Plan canicule : protéger les travailleurs, agir sur les causes
La canicule meurtrière de cette année et les inondations de juillet 2021 changent notre manière de penser les politiques climatiques. En plus de lutter contre les causes du réchauffement, il est désormais inévitable de prendre des mesures pour protéger celles et ceux qui en subissent déjà les conséquences, à commencer par les travailleurs et travailleuses, les enfants, les personnes âgées et les plus vulnérables. C'est l'objectif du Plan canicule du PTB.
La canicule est une question de classe
Vendredi 26 juin à 17h, dans la commune de Boussu, un médecin généraliste est appelé par la police. Dans une habitation, il fait entre 45 et 50 degrés. Même le médecin et les deux policiers parviennent à peine à rester à l’intérieur. Pour l’habitante Jocelyne, 71 ans, il n’y a plus rien à faire. Le médecin ne peut que constater le décès.
À 18h, au CHU de Liège, le chef des urgences est révolté : « Nous étions préparés à accueillir des personnes âgées et soudain un éboueur de 41 ans, victime d’un grave coup de chaleur, arrive. L’augmentation a commencé vendredi et elle a été exponentielle. »
À minuit, le numéro d’urgence en Belgique a atteint 12 000 appels contre 6 000 en temps normal. Le lendemain à midi, la situation devient chaotique et le temps d’attente atteint un « délais irresponsable » de 10 minutes, comme l’estime aujourd’hui le conseiller général chargé de la réponse au SPF Santé publique. Jan, opérateur au 112 à Anvers dira : « Nous sommes confrontés à un manque extrême de personnel, nous ne pouvons pas fournir de l’aide partout ».
Un secouriste témoigne : « Dans un appartement, il faisait 45 degrés.L’habitant était mort, décédé à cause de la chaleur. Il y en a eu une dizaine comme cela. Nous les avons trouvés morts dans leur fauteuil, sur une chaise ou dans leur lit. Souvent au dernier étage, dans des logements mal isolés et mal ventilés. »1
Mercredi 8 juillet, les six ministres de la Santé se réunissent et décident de renforcer la capacité du numéro d’urgence, mais que les discussions supplémentaires nécessaires auront lieu en septembre.
Sur les lieux de travail, les travailleurs ont dû continuer à travailler dans des conditions inhumaines et doiventparfois lutter pour obtenir un accès à l’eau et à des horaires adaptés à ces conditions extrêmes : « Le bus est monté à 50 degrés. Quand une collègue a dit qu'elle ne se sentait plus bien, on lui a demandé : "Vous voulez qu'on appelle une ambulance ? Non ? Alors vous pouvez continuer à rouler ?"», nous dit une chauffeuse de bus.
Une aide-soignante en maison de repos explique la pression physique et mentale supplémentaire : « Les forces physiques sont démultipliées (porter et lever des corps dans une chaleur intense) dans des espaces souvent mal isolés. À cela s'ajoute une course contre la montre à la déshydratation : il faut faire boire chaque résident toutes les heures, surveiller l'apparition des coups de chaleur, distribuer de l'eau gélifiée pour toutes les personnes qui ont des troubles de la déglutition… tout ça ajoute une pression mentale constante en dehors du planning de travail déjà bien conséquent. »
« Avant on recevait de l’eau de l’entreprise, maintenant on doit l’acheter nous même », nous dit une travailleuse dans le secteur de la distribution.
Dans une entreprise de tri des vêtements : « Au niveau des horaires adaptés, on nous a fait s’arrêter à 14h, tout le monde était content. Quand ils nous ont dit “faudra vous faire vos heures”, tout le monde était dégoûté. »
« Dans notre usine, les travailleurs s’évanouissent à cause de la chaleur. Mais le thermomètre WBGT qu’on est obligé d’utiliser pour prendre de mesures de protection nous dit qu’on doit continuer à travailler. On n’a aucune confiance dans cet appareil, on veut un thermomètre lisible et des règles simples pour nous protéger », nous envoie un ouvrier dans le secteur automobile.
