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Le PTB est un grand gagnant des dernières élections dans tout le pays. En Wallonie et à Bruxelles, c'est le parti qui a le plus progressé. En Flandre, il est le deuxième parti avec la plus forte croissance. Quelles sont les raisons de ce succès ? Retour sur la campagne électorale et le résultat du 26 mai.

David Pestieau et Loonis Logghe

Une victoire remarquable

Le nombre de gens qui ont voté pour le PTB a plus que doublé : de 251 276 à 584 621 voix dans tout le pays. Nous représentons ainsi 8,6 % de tous les électeurs en Belgique. Seuls quatre partis ont obtenu davantage de voix : la N-VA, le Vlaams Belang, le PS et le CD&V.

En Wallonie, le score du parti est particulièrement élevé, avec 14,5 % des voix pour les élections européennes. Les résultats sont particulièrement bons dans les provinces de Liège (16,4 %) et du Hainaut (15,6 %), avec des pointes dans les villes de Charleroi (22 %), Liège (19,1 %), Herstal (27,5 %), Seraing (26,5 %) et La Louvière (22,1 %). À Namur aussi, nous progressons de manière remarquable. Avec 11,9 %, nous obtenons pour la première fois un élu dans cette province. Mais aussi en Brabant wallon (7,4 %) et dans le Luxembourg (9 %), les scores sont remarquables.

À Bruxelles, les résultats sont excellents, ce qui était moins attendu qu'en Wallonie. Lors des élections communales, notre score à Bruxelles avait déjà constitué une surprise. Ce succès est aujourd'hui renforcé avec 13,5 % sur l'ensemble de la Région bruxelloise. Dans les communes populaires de Molenbeek, Anderlecht et Saint-Gilles, où il y a beaucoup de jeunes, nous tournons autour des 20 %. Mais nous dépassons aussi les attentes à Bruxelles-Ville, avec 17,3 % et un meilleur score qu'Ecolo.

Notre choix de prendre à cœur les intérêts de la classe des travailleurs est le bon

En Flandre, nous progressons à contre-courant de la marée de droite extrême, nous obtenons 5,6 % des voix au niveau fédéral. En province d'Anvers, nous égalons presque le sp.a, avec 7,6 %. Les résultats sont particulièrement bons dans les villes. À Anvers-Ville, avec 12,7 %, nous dépassons les sociaux-démocrates. Dans la ville de Gand, le parti obtient 11,7 % des voix, à Genk 10,1 %. En Flandre-Orientale, avec 5,5 %, nous décrochons deux élus, et un dans le Limbourg avec 5,7 %. En Brabant flamand (4,7 %) et en Flandre-Occidentale (3,6 %), l'avancée est également significative. C'est une véritable percée : nous sommes aujourd'hui déjà plus loin en Flandre que lors de notre première percée de 2014 en Wallonie.

La gauche authentique n'avait plus obtenu de score aussi élevé depuis 1946, quand, juste après la guerre, le Parti communiste avait obtenu 12,7 % des suffrages dans tout le pays.

Dans toute l'Europe, le 26 mai, les partis de la gauche radicale ont reculé. Ce n'est qu'en Belgique que la gauche authentique obtient une victoire significative. Cela montre que notre message clair est entendu, et que notre choix de prendre à cœur les intérêts de la classe des travailleurs est le bon.

Des élus solides qui connaissent le terrain

Notre parti a désormais beaucoup plus de députés dans les Parlements. Nous passons de 8 à 43 élus.

  • au Parlement européen, de 0 à 1 élu ;
  • à la Chambre, de 2 à 12 ;
  • au Sénat, de 0 à 5 ;
  • au Parlement flamand, de 0 à 4 ;
  • au Parlement wallon, de 2 à 10 ; (sans compter les 13 élus du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
  • au Parlement bruxellois, de 4 à 11 (dans les deux groupes linguistiques).

