Entretien avec Raoul Hedebouw (3/3) : « Le monde du travail doit construire son rapport de force pour aller chercher des victoires. »

Raoul Hedebouw : « Je suis convaincu que, dans 200 ans, des historiens diront : "Il y a eu une époque où on vivait sous le capitalisme. C'était le profit qui décidait où les ressources allaient dans la société, pas pour répondre aux besoins des gens mais

En novembre, Raoul Hedebouw répond à vos questions dans une interview exclusive en trois parties pour le magazine Solidaire. Dans cette troisième partie, le porte-parole du PTB explique la nécessité de rompre avec les politiques du passé, se mobiliser et construire un rapport de force dans le monde du travail.

Livia Lumia et Michaël Verbauwhede

Retrouvez les deux premières parties de notre entretien avec Raoul Hedebouw :
Entretien avec Raoul Hedebouw (1/3) : « Pour venir à bout du coronavirus, apprenons des autres peuples. »

Entretien avec Raoul Hedebouw (2/3) : « Entre le bloc de la Vivaldi, et le bloc des séparatistes et de la haine, le PTB est le bloc de l’opposition de gauche. »

Face au nouveau gouvernement Vivaldi, le PTB s’est dit prêt à mener une solide opposition de gauche : « Nous, la gauche de gauche, avons une responsabilité importante : faire prendre conscience aux gens que ce sont les multimillionnaires, les spéculateurs, qui sont responsables de la crise. »

Vous parlez souvent de « points de rupture ». Qu’est-ce que ça signifie ?

Raoul Hedebouw. Un point de rupture, pour les forces de gauche, c'est un concept important. C'est un point sur lequel on va cristalliser le rapport de force social. On sait qu'on ne pourra pas avoir 100 % de son programme, mais on décrète un point de rupture parce qu'il y a une mobilisation populaire dessus. En-dessous de ça, on ne va pas. Quand j'entends Paul Magnette dire que ce retour à la pension à 65 ans était un « bête » symbole... On voit qu'il ne comprend pas ce que veut dire un point de rupture pour la gauche. Le point de rupture, c'était les congés payés en ‘36 : on les voulait. Et on sait que certains secteurs avaient déjà leurs congés payés. Mais, à un moment donné, cet acquis social se cristallise dans une demande interprofessionnelle pour tous les travailleurs, pour devenir loi.

Comment obtenir ces avancées sociales ?

Raoul Hedebouw. Construire un contre-pouvoir. Dans la rue, dans les quartiers, dans les entreprises, par la mobilisation syndicale et citoyenne. Et un contre-pouvoir avec un parti comme le PTB, qui incarne cette rupture avec le système capitaliste dominant, et qui grandit sur le terrain, où on est passé de 10 000 à plus de 19 000 membres en quelques années.

Est-ce possible depuis l’opposition ?

Raoul Hedebouw. Le monde du travail doit construire son rapport de force, pour aller chercher des victoires. Comme l’année passée avec le « Fonds blouses blanches ». Ça montre qu'il est possible de gagner aussi à partir de l'opposition. C'est important. L'histoire populaire de notre pays nous le montre. Il n'y avait pas de majorité au Parlement pour avoir le suffrage universel quand le combat a été lancé. Il n'y avait que des riches au Parlement ! (L'interview continue en-dessous de la vidéo.)

Est-ce qu'on peut s'attendre à des mobilisations dans les prochaines années ? Est-ce que ça n'aurait pas été plus facile de faire descendre les gens dans la rue si on avait eu la N-VA au gouvernement ?

Raoul Hedebouw. Je ne pense pas. Il n'y a pas eu de différence qualitative de mobilisation entre le gouvernement Di Rupo et le gouvernement Michel. Le gouvernement Di Rupo a connu de grandes manifestations aussi, notamment contre le gel des salaires, sur les fins de carrière. C'est une des qualités des organisations syndicales en Belgique. Bien sûr, il y a du lobby politique. Mais quand il s'agit de défendre les intérêts des travailleurs, on voit qu'il n'y a pas de compromission en la matière.

