenses. Les inondations dévastatrices dans la province de Liège et en Allemagne, ou les incendies de forêt destructeurs en Grèce et en Turquie en sont, malheureusement, des exemples manifestes. Et ce sont les travailleuses et les travailleurs, ainsi que les plus pauvres, qui sont les principales victimes de la crise climatique.

Une autre conclusion effrayante du rapport: certains changements sont irréversibles. Ainsi, en raison de nos émissions passées, l'élévation du niveau de la mer, l'augmentation de la température des océans et la fonte de la calotte glaciaire du Groenland sont inévitables. D'autres changements, en revanche, peuvent encore être ralentis, voire stoppés, si nous controns la crise climatique.

Chaque dixième de degré compte

Le rapport indique que chaque tonne de CO2 contribue au changement climatique et que les effets s'aggravent avec chaque dixième de degré supplémentaire. Dans l'Accord de Paris sur le climat, tous les pays ont accepté de limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2 degrés, et de viser un réchauffement maximal d’1,5 degré. Un précédent rapport du GIEC a montré que la différence d'impact entre un réchauffement d’1,5 degré et de 2 degrés est très importante. Nous devons donc tout mettre en œuvre pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré.

Dans le nouveau rapport, la hausse de la température et ses conséquences sont déterminées pour cinq scénarios climatiques, en fonction de l'évolution des émissions mondiales : émissions très faibles, faibles, moyennes, élevées, très élevées. Il en résulte que nous franchirons la barre d’1,5 degré (au moins temporairement) d'ici le milieu du siècle. Ce n'est que dans le scénario d’émissions « très faibles » que la température augmentera d'un peu plus d’1,5 degré, pour se stabiliser ensuite juste en dessous d’1,5 degré à la fin du siècle.

Limiter le réchauffement de la planète à 2 degrés ne sera possible que si les émissions mondiales atteignent la neutralité en 2050 au plus tard. Sinon, nous franchirons le seuil des 2 degrés d'augmentation de température au milieu de ce siècle. Les conséquences de la crise climatique seront alors catastrophiques.

Pouvons-nous encore lutter contre le réchauffement climatique ?

Oui. Le GIEC affirme clairement qu'il est encore possible de contrer les pires effets du changement climatique. Mais cela ne sera possible qu’avec des « réductions immédiates, rapides et à grande échelle » de nos émissions. Le GIEC ne mâche pas ses mots : le climat que nous connaîtrons à l'avenir dépendra des choix que nous faisons maintenant.

Pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, nous sommes encore autorisés à émettre un maximum de 500 gigatonnes de CO2. Or, aujourd'hui, nous émettons environ 40 gigatonnes par an. Nous devrions ensuite tendre vers la neutralité des émissions dans un délai de 25 ans, et réduire de moitié nos émissions au niveau mondial dans un délai de 10 ans. Pour cela, il ne faut rien de moins qu'une révolution climatique sociale. Cela signifie un effort à grande échelle, planifié et coordonné, pour arrêter complètement l'utilisation des combustibles fossiles. Cela signifie que nous ne pourrons pas laisser les investissements climatiques vitaux dans les transports publics, l'isolation, les énergies renouvelables, la recherche et d'autres leviers aux mains du marché. Mais que le gouvernement doit intervenir. Il faut considérer que reporter encore de telles mesures ou se contenter de quelques mesurettes ici et là, ne serait rien de moins qu’une véritable négligence coupable.

Responsabilité « humaine » ?

L’influence humaine sur le climat a été scientifiquement établie, mais cela ne signifie pas que « l’être humain » ou « nous » sommes tous responsables de la même façon. Ce sont les grandes multinationales et les riches qui sont responsables de la plupart des émissions de CO2. En Belgique, cinq multinationales émettent presque autant que tous les ménages réunis. Et selon une étude internationale, 100 multinationales sont responsables de 71 % des émissions mondiales à ce jour.

Cela signifie que nous devons obliger les multinationales à transformer leur production pour la rendre neutre sur le plan climatique. Une telle transition est également bonne pour l'emploi, mais cela nécessite des investissements massifs. Les grands pollueurs ne pourront pas répercuter ce coût sur les travailleurs ni sur le gouvernement. Ils doivent investir dans la conversion de leurs processus de production. La qualité de vie sur notre planète doit primer sur la soif de profit.

La crise climatique est et restera une crise systémique. Tant que nous ne le reconnaîtrons pas et que nous n'obligerons pas les grands pollueurs à opérer ce revirement, nous ne pourrons pas contrer la crise climatique. Ce n’est pas pour rien que le slogan du mouvement pour le climat est « System change, not climate change » (« Changement de système, pas changement climatique »).

Le mouvement climatique a déjà appelé à une nouvelle manifestation nationale de grande envergure le 10 octobre : #BacktoTheClimate. Rendez-vous à Bruxelles !