Les listes solides que nous avons présentées pour ces élections ont amené des élus solides. Le groupe que nous allons former à la Chambre sera fort et divers, avec quatre femmes et quatre ouvrier.e.s qui, ensemble, totalisent plus de cent années d'expérience syndicale, avec des gens qui connaissent bien le terrain.

Les 12 élus fédéraux du PTB

Nos figures de proue sont très populaires : Peter Mertens, président du parti obtient le 12e meilleur score de tous les élus fédéraux avec 48 800 voix de préférence, et Raoul Hedebouw est carrément à la 9e place avec 49 850 voix de préférence.

Nos élus proviennent des trois régions du pays mais ils parlent tous la même langue : celle du peuple

Notre identité en tant que parti unitaire sera importante pour notre groupe fédéral. Nos élus proviennent des trois régions du pays mais ils parlent tous la même langue : celle du peuple. Il est aussi à souligner particulièrement que Gaby Colebunders, Limbourgeois, a été élu à Liège. Un fait qui rappelle l'élection historique du tout premier élu socialiste : le Gantois Edouard Anseele qui, en 1894, avait été élu à Liège. C'est un signal important pour l'unité du pays et pour le retour de la gauche authentique.

Quatre de nos élu.e.s à la Chambre sont des ouvrier.e.s. C'est unique en Belgique. Nadia Moscufo a été caissière chez Aldi, Gaby Colebunders a travaillé chez Ford Genk, Roberto D’Amico chez Caterpillar et Maria Vindevoghel à la Sabena. Avant les élections, il n'y avait qu'une seule personne ouvrière au Parlement fédéral. Les quatre élus PTB sont ainsi une valeur ajoutée incontestable à la démocratie dans notre pays.

Les trois piliers du succès

Cette victoire électorale est le résultat de notre politique, de notre présence sur le terrain avec nos 16 000 membres et de notre communication, en particulier sur les réseaux sociaux. Ce sont les trois piliers de notre succès.

Le premier pilier est le renouveau du parti depuis 2008. L'analyste Denis Rogatyuk écrivait récemment dans le magazine britannique Tribune : « La réorganisation du parti et le processus de renouveau [...] ont joué un rôle crucial dans l'émergence du parti en tant qu'alternative crédible, qui offre des propositions tant sociales qu'écologiques, mais aussi des solutions pratiques aux problèmes économiques créés par la crise financière. » Sans cette opération de renouveau, le succès d'aujourd'hui n'aurait pas été possible. Depuis lors, nous sommes devenus une force politique importante en Belgique.

Mais les choix stratégiques concrets ont également eu une grande importance. Notre stratégie a consisté à d'abord percer dans les centres urbains de tout le pays (de 52 à 167 élus) lors des dernières élections communales. De là, nous voulions pouvoir nous développer pour viser plus haut. Ce qui a été une réussite partout. En Wallonie, cette stratégie nous a permis de confirmer notre percée à Namur, à Tournai, à Verviers, à Huy et bien sûr à Liège et à Charleroi, et d'étendre notre influence sur toute la Wallonie. À Bruxelles, nous avons pu élargir notre percée dans sept quartiers populaires bruxellois aux 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale.

Dans la province d'Anvers, cette stratégie nous a permis de décrocher deux élus fédéraux et deux élus au Parlement flamand. Et les élus en Flandre-Orientale et dans le Limbourg sont aussi une conséquence directe de ce choix.

Nous savions que l'objectif le plus difficile à atteindre était de franchir le seuil électoral des 5 % en Flandre. En 2014, nous avions raté l'objectif de justesse, avec un score de 4,5 % dans la province d'Anvers. Mais ce n'est pas pour autant que le succès était garanti le 26 mai. Au Nord du pays, le courant politique et culturel dominant est à droite, alimentée par le message conservateur dominant de la N-VA et l'implantation du Vlaams Belang.