Dans d’autres usines, les travailleurs ont dû mener 48 heures de grève pour obtenir de la climatisation, de l'eau fraîche, des horaires adaptés et des embauches. Ailleurs, la délégation syndicale a obtenu davantage de pauses et parfois l'arrêt de la production. Des caissières ont dû travailler toute la journée par plus de 40 degrés alors que leur magasin vend des ventilateurs... sans en installer un seul pour elles.
Enfin pour d’autres travailleurs et travailleuses, il n’est pas envisageable financièrement d’adapter ses horaires : « Le jour où il a fait 38 dégrés, j’ai pris le bus et nettoyé quatre maisons comme d’habitude. Je travaille dans les titres-services, si je ne viens pas travailler, je n’ai pas de sous. Je ne peux pas me le permettre, donc je prends sur ma santé et mon état. »
Ces témoignages racontent tous la même réalité. La canicule est une question de classe.
Quand il fait 35 degrés dehors, tout le monde n'est pas exposé de la même manière. Certains travaillent dans un bureau climatisé. D'autres montent des échafaudages en plein soleil, nettoient des appartements surchauffés, conduisent des bus avec la climatisation en panne, portent des charges dans des entrepôts à plus de 40 degrés, soignent des personnes âgées dans des maisons de repos ou restent debout toute la journée derrière une caisse.
La canicules frappe aussi plus durement les plus fragiles. Le professeur en climatologie de la VUB Wim Thiery a expliqué qu’en Belgique, les personnes âgées de plus de 60 ans ayant exercé un métier ouvrier et ne disposant pas d'un diplôme du secondaire, ont deux fois plus de risques de mourir lors d'une vague de chaleur que les personnes ayant fait des études supérieures2.
La dernière canicule l'a rappelé avec brutalité. Entre le 18 et le 29 juin 2026, 1 747 personnes sont décédées en Belgique en raison de la chaleur, soit une surmortalité de 48 %. Contrairement à une idée reçue, les personnes âgées ne sont pas les seules à mourir de la chaleur: chez les 14-64 ans, la surmortalité liée à cette vague de chaleur est de 61,3 %. Jamais une canicule n’avait entraîné autant de décès dans le pays, le taux de surmortalité a atteint un niveau comparable à celui du pic de l’épidémie de coronavirus.
Et pourtant, le gouvernement est resté spectateur.
Quelques jours avant cette vague de chaleur historique, Theo Francken ironisait sur les réseaux sociaux : « Il fait chaud pendant deux jours et voilà, on va tous mourir, évidemment. Franchement... qu’est-ce qu’ils vont encore trouver, ces journalistes ? Profitez du beau temps, VIVEZ ! – à suivre : photo de piscine, de Stella fraîche et de barbecue ». Quelques jours plus tard, la Belgique enregistrait le nombre de décès quotidiens le plus élevé depuis la première vague du coronavirus, et la vague de chaleur la plus meurtrière du siècle.
Les moqueries de Theo Francken sont à la fois une insulte à toutes les familles des victimes, mais aussi aux travailleuses et travailleurs dans les métiers déjà pénibles et dont la canicule a rendu leur travail essentiel tout simplement invivable. Il s’agit également d’une insulte pour les secouristes qui témoignent de la difficulté qu’ils ont eu à prendre en charge chaque victime. Mais ces moqueries de Theo Francken ne sont pas une simple maladresse. Elles traduisent un choix politique qui veut masquer l’injustice et les intérêts de la classe dominante qu’il défend. Reconnaître que les canicules touchent d’abord les travailleurs et sont un enjeu majeur de santé publique, de conditions de travail et de justice sociale, c'est reconnaître qu'il faut investir massivement pour protéger la population : adapter les lieux de travail, rénover les logements, développer des espaces verts, renforcer les transports publics, soutenir les maisons de repos et les hôpitaux, donner davantage de moyens à l'IRM (Institut royal météorologique) et accélérer la transition vers une énergie propre. Or, ces investissements entrent directement en concurrence avec les dizaines de milliards que le gouvernement Arizona offre aujourd’hui aux grandes entreprises de l’armement.
