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Le personnel de l'entreprise chimique Ashland à Doel a fait grève pendant exactement 50 jours. Ouvriers et employés, les trois syndicats unis. Une direction arrogante veut supprimer 39 des 167 emplois. Le reste du personnel était censé prendre en charge le travail supplémentaire, en travaillant plus d'heures pour le même salaire. Après plus d'un mois et demi de grève, les travailleurs ont fait supprimer une grande partie du plan de la direction.

Ashland est une multinationale américaine qui produit de la méthylcellulose, à Kallo (Doel). Il s'agit d'une substance adhésive utilisée notamment dans les gels pour les mains, mais aussi pour des applications industrielles. En raison de la crise du coronavirus, la demande pour ce produit n'a fait qu'augmenter. 

« Nous avons fait beaucoup d'heures supplémentaires ces derniers mois, raconte un ouvrier au piquet. Nous ne sommes pas restés inactifs une seule journée. Après la première vague, nous avons reçu un jour de vacances supplémentaire en guise de remerciement. Nous obtenons des chiffres dont la direction ne pouvait même pas rêver avant. »

Juste avant les fêtes de fin d’années, les travailleurs ont reçu l'annonce d'une restructuration comme cadeau de Noël. « Une vraie gifle, ajoute le travailleur. C'était inacceptable et nous avons vite compris que le combat serait dur. »

Malgré un bénéfice de 15 629 euros par employé, la direction estime les coûts salariaux trop élevés

L'entreprise n'est pas en difficulté, loin de là. Le bénéfice net du site de Doel pour cette année comptable s’élève à 1 537 254 euros. Chaque travailleur a rapporté un profit de 15 629 euros. Moins d'un mois avant l'annonce, le groupe Ashland avait encore annoncé qu'il accorderait un nouveau dividende trimestriel. Au total, en 2020, le groupe a versé pas moins de 55 millions d'euros en dividendes aux actionnaires. Pourtant, selon le directeur de l'usine, Erik Van Hove, « les coûts salariaux sont trop élevés ». Dans la logique capitaliste, le profit n'est jamais suffisant, il en faut toujours plus.

Mais est-ce ainsi que, dans l'industrie, on remercie les héros de la crise du coronavirus ? Comme dans de nombreuses autres entreprises, ces travailleurs ont continué à bosser sans répit. La direction et les actionnaires ont été les seuls à bénéficier de la crise. Exiger que les ouvriers et les employés fassent désormais des sacrifices salariaux afin d’augmenter encore les bénéfices est un manque total de respect.

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Le président du PTB, Peter Mertens, en visite au piquet de grève à Ashland.

De plus, ce conflit a lieu au moment où débutent les négociations pour l'accord interprofessionnel (AIP) entre les employeurs et les syndicats. C'est également dans ce cadre que la marge de négociation salariale dans les secteurs et les entreprises sera fixée. Ce qui rend cette lutte encore plus importante. Qu'on rogne sur la part des travailleurs d'entreprises rentables pour verser encore plus aux actionnaires est inadmissible. Ce devrait justement être le moment d'augmenter la part de ceux qui travaillent dans ces entreprises.

Les trois leçons à tirer de la lutte chez Ashland

Pour de nombreux travailleurs d'autres entreprises et secteurs, la détermination des ouvriers et des employés d'Ashland force le respect. Comment est-il encore possible de faire grève pendant 50 jours à l’heure actuelle ?

1. Solidarité et unité

Tous ceux qui sont venus saluer les grévistes chez Ashland ont été admiratifs de la forte unité et de la solidarité entre les trois syndicats, les ouvriers et les employés, les jeunes et les plus âgés, tout au long des semaines de lutte. Alors que les directions s’acharnent souvent à briser l'unité entre les ouvriers et les employés, ou entre les travailleurs de jour et ceux des autres shifts, celle-ci n'a pas réussi sa tentative de division. Les gens sont restés solidaires pendant des semaines. Il n'y avait pas de non-grévistes parmi le personnel : tous les jours, il y avait du monde au piquet. Les équipes se sont relayées à tour de rôle, pour mener des actions dans le respect des règles sanitaires.

La direction a d’abord fait comme si elle ne se souciait pas de la reprise de la production mais, la semaine dernière, la relance de la production n'allait pas assez vite pour elle.

La solidarité ne s'est pas arrêtée pour autant. D'autres entreprises du secteur (pétro)chimique sont venues en soutien aux travailleurs d’Ashland : BASF, Bayer, Ineos Phenol, Arlanxeo, Evonik, Air Liquide, Indaver…

2. Ne pas céder aux menaces et au chantage

Malgré les menaces de la direction de procéder à de nombreux autres licenciements s'ils n'acceptaient pas le plan, les travailleurs d'Ashland n'ont jamais cédé au chantage. Le directeur a même menacé de fermer une partie de l'usine si la grève ne prenait pas fin. Mais les syndicats et les travailleurs ont persévéré aussi longtemps qu'ils le pouvaient. Même après l'ultimatum de mardi, après sept semaines aux portes de l'usine, la grève s’est poursuivie de manière solidaire. Les collègues qui avaient des doutes ont finalement été convaincus de rester à l’extérieur de l’usine.

3. La lutte paie

Oui, la grève a porté ses fruits. Les semaines de sacrifices, de perte de salaire et d'incertitude n'ont pas été vaines. La multinationale a dû faire marche arrière. Les 144 heures supplémentaires qui devaient être effectuées chaque année pour le même salaire ont été supprimées. La prise en compte de l’ancienneté dans l’augmentation des salaires est également maintenue. Il n'y a pas encore d'accord sur les licenciements ni sur leur nombre, mais le plan des 39, dont les noms avaient déjà été cités, ne sera pas réalisé tel quel. Le nombre des licenciements prévus a été réduit et les négociations se poursuivent pour parvenir à un nouveau plan avec un accord social négocié, en collaboration avec les syndicats, et avec des possibilités de départ volontaire en retraite anticipée.

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Bien sûr, rien n'est jamais acquis. Chez Ashland, après une quatrième restructuration, on ne le sait que trop bien. Les travailleurs sortent de ce combat plus forts et plus soudés. « Nous mettrons en place de nouvelles actions dans les prochaines semaines si cela s’avère nécessaire », entend-on.

Beaucoup de jeunes travailleurs ont appris ce que c'est que de faire grève. Avec ce qu'ils ont obtenu, ils peuvent retourner au travail la tête haute. En même temps, c'est aussi un signal pour les patrons de la chimie d'Essenscia et même pour tous les employeurs. Les dirigeants y réfléchiront à deux fois avant de risquer de perdre des semaines de production en mettant sur la table un plan d'austérité.


Peter Mertens : « Il faut interdire les licenciements dans les entreprises rentables »

La grève d'Ashland constitue également un défi pour le monde politique. Peter Mertens, président du PTB : « Les travailleurs ne doivent pas devenir des mouchoirs jetables. Ils doivent au contraire bénéficier d'une meilleure protection. Via une nouvelle loi. Une loi InBev, en référence à la loi Renault. Une loi qui interdit aux entreprises rentables de licencier du personnel. Pour que les entreprises qui réalisent des profits, qui versent des dividendes ou qui constituent des réserves ne puissent pas recourir à des licenciements collectifs. Et pour que le non-respect de cette loi entraîne le remboursement immédiat de toutes les aides d'État, des avantages fiscaux et des réductions de cotisations sociale. Ainsi pourrons-nous protéger l'industrie et les emplois. »

Le 19 février 2020, le PTB a déposé cette proposition de loi InBev.

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