Pour abattre une digue, il faut d'abord ouvrir une brèche et ne pas taper sur toutes les pierres en même temps. C'est en partant de ce principe que nous avions décidé de nous concentrer sur Anvers pour nous développer au Nord du pays. Au lieu de mener une campagne intensive partout à la fois, nous avons consacré la plupart de nos moyens et de nos forces sur Anvers, et aussi spécifiquement en Campine anversoise (la région à l’Est de la ville d’Anvers où nous étions moins implantés, une région avec des villes comme Turnhout, Geel ou Mol). À partir des expériences à Anvers, nous avons élargi les meilleures expériences au reste du pays (avec les adaptations nécessaires). Ce choix de concentrer les forces pour percer à Anvers s'est donc avéré payant. Car la percée à Anvers a aussi contribué à tirer vers le haut les résultats dans les provinces voisines de Flandre-Orientale et du Limbourg.

Le deuxième pilier est la présence sur le terrain, avec une forte campagne menée par la base, avec des milliers de bénévoles : plus de 5 000 en province d'Anvers, 2 800 à Bruxelles, 2000 à Liège etc. Le renouveau s'est poursuivi là aussi. En 2014, nous avions 7 600 membres ; en 2019, nous sommes plus de 16 000. Plus du double en cinq ans. Cela nous a permis de développer des sections locales dans de nombreuses nouvelles communes, mais aussi d'être plus présents dans les entreprises.

Pas à pas, nous avons convaincu les gens. En février et mars, nos porte-paroles sont partis en tournée dans leur province et ont ainsi atteint des milliers de personnes. En avril, nous nous sommes organisés avec nos groupes de bénévoles pour pouvoir, en mai, faire du porte-à-porte intensif. Nos membres et bénévoles ont donné le meilleur d'eux-mêmes. Ils ont été présents dans des lieux où d'autres partis ne vont jamais : les quartiers populaires, les entreprises… Pour écouter les gens, pour les convaincre. Après les élections, le développement du parti va être encore plus important, pour pouvoir consolider le résultat dans l'avenir.

Nos membres et bénévoles ont donné le meilleur d'eux-mêmes

Le troisième pilier est la communication sur les réseaux sociaux. Nous sommes passés de la communication principalement papier à la communication principalement digitale. Bien que nous disposions de beaucoup moins de moyens que les autres partis, nous avons pu tirer un maximum de notre approche et de notre contenu solide. Dans les dernières semaines, 500 000 personnes ont été chaque jour atteintes sur les réseaux sociaux, tant du côté francophone que néerlandophonee.

Les vidéos des interventions de Raoul Hedebouw au Parlement ont rencontré un succès particulièrement important, et ont même été utilisées dans notre campagne de porte-à-porte. Des petites vidéos ont été diffusées pour expliquer nos positions et propositions et parfois les comparer à celles d'autres partis. Et, surtout, notre clip de campagne, réalisé par des bénévoles de façon très professionnelle, a eu un énorme succès, au point d’obtenir la « Palme du hold-up » dans le quotidien français Le Monde.

Le PTB a mis les problèmes sociaux à l'agenda

C'est en premier lieu le PTB qui a braqué les projecteurs sur les problèmes sociaux des gens et a mis ceux-ci à l'agenda : les pensions – tant l'âge de la pension que le montant de la pension minimum –, les factures d'électricité impayables, le prix élevé des médicaments et des soins de santé, la nécessité d'une fiscalité équitable et d'une mobilité à la fois sociale et écologique.

C'est parce que nous connaissons parfaitement les préoccupations des gens que nous avons, bien avant les autres partis, pu présenter des propositions concrètes. Nos thèmes étaient ceux de la réalité quotidienne à laquelle les gens doivent faire face. Notre programme était donc très solide. Il était aussi consultable en ligne dans son intégralité.

C'est le PTB qui a ouvert les débat sur les pensions. C'est en septembre 2017, à ManiFiesta, que Peter Mertens avait lancé la proposition de garantir à chacun une pension de minimum 1 500 euros par mois. La campagne a commencé bien avant la campagne électorale, et nous la poursuivrons bien après les élections. Nous avons en permanence insisté sur le fait que travailler plus longtemps, plus dur et de manière plus flexible n'est pas faisable. Plusieurs partis ont dû reprendre ces propositions.

