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Theo Francken veut rendre la médecine de guerre obligatoire : « C’est une mauvaise idée »

Le ministre de la Défense Theo Francken veut rendre la médecine de guerre obligatoire pour les étudiants en médecine. Peter Mertens : « Il la présentera sans aucun doute dans les prochains jours comme une mesure de bon sens : être mieux préparés à ce que nous espérons soi-disant tous éviter. Mais cette mesure est tout sauf neutre. Elle s’inscrit dans une logique plus large qui ne prévient pas la guerre, mais la normalise pas à pas. »

Mardi 3 février 2026

Matériel médical à côté d'attributs militaires.

Texte de Peter Mertens, secrétaire général du PTB.

Il est utile de regarder un instant au-delà de nos frontières. En Allemagne, un débat similaire fait rage. Et plus important encore : dans les années 1980, on a déjà tenté d’y ancrer la médecine de guerre dans le système de soins. Un large mouvement de médecins, d’infirmiers, d’étudiants et d’organisations est alors parvenu à bloquer ces projets.

Leur message était clair : la mission des professionnels de la santé n’est pas de rendre la guerre médicalement possible, mais de remettre en question politiquement les causes de la guerre.

Ce que nos contacts au sein de l’Association allemande des médecins démocrates nous racontent de cette histoire nous apprend au moins six raisons de nous opposer à la mauvaise idée de Theo Francken.

La médecine de guerre normalise la guerre

Ce qui se passe ici n’est pas un simple changement de programme. Les formations médicales sont intégrées dans une préparation mentale plus large à la guerre. En introduisant la guerre dans la formation médicale, on la présente comme un scénario réaliste et maîtrisable — comme quelque chose pour lequel on peut développer des cours, des protocoles et des compétences.

Mais la préparation ne change rien aux ravages causés par la guerre. Ce qu’elle fait en revanche, c’est nous habituer à l’idée que la guerre est une possibilité dont il faut tenir compte. Ainsi, la guerre est normalisée pas à pas : non pas comme un échec politique, mais comme un scénario qui « fait partie des choses ». En ce sens, la médecine de guerre prépare psychologiquement la société à l’inacceptable.

Elle crée l’illusion que la guerre est médicalement soluble

L’idée selon laquelle une meilleure formation, des connaissances médicales et une organisation renforcée pourraient faire la différence en cas de guerre à grande échelle est trompeuse. En temps de guerre, le nombre de victimes dépasse toute capacité médicale. Les hôpitaux sont détruits, les infrastructures s’effondrent et les soignants eux-mêmes courent un danger mortel.

L’aide médicale en cas de guerre à grande échelle devient donc objectivement impossible. La préparation ne change rien à cette réalité, mais la dissimule. Naît ainsi l’illusion dangereuse que la guerre peut être « prise en charge » et qu’elle ne doit donc pas nécessairement être évitée.

Elle fait glisser la responsabilité politique vers les soins de santé

Lorsque la guerre est présentée comme un problème de soins de santé, la question posée change elle aussi. Non plus : quels choix politiques mènent à la guerre ? mais : nos médecins et nos hôpitaux sont-ils prêts ?

Ainsi, l’attention se détourne de l’armement, de l’escalade et des décisions gouvernementales pour se concentrer sur le secteur des soins, qui doit ensuite gérer les conséquences. Ce qui relève d’une responsabilité politique est reporté sur des soignants qui travaillent déjà aujourd’hui sous une forte pression.

La médecine civile et la médecine militaire poursuivent des objectifs fondamentalement différents

La médecine civile part des besoins de soins, centrés sur l’individu. La médecine militaire est au service de la capacité d’engagement et de l’efficacité opérationnelle. Ces logiques ne sont pas neutres ni interchangeables. Les mélanger signifie entraîner les soins civils dans des objectifs militaires — et cela mine la base éthique des soins de santé.

La militarisation affaiblit le système de soins qu’elle prétend protéger

Dans un secteur des soins déjà marqué par la surcharge et les pénuries de personnel, c’est une priorité erronée. La militarisation n’améliore pas les conditions de travail, ne crée pas de bras supplémentaires au chevet des patients et ne renforce pas les soins de première ligne. Elle n’investit pas dans la prévention.

Au lieu de renforcer le système de soins, la militarisation risque au contraire de le déformer : les formations et les spécialisations risquent d’être alignées sur des besoins militaires, la planification hospitalière peut passer d’une logique de soins à une logique militaro-stratégique, et des ressources rares — personnel, lits, temps de formation — sont déplacées au détriment des soins quotidiens. Cela ne rend pas les soins plus solides, mais plus vulnérables.

Les professionnels de la santé y ont déjà réfléchi — et ont rejeté cette voie

Les professionnels de la santé ont déjà mené ce combat — et l’ont gagné. En Allemagne, à la fin des années 1970, dans le contexte de la Guerre froide, des plans prévoyaient l’instauration obligatoire de la médecine de guerre, le triage militaire, la mobilisation du personnel soignant civil et un accès étendu de la Défense aux hôpitaux.

Face à cela, une résistance massive s’est levée dans le secteur de la santé : médecins, infirmiers, étudiants et organisations se sont mobilisés, avec un rôle central pour International Physicians for the Prevention of Nuclear War.

« Wir werden euch nicht helfen können », disait-on. Par ce slogan, les médecins voulaient briser l’illusion selon laquelle la guerre deviendrait maîtrisable à condition de s’y préparer suffisamment. Il n’existe pas de solution médicale à la guerre, pas de façade humanitaire qui la rende acceptable.

« La prévention est le seul médicament », tel était le message : prévenir la guerre est la seule tâche médicale éthiquement responsable. Les médecins ne doivent pas être mieux préparés ni rendre la guerre ‘médicalement’ possible, les médecins doivent remettre en question politiquement les causes de la guerre.

Et grâce à cette résistance persistante, le gouvernement de l’époque a été contraint de retirer ses plans. Peut-être est-ce une source d’inspiration pour aujourd’hui. La manière dont les professionnels de la santé ont alors choisi de ne pas devenir un rouage de la planification de la guerre. Ils ont renvoyé la responsabilité vers la politique. Ce choix était nécessaire à l’époque. Il l’est à nouveau aujourd’hui.