Pendant que les travailleurs continuaient à travailler dans des ateliers, des bus ou des chantiers surchauffés, le gouvernement Arizona se réunissait dans des salons climatisés. Après des heures de réunion, aucune mesure concrète n'a été décidée. Pas de règles nationales pour protéger les travailleurs. Pas d'interdiction des travaux extérieurs aux heures les plus chaudes. Pas de plan coordonné. Le principal conseil donné à la population est resté : « Buvez de l'eau. ».
Après la fin de la canicule, le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke organisait une réunion des… 21 ministres compétents pour établir un plan canicule national. Ils ne sont même pas tous venus et rien de concret n’a été décidé. À l’issue de cette vague de chaleur historique et alors qu’une suivante se profile déjà, nous ne sommes toujours pas plus préparés qu’avant.
Ce décalage est d'autant plus inacceptable que cette canicule n'avait rien d'imprévisible. Les scientifiques annoncent depuis des décennies que le changement climatique rendra les vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Nous sommes entrés dans cette nouvelle réalité.
Cela change notre manière de penser les politiques climatiques. En plus de lutter contre les causes du réchauffement, il faut aussi protéger immédiatement celles et ceux qui en subissent déjà les conséquences. Les deux combats sont indissociables. Chaque dixième de degré de réchauffement évité réduira le nombre de canicules de demain. Et chaque été qui vient exige également des mesures concrètes pour protéger la population.
C'est l'objectif du Plan canicule du PTB. Il repose sur une idée clé : face à une crise collective, les réponses ne peuvent pas être individuelles. La protection contre la chaleur ne peut pas dépendre de la bonne volonté d'un employeur ou de la possibilité de chacun d’adapter ses horaires ou de s'acheter un climatiseur.
Nous proposons un plan articulé autour de trois ambitions complémentaires :
- protéger immédiatement les travailleurs et les personnes les plus vulnérables face aux canicules ;
- s’adapter aux conséquences déjà visibles du changement climatique pour en réduire les effets ;
- agir sur leurs causes en accélérant la lutte contre le changement climatique plutôt qu'en sacrifiant les investissements climatiques au profit de la course au réarmement.
A. Protéger les travailleurs, leurs enfants et leurs parents
Adapter la protection et les droits des travailleurs
Les canicules plus fréquentes et plus intenses en Belgique sous l'effet du changement climatique constituent un risque majeur pour la santé au travail. Elles augmentent les malaises, les accidents, la déshydratation et les maladies liées à la chaleur. Nous sommes pour l’élaboration d’un plan chaleur, réalisé avec les organisations syndicales et leur délégués dans les entreprises. Nous proposons ici une série de piste à partir de nos retours du terrains.
À l’instar de la Confédération européenne des syndicats (CES)3, nous demandons des règles claires sur les températures maximales de travail afin de rendre plus strictes les mesures de prévention.
Car actuellement la législation belge ne protège pas efficacement les travailleurs. Lors de la canicule de fin juin 2026, les seuils prévus par le Code du bien-être au travail étaient largement dépassés, ce qui aurait dû entraîner des pauses obligatoires pour la plupart des travailleurs exerçant une activité physique ou travaillant dans des locaux non climatisés. Dans les faits, ces mesures ont été très rarement appliquées.
Le problème réside dans le système actuel. Les obligations reposent sur l'indice WBGT, qui nécessite un thermomètre spécifique, coûteux et rarement disponible sur les lieux de travail. Les employeurs ne sont pas tenus de mesurer en permanence ces paramètres, ce qui rend les contrôles difficiles et reporte la responsabilité sur les travailleurs ou sur les comités de prévention.
Ce système renforce les inégalités de classe aux détriment de ceux qui exercent des métiers physiques, dans des locaux mal ventilés ou à l'extérieur.