Nos thèmes étaient ceux de la réalité quotidienne à laquelle les gens doivent faire face

Le PTB a mis à l'avant-plan le fossé croissant entre les riches et les pauvres ainsi que la forte augmentation de la pauvreté chez les enfants.

Le PTB a dénoncé l'augmentation des factures pour les gens, alors que les multinationales continuent à échapper à l'impôt comme le dénonce depuis plusieurs années Marco Van Hees, notre spécialiste fiscalité et député. C'est aussi nous qui avons pris la seule position conséquente en refusant toute idée de « taxe carbone », une taxe injuste socialement et inefficace pour le climat, que tous les autres partis ont voté au Parlement.

Et c'est nous qui avons toujours mené de manière conséquente la lutte contre la cupidité dans le monde politique. En dénonçant les exorbitantes indemnités de départ pour les parlementaires et leurs privilèges en matière de pension. En proposant de diminuer de moitié la salaire des ministres et des députés. Parce qu’il n'est pas étonnant que les politiciens ne savent pas ce que signifie une augmentation de la TVA, puisqu'ils ne la ressentent pas.

Être sur le terrain. Impliquer les gens. Y compris en dehors des périodes électorales. C'est notre ADN.

Nous avons toujours défendu la même ligne politique, avec des propositions conséquentes et ambitieuses. Ce qui a une conséquence importante pour le profil de notre parti. Car les gens savent que nous ne faisons pas que parler de ce qui se vit dans les quartiers, mais que nous vivons nous-mêmes cette réalité quotidienne. C'est une conséquence directe de nos principes : le fait que nos élus vivent avec un salaire moyen de travailleur. Les gens apprécient cette authenticité du PTB. Nous sommes totalement différents des partis classiques. Pas de paroles mais des actes. Être sur le terrain. Impliquer les gens. Y compris en dehors des périodes électorales. C'est notre ADN.

Et nous allons continuer à défendre ces points. Nos priorités pour les élections restent nos priorités pour la lutte d’aujourd’hui et de demain.

La sanction pour les partis classiques

Une tendance évidente des élections est la sanction de tous les partis traditionnels, que l'on constate aussi ailleurs en Europe. Mais, dans notre pays, au contraire du reste de l'Europe, la crise des partis traditionnels fait en sorte qu'une partie des gens se tournent vers le PTB. Et pas seulement vers l'extrême droite.

Nous sommes le seul parti de gauche authentique en Europe qui progresse. Un fait qui a aussi été remarqué par le magazine américain Jacobin , qui écrivait récemment : « Ces dernières années, le PTB a commencé à émerger comme une des forces les plus dynamiques de la gauche européenne. Les élections du dimanche 26 mai n'ont fait que confirmer cette image. »

En Wallonie, la colère contre la politique du gouvernement Michel s’est exprimée fortement avec la raclée du MR, mais le score additionné du PS est aussi historiquement bas, alors que le cdH est quasiment balayé de la carte. Celui-ci n'est plus que le cinquième parti politique au Sud du pays, et même le sixième à Bruxelles. En Flandre, les trois grands partis classiques ne totalisent plus qu'un tiers des voix.

La crise politique à laquelle nous assistons aujourd'hui est entièrement due à la caste politique elle-même. C'est une crise de politiciens de plus en plus coupés de la réalité, de politiciens qui restent obstinément aveugles aux préoccupations des gens et qui continuent à miser sur les mêmes recettes qui ont échoué.

Nous sommes le seul parti de gauche authentique en Europe qui progresse

Car les gens sont extrêmement préoccupés : par leur pension, par les soins de santé, par leur salaire, par l'avenir de leurs enfants, par l'avenir de la planète. Mais les partis traditionnels restent fixés dans leur pensée unique. La doctrine TINA (« There Is No Alternative », il n'y a pas d'alternative) continue à dominer. Pour la politique classique, il n'existe que la politique d'austérité néolibérale.

