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Nous ne vivons pas juste une grave crise sanitaire, mais aussi une crise sociale, qui pèse lourdement sur notre santé mentale. En lançant notre campagne pour un hiver solidaire, nous joignons les actes à la parole et développons concrètement la solidarité, sur le terrain. Mais nous agissons aussi de manière structurelle sur les inégalités.

Avec la crise, les pauvres deviennent encore plus pauvres, et une petite poignée de riches encore plus riches. Les 100 européens les plus riches ont ainsi vu leur fortune augmenter de 120 milliards d’euros en un an malgré la crise et la chute du PIB dans tous les pays européens.

Les pauvres plus pauvres et les riches plus riches : ça suffit !

D’un côté, certains profitent de la crise, mais de l’autre, de plus en plus de gens ont du mal à joindre les deux bouts. Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme : « la faim augmente en Europe ». En Belgique, 200 000 personnes ont eu besoin d’aide pour pouvoir se nourrir lors du premier confinement. C’est 30 000 personnes de plus qu’au début de l’année. Il s’agit de travailleurs pauvres, de parents (souvent des mères) isolés, de jeunes qui tombent dans la pauvreté. Et les chiffres ne cessent d’augmenter.

Les inégalités existaient déjà avant la crise, mais elles augmentent aujourd’hui de manière exponentielle. Des travailleurs et travailleuses nous parlent chaque jour de leur baisse de revenus et de la menace qui pèse sur leur emploi.

Cette crise sociale et sanitaire a de lourdes répercussions au niveau psychosocial. Les difficultés sociales combinées à la restriction de nos contacts sociaux pèse lourdement sur notre santé mentale. Le sentiment de mal-être, de solitude, d’abandon est de plus en plus fort, notamment chez les jeunes. Il y a urgence : il faut inverser la tendance. Pas question de revenir à la « normalité » de la société inégalitaire d’avant le Covid. Il est temps d’apporter des changements structurels.

Un plan en quatre axes

A travers cette campagne, nous proposons un plan d’urgence sociale autour de 4 axes.

1. Protéger les travailleurs le temps de la crise

Personne ne devrait avoir à choisir entre son revenu ou son emploi et sa santé. C’est pourtant aujourd’hui le cas de beaucoup de travailleurs et de travailleuses. Pour empêcher cela, il faut :

  • Garantir à 100 % les revenus en cas de chômage temporaire et de quarantaine. C’est nécessaire pour garantir le pouvoir d’achat, mais c’est aussi important au niveau sanitaire, pour favoriser le respect de la quarantaine.
  • Assurer un revenu et des aides automatiques aux petits indépendants et aux artistes. On voit que beaucoup passent à travers les mailles du filet ou ne savent même pas à quoi ils ont droit. Il faut aussi relever le niveau des aides, et obliger les banques à réellement reporter les prêts.
  • Instaurer un moratoire sur les licenciements le temps de la crise pour empêcher que des pressions puissent être exercées sur des travailleurs ou que certains grands patrons profitent de la crise pour restructurer.

Ces mesures doivent être prises immédiatement. Les travailleurs ne sont pas responsables de cette crise et ils n’ont pas à en payer le prix. Le maintien du pouvoir d’achat et de l’emploi est aussi crucial pour pouvoir relancer l’économie.

2. Augmenter structurellement le pouvoir d’achat et lutter contre la pauvreté

Ce n’est pas normal que, dans un pays aussi riche que la Belgique, tellement de gens n’aient pas les moyens de se nourrir ou se chauffer correctement. Nous prenons des mesures structurelles pour résoudre cela :

  • Augmenter le salaire minimum à 14 euros de l’heure et lever le blocage des salaires. Une étude récente montre notamment que beaucoup de travailleurs et travailleuses des secteurs essentiels étaient en réalité sous-payés. Il est temps que cela change.
  • Baisser la TVA sur l’énergie à 6 %. C’est d’autant plus urgent avec l’hiver qui est là. Le coût de l’énergie représente une part importante des factures des ménages les plus précaires.
  • Augmenter toutes les allocations au-dessus du seuil de pauvreté. C’est une promesses faite depuis des années par tous les gouvernements successifs, mais qui n’a jamais été tenue. Il faut la réaliser maintenant.
  • Sortir les pensionnés de la pauvreté. La situation de nos aînés aujourd’hui n’est pas tolérable. Il faut en finir avec les promesses vides du gouvernement, et instaurer une pension minimum à 1 500 euros, en net et maintenant.