Plus une règle est complexe, moins elle est applicable et appliquée. Nous proposons de remplacer la réglementation actuelle par un système simple, collectif et efficace, inspiré des meilleures pratiques européennes et organisé autour de trois mesures.
1. Déclencher automatiquement les protections grâce aux données publiques de l’Institut Royal Météorologique (IRM)
Aujourd'hui, la protection des travailleurs dépend du fait qu'un employeur mesure la température sur le lieu de travail avec un appareil spécifique, le thermomètre à globe humide (WBGT en anglais). Dans la pratique, ces mesures sont rarement réalisées, ce qui rend les dispositions du Code du bien-être au travail inopérantes lors des épisodes de canicule.
Nous proposons de partir d'un principe simple : lorsqu'une canicule touche le pays, elle concerne simultanément des milliers de lieux de travail. Il n'est donc pas nécessaire que chaque entreprise mesure individuellement les températures. L'Institut royal météorologique (IRM) collecte déjà en temps réel les données de température et d'humidité sur l'ensemble du territoire belge, province par province. Ces données publiques doivent servir à déclencher automatiquement des mesures de protection.
Concrètement, l’IRM est chargée d’émettre des alertes qui déclenchent des pauses obligatoires prévues par le code du travail pour l’ensemble des travailleurs concernés4. Nous simplifions les niveaux avec trois seuils d’alerte : jaune, orange et rouge. Le niveau rouge implique un arrêt de tous les emplois non essentiels en extérieur et dans des locaux non réfrigérés. Cette approche existe déjà ailleurs en Europe. Fin juin, à Genève et en Grèce, les autorités ont interdit le travail extérieur pendant les heures les plus chaudes.
L'employeur ne peut déroger à cette règle que s'il démontre avec une note écrite et avec l’accord explicite de la délégation syndicale via le Comité de Prévention et de Protection au Travail (CPPT) ou des permanent syndicaux sectoriels pour les entreprises ne disposant pas de CPPT, que le lieu de travail reste sous les seuils légaux grâce à une climatisation ou à d'autres dispositifs de refroidissement.
Parce qu’avoir une règle claire sans personne pour la faire respecter est inutile, nous proposons, pour assurer une meilleure protection des travailleurs, d’abaisser le seuil légal à partir duquel un CPPT devient obligatoire de 50 à 25 travailleurs.
Cette réforme inverse la charge de la preuve. Aujourd'hui, c'est aux travailleurs ou au CPPT de démontrer que la chaleur est excessive. Demain, c'est l'employeur qui devrait démontrer que les conditions de travail restent sûres.
2. Simplifier les règles sur le lieu de travail avec des seuils de température faciles à mesurer comme en Allemagne
En plus des seuils nationaux, nous avons besoin de mesures pour protéger les travailleurs sur leur lieu de travail. Car lorsqu’il fait chaud dehors, la température est encore plus invivable à l’intérieur des ateliers, entrepôts et bâtiments mal isolés.
La réglementation actuelle repose sur l'indice WBGT, qui tient compte de plusieurs paramètres (température, humidité, rayonnement solaire et circulation de l'air). Mesurer ces paramètres nécessite un thermomètre spécifique, coûteux et très rarement présent dans les entreprises. Dans les faits, cet outil censé protéger les travailleurs est devenu un obstacle à leur protection. Faute de mesurer le WBGT, de nombreux employeurs ne prennent aucune mesure.
Pour prendre des mesures de protection sur le lieu de travail, nous proposons de remplacer le système actuel par ce qui se fait en Allemagne5. Des directives basées sur des mesures prises avec un simple thermomètre :
- À partir de 26 °C, l'employeur doit mettre en œuvre des mesures de prévention : stores, ventilation, boissons fraîches, limitation des sources de chaleur.
- À partir de 30 °C, l'organisation du travail doit être adaptée, notamment par des pauses supplémentaires, des horaires aménagés ou le report des tâches les plus pénibles.