Pendant les élections, on a parfois entendu des politiques affirmer qu'ils « avaient compris ». C'en serait fini de l’austérité, qu’on allait investir et améliorer la vie des gens. Ces promesses sont déjà oubliées, tout comme les préoccupations des gens. Le partis traditionnels sont à nouveau uniquement occupés à se répartir les postes et à faire l’arithmétique des coalitions du possible.

Jamais les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens n'ont autant perdu qu'aujourd'hui. Ces deux familles traditionnelles ont une longue tradition de participation gouvernementale. Leur force a longtemps été basée sur le contrôle des piliers traditionnels, des syndicats et des mutualités. Aujourd'hui, au sein de ces organisations, de plus en plus de voix se font entendre pour demander un virage à gauche, des voix qui veulent plus de pluralisme politique dans leur organisation. Au sein des syndicats, il y a de plus en plus de membres et de militants qui exigent une attitude plus combative contre l'establishment politique.

Notre alternative est de redonner sa voix à laclasse des travailleurs de notre pays

De plus en plus de gens se détournent de la politique traditionnelle. Ils ont raison. La politique traditionnelle est imbibée de self-service et sous influence des lobbys.

Mais nous devons continuer à lutter contre le rejet de la politique elle-même. Notre parti a là une fonction d'exemple. Nous défendons une tout autre sorte de politique, comme on a pu le voir par exemple avec les interventions très populaires de Raoul Hedebouw au Parlement. Une politique qui est proche des gens, avec des élus qui vivent avec un salaire moyen de travailleur. Une politique honnête et juste, avec des élus qui savent comment ça se passe pour la population et qui n'ont pas froid aux yeux.

Notre alternative est de redonner sa voix à la classe des travailleurs de notre pays. D'offrir une vraie solution à la colère des gens, qui autrement se tourneraient vers l'extrême droite C'est pourquoi de nombreux délégués syndicaux et travailleurs ont pour la première fois appelé à voter massivement pour le PTB.

C'est pourquoi la voix des 584 621 électeurs du PTB n'est pas un signal de désenchantement, mais un signal d'espoir. Une voix qui vient d'une position de classe, contre la politique de l'establishment qui continue de faire payer les gens ordinaires. Dans toutes les grandes entreprises, dans l'industrie , dans tous les bassins industriels du pays, nous avons une vague qui se tourne vers la gauche authentique.

La montée de l'extrême droite

Les partis traditionnels sont dans une phase de déni. Ils nient avoir été sanctionnés lors des élections, alors que c'est relativement sans précédent. Cette absence d'ancrage dans la réalité fournit le terreau de la progression de l'extrême droite. La cause la plus importante de cette progression des partis réactionnaires est l'échec de l'establishment et de la politique néolibérale d'austérité.
Mais la normalisation de l'extrême droite est également un facteur important dans le succès de ce courant. Dans notre pays, la N-VA avec la complicité du MR a joué là un rôle crucial. Ce parti n'a pas été une digue contre le succès de l'extrêmedroite, mais un pont vers celui-ci.

Ce vent malsain de droite souffle dans toute l'Europe. Nourri par le mouvement international de l'Alt-right de Steve Bannon (qui a conseillé Trump mais aussi Le Pen, Salvini…) et co, avec son aide tactique et financière. La droite populiste a de plus en plus de succès. Aux États-Unis avec Trump, au Brésil avec Bolsonaro, mais aussi en Europe avec Le Pen et Salvini.

En Flandre, la victoire du Vlaams Belang est très inquiétante. Ce résultat s'explique en partie par un vote de protestation de la classe ouvrière, surtout dans la périphérie des grandes villes. Les gens sont très en colère contre la politique de self-service et d'austérité. Leur avenir est devenu incertain, alors que les politiciens continuent à toucher des sommes démesurées. La première tâche de notre parti est de regagner la colère des gens, pour la faire se diriger vers le haut et pas vers le bas.