Le défi va plutôt être de trouver des formes de mobilisation en temps de corona. Mais l'accord Vivaldi n'était pas encore signé qu'il y avait déjà des mobilisations syndicales le 28 septembre. Donc, de ce côté-là, j'ai confiance dans notre mouvement populaire.

La crise sanitaire se transforme aussi en crise sociale. Beaucoup d'entreprises licencient. Comment en sortir ?

Raoul Hedebouw. Premièrement, beaucoup d'entreprises ont réalisé des millions de bénéfices ces dernières années. Elles ont accumulé cet argent. Il me parait logique que l’État leur demande d’assumer collectivement les défis sociaux d’aujourd’hui. Ça peut se faire via, par exemple, une réduction du temps de travail dans certaines entreprises. Prenons l'exemple de Sodexo. Une entreprise qui décide de licencier 380 travailleurs alors qu'une réduction du temps de travail de 38 à 34 heures par semaine permettait de sauver tous ces emplois. Or, Sodexo a réalisé 1,3 milliard de bénéfices sur l'exercice 2019.

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Mais cela ne suffira pas. Il faut aussi créer de nouveaux emplois.

Raoul Hedebouw. Je crois à l'initiative industrielle publique. Il y a des secteurs d'emploi que le marché ne pourra pas résoudre. Dans son livre, Peter Mertens propose un plan Prométhée, un plan d’investissement public dans 4 domaines. : l’énergie, les transports, le numérique et les soins de santé. On doit investir massivement dans ces secteurs d’avenir, ce qui va créer des milliers d'emplois.

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Taxe des millionnaires, Plan Prométhée, réduction collective du temps de travail : c'est un peu ça, le monde d'après pour Raoul Hedebouw ?

Raoul Hedebouw. Pas seulement pour moi, mais pour l'ensemble des peuples. Je suis convaincu que, dans 200 ans, des historiens diront : « Il y a eu une époque où on vivait sous le capitalisme. C'était le profit qui décidait où les ressources allaient dans la société, pas pour répondre aux besoins des gens mais pour faire plus de bénéfices. » Et les gens diront qu'on était fous. Des archéologues se demanderont comment notre monde a pu tourner comme ça (rires).

Mais que faire aujourd’hui ?

Raoul Hedebouw. Les gens sont en colère. Et certains veulent orienter cette colère vers les immigrés. On a vu dans les années '30 ce que ça pouvait donner. Nous, la gauche de gauche, on a une responsabilité importante : orienter la colère des gens vers le dessus. Leur faire prendre conscience que ce sont les multimillionnaires, les spéculateurs, qui sont responsables de la crise. (L'interview continue en-dessous de la vidéo.)

Ne demandez pas que le PTB devienne un parti comme les autres. Sinon qui restera-t-il encore pour les gens, pour porter l'espoir ? C'est quand la gauche a trahi ses principes que le Vlaams Belang s'est implanté dans les quartiers populaires d'Anvers. C'est quand la gauche a accompagné le libéralisme dans les années '90 que les quartiers populaires du nord de la France ont abandonné leur vote pour la gauche de gauche, au profit du Rassemblement National. C'est ça qui est en train de se passer aujourd'hui. Et là, on a une responsabilité importante comme parti politique.

Retrouvez les deux premières parties de notre entretien avec Raoul Hedebouw :
Entretien avec Raoul Hedebouw (1/3) : « Pour venir à bout du coronavirus, apprenons des autres peuples. »

Entretien avec Raoul Hedebouw (2/3) : « Entre le bloc de la Vivaldi, et le bloc des séparatistes et de la haine, le PTB est le bloc de l’opposition de gauche. »

Retrouvez l'interview complète de Raoul Hedebouw dans le magazine Solidaire de novembre. Abonnez-vous ici.


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  • Rédaction en ligne
    a publié cette page dans Actualités 2020-11-06 15:30:39 +0100

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