Le PTB s'oppose à la privatisation de Voo et appelle les administrateurs PS et Ecolo d'Enodia à reporter la décision

Damien Robert. (Photo Belga)

L'ambition du PS et du MR est de faire acter la vente de Voo à la société américaine Providence. Pour Germain Mugemangango, porte-parole francophone du PTB et député régional wallon, cette vente ne doit pas avoir lieu : « Ce serait une grosse erreur de vendre Voo. Providence, l'acheteur choisi par Nethys, est un fonds d'investissement américain dont le métier est d'acheter à un prix bas pour revendre ensuite quelques années plus tard à un prix plus élevé. Cette privatisation serait désastreuse pour les clients et les travailleurs de Voo. »

Ce ne serait pas la première fois que Providence ferait des dégâts dans le secteur. En Irlande, Providence a ainsi fait main basse sur l'ancienne entreprise publique de télécoms. L'expérience a été si désastreuse qu'un syndicat irlandais y a consacré un congrès. Son jugement est sans appel : « La privatisation d’Eircom en 1999 doit être placée au rang de la plus grosse erreur économique faite par un gouvernement irlandais jusqu’au moment du fiasco économique de 2008 avec les garanties bancaires ».  Pour Germain Mugemangango, « la privatisation de notre cablo-opérateur serait donc une catastrophe économique et sociale pour l’ensemble de la Wallonie ».

Cette vente serait un nouvel hold up sur l'argent public. En effet, pendant des années, les Liégeois ont investi, à travers leurs factures de gaz et d'électricité, dans Voo, pour en faire une entreprise performante. « Aujourd'hui que les investissements ont été réalisés, les partis traditionnels veulent privatiser l'entreprise, s'indigne Germain Mugemangango. Une fois de plus, on assisterait à une socialisation des pertes et une privatisation des bénéfices. C'est inacceptable. »

Pour défendre la privatisation, les responsables politiques martèlent que l’offre de Providence garantirait l'emploi et le maintien du centre de décision à Liège. « Mais comment faire confiance à un fonds d’investissement américain ? Le désert économique dans le bassin liégeois est basé sur la confiance octroyée aux promesses d'une multinationale, rappelle Germain Mugemangango. Il faut arrêter de reproduire les mêmes erreurs, on ne peut pas avoir confiance dans ce genre de sociétés. »

Le point sera discuté au conseil d'administration de ce jeudi 19 décembre, convoqué pour l'occasion, avant un nouveau conseil d'administration le lendemain. Pour Damien Robert, administrateur PTB chez Enodia, ce timing et les conditions imposées pour le débat sur cette vente sont foncièrement irrespectueux du droit des administrateurs : « La direction de Nethys, appuyée par le PS et le MR, veut passer en force et procéder à la privatisation en une journée. Ce jeudi, on va nous expliquer les conditions du projet de vente et on aura moins de 24 heures, nuit comprise, pour analyser les documents avant de devoir donner, ou non, notre accord. Ces conditions sont tout simplement inadmissibles et sont mises en place pour permettre un passage en force. Comment étudier sérieusement ce dossier dans de bonnes conditions ? Il est clair que l'objectif n'est pas de permettre à Enodia de faire le meilleur choix, mais plutôt de pousser Enodia à accepter la vente. C'est pourquoi je demanderai un report de la décision pour permettre à chacun d'étudier le dossier dans les meilleures conditions et de pouvoir procéder à cette discussion en toute transparence. »

Pour le PTB, Voo doit devenir une EDP (Entreprise Démocratique Publique). Ces entreprises sont transparentes et visent à remplir des missions de service public de qualité. Ce ne sont donc pas des entreprises privées. Ce ne sont pas non plus des entreprises publiques avec statut de société anonyme ni des sociétés publiques « autonomes » qui échappent au contrôle démocratique. « Comme entreprise qui possède presque l'ensemble du câble wallon, Voo est une entreprise stratégique, défend Damien Robert. Les privatisations précédentes de nos entreprises stratégiques ont été à chaque fois un fiasco. Transformer Voo en entreprise démocratique publique aurait tout son sens. Cet appel à stopper la privatisation des filiales de Nethys et à envisager des modèles d'entreprises publiques, respectueuses des principes démocratiques et des citoyens, a d'ailleurs été soutenu aujourd'hui dans une carte blanche signée par un grand nombre d'acteurs syndicaux, académiques et de la société civile, dont Jean-Pierre et Luc Dardenne, Dominique Dauby, Marc Jacquemain et bien d'autres. J'espère que je ne serai pas le seul à m'opposer à ces ventes lors du conseil d'administration de jeudi et vendredi.  »


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