La première tâche de notre parti est de regagner la colère des gens

Il est clair que l'extrême droite ne veut pas d'une vraie rupture avec la politique actuelle. Elle combine des revendications sociales de manière démagogique (sur la pension, la TVA,...) avec des revendications nationalistes, du racisme et une rhétorique anti-islam.

Mais le marketing social de l'Alt-right, piloté par Steve Bannon et Marine Le Pen, cache des motivations antisociales et antidémocratiques. Donald Trump en est l'exemple le plus célèbre : sa rhétorique dissimule de gros cadeaux pour les super-riches et les intérêts des multinationales américaines. Mais il y a aussi des exemples en Europe. Soulignons par exemple la « loi esclavagiste » instaurée par Victor Orbán en Hongrie, qui permet aux patrons d'obliger leur personnel à prester jusqu'à 400 heures supplémentaires par an. En Autriche, le gouvernement Kurz a décidé avec le parti d’extrême droite FPÖ d'instaurer la semaine de 60 heures. Dorénavant, la journée de travail peut aller jusqu'à 12 heures. Sans supplément de salaire.

En ce qui concerne la politique sociale, le Vlaams Belang est un loup dissimulé sous une peau de mouton. En réalité, ce parti défend toujours « les riches d'abord » et une politique économique néolibérale dure. On le constate aussi maintenant que les élections sont passées. Les thèmes sociaux sont subitement jetés aux oubliettes. Maintenant qu'ils sont à la table des négociations, les dirigeants du Vlaams Belang s’empressent de passer la pommade à la N-VA, qu'ils n'ont cessé de descendre en flammes durant la campagne. Tous leurs points de rupture ont disparu.

C'était couru d’avance. Au Parlement, cela fait longtemps qu'ils votent pour des mesures antisociales. La chasse aux malades de longue durée, le blocage des salaires et la suppression du bonus de pension, par exemple. Par contre, quand il s’agit de diminuer de moitié les salaires des ministres, ils ont voté contre. Le self-service politique ne disparaît pas avec le Vlaams Belang. Cela fait déjà quatre décennies qu'il y participe.

De plus, l'image plus présentable de la nouvelle droite n'est que de la poudre aux yeux. En réalité, ses points de vue et sa rhétorique se sont au contraire encore durcis. Le Vlaams Belang fait partie des partis de droite les plus radicaux d'Europe. La jeune génération amenée par Tom Van Grieken est à bien des égards plus dangereuse que la vieille garde de Filip Dewinter.

On constate déjà aujourd'hui dans la pratique le danger de cette normalisation du discours raciste. À Alost, des gens ont reçu des lettres de menace dans leur boîte aux lettres. Des dizaines de témoignages font état d'actes et de propos racistes depuis les élections. Sous l'influence de Steve Bannon, la jeune garde de droite a développé un mouvement identitaire qui prépare une guerre contre « les autres races », qui plaide pour la soumission de la femme à l'homme et qui veut marginaliser le mouvement LGBT.

Nous devons combattre le racisme avec un programme social fort

Nous ne pouvons pas combattre l'extrême droite sans combattre aussi la politique des partis traditionnels. Il ne sert à rien de fustiger les électeurs du Vlaams Belang, encore moins de les marginaliser. Nous devons combattre le racisme avec un programme social fort.

Il faut lutter en montrant qu'il ne sert à rien d'écraser ceux qui sont encore plus vulnérables que soi. Ce n'est pas le réfugié qui coupe dans nos pensions et construit trop peu de logements sociaux. Ce sont les élites économiques et politiques. Nous devons redonner confiance aux gens pour qu'ils regardent vers le haut et arrachent le changement.

Le PTB est le seul parti qui travaille aussi sur le terrain en Flandre. Nous offrons la seule véritable initiative crédible dans les quartiers populaires et les axes industriels du pays, qui peut montrer aux gens que les discours du Vlaams Belang ne sont rien de plus que ça – des discours.

