Thomas Piketty : pour garantir la justice fiscale, la Taxe Corona du PTB plutôt que la taxe comptes-titres du gouvernement

Photo Fronteiras do Pensamento

La commission Finances de la Chambre a entendu l’économiste Thomas Piketty ce 9 février, dans le cadre de l’examen de la proposition de loi PTB visant à introduire une Taxe Corona sur les multi-millionnaires (une déclinaison « one-shot » de sa Taxe des millionnaires).

Pour le célèbre économiste français, les modalités de la proposition du PTB – un impôt exceptionnel de 5 % sur les patrimoines de plus de 3 millions d’euros – ne sont pas exagérées : il rappelle que l’Allemagne de 1952 avait appliqué un prélèvement de 50 % sur les patrimoines. Autre comparaison plus actuelle : le programme de Bernie Sanders, candidat de gauche à la primaire du parti démocrate, proposait de taxer les super-riches jusqu’à 8 %. 

Comparant la proposition du PTB à la taxe sur les comptes-titres du gouvernement belge, Piketty estime que la première rencontre mieux l’objectif de justice fiscale. Pour lui, le taux de la taxe sur les comptes-titres est bien trop faible : « 0,15 % ce n’est vraiment pas beaucoup et ça ne va pas rapporter grand-chose ». Autre critique : une grande partie du patrimoine échappe à la taxe sur les comptes-titres.

À la question du député du PTB Marco Van Hees de savoir si le rendement de la Taxe Corona (15 milliards d’euros) ou de la Taxe des millionnaires (8 milliards d’euros) est surestimé, au vu du rendement plus faible qu’affichait l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) français, l’auteur du Capital au XXIe siècle répond que ces rendements ne semblent pas exagérés dès lors que le contrôle de la taxe se ferait de manière plus sérieuse que pour l’ISF. Ce dernier, ajoute-t-il, était très mal administré et aurait dû rapporter beaucoup plus.

À ce propos, Piketty a critiqué le maintien d’une forme de secret bancaire en Belgique. Pour lui, il n’est pas normal de conditionner la levée du secret bancaire à l’existence d’indices de fraude.

L’économiste est également revenu sur le bilan de l’ISF, que les adversaires d’une taxation des grands patrimoines épinglent souvent comme un impôt qui ne fonctionnait pas : même si l’ISF aurait pu rapporter bien plus, au cours de son histoire, son rendement a été multiplié par cinq. Prétendre que l’ISF a été une hémorragie fiscale est donc factuellement faux.

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