3. Nommer le problème et répondre à la crise psychosociale, notamment chez les jeunes

Le manque de contacts sociaux et de perspectives affecte la santé mentale de beaucoup d’entre nous, en particulier des jeunes. Quand des difficultés financières viennent s’ajouter à cela, on assiste à des drames, comme la mort de cette jeune indépendante liégeoise, Alysson.

  • L’impact psychosocial de la crise est largement sous-estimé. Commençons par oser mettre des mots sur le problème, puis prendre des mesures pour y répondre.
  • Investir massivement dans le soutien et l’aide psychologique de première ligne afin qu’elle soit accessible et gratuite. Faire connaître largement les lignes d’appel et les initiatives de soutien.
  • Envoyer proactivement des équipes mobiles de psychologues et assistants sociaux dans les collectivités dont on sait qu’elles sont fort touchées (maisons de repos, institutions pour jeunes, etc.).


Une attention particulière doit être portée à la jeunesse. Les contacts sociaux sont un besoin fondamental pour les jeunes, pour leur développement. Ainsi, l’isolement dans lequel ils sont plongés aujourd’hui a-t-il encore plus d’impact sur eux. La pression et les inégalités scolaires grandissent aussi. Il y a un sentiment amer de « louper sa jeunesse, passer à côté de ses belles années ».

On observe de la souffrance chez les jeunes. Des troubles mentaux qui apparaissent. Dans cette crise, ils constituent un groupe à risque. Mais un groupe qui n’a pas de grand lobby pour le défendre. Nous voulons en faire une question prioritaire.

  • Briser le tabou sur la santé mentale. Il faut des espaces pour en parler, afin que chacun puisse dire comment il se sent. Cela doit être aussi organisé à l’école.
  • Adapter le programme scolaire pour faire diminuer la pression et lutter contre les inégalités, en offrant un accompagnement supplémentaire aux jeunes qui ont des difficultés.
  • Réduire la fracture numérique en permettant à tous d’avoir accès à un ordinateur. Les gouvernements doivent débloquer en urgence les fonds pour cela.
  • Permettre aux jeunes de reprendre des activités sportives, culturelles et hobbys dans un environnement encadré, en collaboration avec les mouvements de jeunesse.
  • Mettre les jeunes dans les groupes prioritaires dans le cadre des mesures d’assouplissements à venir.

4. Faire contribuer les grosses fortunes et les multinationales à l’effort

Ce n’est ni aux travailleurs ni aux jeunes de payer cette crise. Il faut arrêter de dire qu’il n’y a pas de moyens. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires en Belgique qu’aujourd’hui. Encore plus en période de crise exceptionnelle, il faut prendre les mesures nécessaires.

Nous voulons :

  • instaurer une taxe des millionnaires. Un vrai impôt sur la fortune et pas une taxe symbolique qui rate sa cible comme le propose le gouvernement Vivaldi. Une taxe de 1 à 3 % sur les fortunes au-dessus d’un million d’euros permettrait ainsi de dégager jusqu’à 8 milliards pour des investissements sociaux.
  • imposer une fiscalité équitable aux multinationales. Ce n’est pas normal qu’une femme de ménage paie plus d’impôts que certaines grandes multinationales. Il faut en finir avec les cadeaux et les niches fiscales.
  • instaurer un impôt temporaire spécial sur les profiteurs de la crise. On voit en effet les géants de l’e-commerce, de la grande distribution ou de l’industrie pharmaceutique qui réalisent de gigantesques surprofits grâce à la crise. En mettant en place un impôt exceptionnel de crise comme cela a été fait dans de nombreux pays pendant les deux guerres mondiales. Cela permettrait de dégager des centaines de millions d’euros pour aider les petits indépendants et les PME.

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