C'est aussi la grande différence avec le premier dimanche noir en 1991, lorsque le Vlaams Belang avait pour le première fois percé et obtenu 12 sièges. Le parti était le premier à Anvers, avec 20,7 %. Aujourd'hui, il existe une alternative qui peut faire contrepoids de manière crédible. Une alternative qui peut, dans les trois Régions du pays, répondre par une politique juste et honnête aux mensonges de l'extrême droite.

Confédéralisme : les résultats électoraux détournés

On a pu observer les mêmes tendances dans toutes les régions du pays : un appel au changement. Une sanction pour les partis traditionnels, leur politique du self-service et leur politique néolibérale. En Flandre, le Vlaams Belang a su profiter en grande partie de ce malaise en pratiquant la démagogie sociale. Le parti n'a pas été élu pour instaurer un cadre économique de droite. La campagne n’a d’ailleurs pas tourné autour du durcissement de la politique migratoire. Les mêmes thèmes touchaient le pays, toutes régions confondues. Un groupe de chercheurs issus d'universités flamandes et francophones a constaté que les Flamands, les Wallons et les Bruxellois ont les mêmes priorités :

  • l'impôt des grosses fortunes ;

  • une pension minimale de 1 500 euros ;

  • le maintien de l'index .

Il n'y a pas deux démocraties : l'évolution des intentions de vote reposait sur des points de vue sociaux identiques.

Quant à l'enjeu communautaire, il était absent du débat dans les élections. Des sondages récents confirment que seule une infime minorité des Flamands- 6 %, est favorable à une nouvelle réforme de l'État. Et en Belgique francophone, 4,7 %.

Cependant, les partis de droite tentent de détourner les résultats des élections. La N-VA et le Vlaams Belang y voient soudain un signal pour la scission du pays. Bart De Wever veut faire passer sa défaite pour une victoire dans l'opinion publique (son parti est en fait le grand perdant des élections, enregistrant un recul de 20,2  % à 16  % au niveau national). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la N-VA veut remettre en cause le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang. Elle essaie de faire croire que ainsi que les voix remportées par le Vlaams Belang sont des voix en faveur de son programme.

Le message du 26 mai ne peut pas être manipulé pour diviser le pays

Le pays est tout bonnement pris en otage. Les citoyens n'ont pas voté pour de nouvelles discussions stériels autour du communautaire. Et encore moins pour la politique du gouvernement précédent. Nombre d'entre eux se sentent abandonnés, considérés comme des numéros. C'est le cri que nous avons entendu le 26 mai dans les trois régions du pays. Ce message ne peut être manipulé pour diviser le pays.

Les Belges ne sont pas demandeurs d'un confédéralisme. Et à juste titre, car il exacerberait l'incertitude et le chaos. Il saperait encore plus la solidarité dans notre pays. Il aurait pour résultat une nouvelle augmentation du nombre de ministres, qui devraient négocier ensemble sur des dossiers importants au niveau confédéral. Il entraînerait donc encore plus d'immobilité en matière de climat et d'énergie, mais aussi en matière de migration, de justice et de droits sociaux.

L'objectif de la N-VA (avec le soutien de l’organisation patronale flamande VOKA) est de scinder la sécurité sociale en appliquant le confédéralisme. Cette politique présente un grand danger pour les pensions et les soins de santé de tous les Belges. La négociation collective sur les salaires et les droits (les conventions collectives de travail) seraient balayés, tout comme les accords interprofessionnels et l'indexation automatique des salaires. Le confédéralisme est une attaque contre les instruments de solidarité édifiés par le mouvement ouvrier dans notre pays. Il érigerait des murs entre les régions, mais aussi entre les secteurs faibles et les secteurs forts, entre les personnes en bonne santé et les malades de longue durée, etc.

Le PTB sera en première ligne pour lutter en faveur de l'unité, contre la scission

Le PTB est le mégaphone de l'unité du pays, de la classe des travailleurs et de notre sécurité sociale fédérale. Tout ce que les partis nationalistes flamands veulent casser. Le PTB sera en première ligne pour lutter en faveur de l'unité, contre la scission. Le fossé ne se situe pas entre le Nord et le Sud du pays, mais entre les gens qui éprouvent de plus en pus de difficultés et une élite politique qui nie cette réalité. Les citoyens ont voté pour des priorités sociales. Notre parti doit continuer de se battre pour ces priorités: pour des pensions plus élevées, pour la réduction des factures d'électricité, l'unité de la sécurité sociale, etc.

Il est donc clair que le PTB constitue une partie de la solution. Pourtant, les informateurs fédéraux Didier Reynders (MR) et Johan Vande Lanotte (sp.a) ont décidé de ne pas recevoir le parti. Il n'est manifestement pas nécessaire de s'informer sur les positions du PTB concernant la crise politique actuelle. C'est un signal clair que les partis traditionnels veulent poursuivre leur politique de l'entre-soi et n'ont que faire des résultats du 26 mai.

Nous disons que renforcer la scission et les divisions ne nous sortira pas de la crise. Nous sommes un, wij zijn één.

Nous avons un monde à gagner

Merci à tous nos membres, bénévoles et sympathisants qui ont rendu cette victoire possible. Énormément de gens ont donné le meilleur d'eux-mêmes. La vision de notre parti est une vision où tout le monde peut déployer ses talents. Ces dernières années, notre vision a été résolument sociale, et elle le restera.

La vision de notre parti est une vision où tout le monde peut déployer ses talents

Notre parti doit continuer à être une locomotive vers la gauche. C'est notre mission de continuer à lutter pour un tournant social. Pour continuer à défendre les thèmes mis en avant lors des élections et à obtenir des avancées dans ce sens. Pour mettre de nouveaux thèmes sociaux et justes à l'agenda. Ce n'est que de cette manière que nous obtiendrons un véritable avenir de gauche pour notre pays ; que la société et la politique seront plus justes, plus honnêtes et plus sociales.

Les gens peuvent changer une société, mais ce n'est possible qu'en le faisant tous ensemble. C'est ainsi que l'on fait bouger les choses.

Devenez membre du PTB. Rejoignez l'alternative sociale. Participez à un de nos groupes de base. Nous avons un monde à gagner.


Montrer 3 réactions

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  • Marie line Leroy
    a commenté 2019-06-19 23:23:25 +0200
    Ma déception est telle que je ne crois plus en personne dans ce monde politique a quoi bon aller voter di on quitte le navire a la moindre houle
    Ce n est pas facile de negocier.il fallait rester et discuter.la bonne excuse maintenant la porte est ouverte au mr ou c est la minorité au pouvoir
    Quelle tristesse et quel abus de confiance de votre part envers vos électeurs qui étaient si heureux de votre victoire
  • Simone Berman
    a commenté 2019-06-19 11:34:27 +0200
    Je suis très fier des résultats positifs, pas seulement électoraux, du PTB. Ce qui démontre qu’une “gauche authentique” peut se faire entendre, convaincre et organiser la résistance aux projets des partis “traditionnels”, le personnel politique des super-riches et des multinationales. Parmi ces partis, il faut ranger, bien sûr, le Parti qui ose encore s’appeler “socialiste”. Bravo aux camarades qui n’ont pas accepté de danser comme le PS sifflait. C’était un piège, ils l’ont déjoué. Les déçus se rendront rapidement compte que cette clarification était nécessaire. Et tout au profit du “peuple de gauche” de Belgique. Maurice Mendels Flandre
  • fernand soupart
    a commenté 2019-06-15 08:59:18 +0200
    oui mais pour cela faut négosier et pas partir parceque il a des chose qui vons pas , soit avec le ps ou ecolo mais pas claquer la porte au premier petit embuche venu faut faire certaine consession aussi tous vas pas toujour tous droit

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