- À 35 °C, un local est considéré comme impropre au travail, sauf si des protections particulières (équipements adaptés) permettent de garantir la sécurité des travailleurs.
Des seuils compréhensibles et facilement contrôlables par les travailleurs, les CPPT et l'inspection du travail, qui rendent la protection effective.
3. Garantir le droit d'interrompre le travail lorsque la chaleur devient dangereuse
Lorsque les températures sont trop élevées, les travailleurs ne doivent pas avoir à choisir entre leur santé et leur revenu.
En Espagne, après les inondations dramatiques de Valence en 2024, un droit à l'interruption du travail a été instauré en cas de risque météorologique grave, avec maintien de la rémunération6. Avec ces congés climatiques payés, les travailleurs ne doivent plus choisir entre leur salaire et leur santé lorsque les conditions météorologiques rendent le travail dangereux.
Nous proposons de nous inspirer de ce modèle. Lorsque l’IRM émet une alerte rouge canicule et que le travail est suspendu, les travailleurs bénéficient d’un revenu garanti via le chômage temporaire « intempéries »7. Ce droit bénéficie également aux indépendants, via l’extension du dispositif du « droit passerelle ».
Protéger les plus fragiles
On ne compte plus les témoignages d’enfants et de leurs parents, de patients ou résidents âgés, sur les conséquences de la canicule : déshydratation, insolation et coups de chaleur, malaises… Des problèmes de santé qui ont aussi touché les infirmières, enseignants, puéricultrices, personnels de soin... qui travaillent dans des conditions de température extrêmes. De nombreuses maisons de repos, crèches et écoles maternelles, hôpitaux, centres de soins sont en mauvais état, mal isolés, sans espaces frais. C’est un problème de santé publique qui est soulevé année après année par les travailleuses et travailleurs du secteur. Équiper les maisons de repos d’espaces aérés et rafraîchis était une des conclusions tirées de l’épidémie de Covid 198.
Pour y faire face, nous voulons un plan de climatisation des maisons de repos, hôpitaux et crèches. Chaque lieu d’accueil de la petite enfance, de patients ou de personnes âgées doit disposer d’un espace climatisé. Immédiatement avec des dispositifs mobiles, et au plus vite de façon structurelle. Comme cela a été fait en France, où 30 000 climatiseurs vont être mis à disposition des hôpitaux sous la pression syndicale et des patients9. Une mesure d’urgence, qui ne remet pas en cause la nécessité de rénover et d’isoler ces bâtiments publics et d’y engager suffisamment de personnel. Une mesure qu’aurait pu prendre le gouvernement Arizona s’il voulait vraiment protéger la population. Avec les 50 millions d’euros que Theo Francken a dépensé pour lutter contre des drones fantômes en semant la panique10, on aurait pu lutter contre une vraie menace : acheter 10 000 climatiseurs et créer autant d’espaces de fraicheur dans les crèches, les centres de soins ou les maisons de repos. Dans les maisons de repos, hôpitaux et crèches privées c’est à l’institution elle-même d’investir dans cette climatisation tandis que de l’argent public doit être débloqué pour les institutions publiques.
Les personnes fragiles ou isolées, qui vivent dans des logements surchauffés, sont aussi en danger. C’était déjà une des leçons de la crise Covid, à laquelle le gouvernement n’a pas non plus répondu : il faut une première ligne solide, financée à la hauteur des besoins avec une chaine de commandement efficace. Cette première ligne doit pouvoir prendre contact régulièrement avec les personnes isolées et s’assurer de leur état.
Une unité de commandement et des moyens supplémentaires pour les services de première ligne
Nous réclamons un refinancement des services de secours et des institutions publiques comme l’IRM chargées de nous aider à faire face aux menaces du dérèglement climatique.
Alors que la canicule de juin était prévue, que c’était déjà la deuxième vague de chaleur de l’année 202611, les autorités n’ont rien fait ou presque. Un SMS pour inviter les gens à boire de l’eau et s’abriter de la chaleur, une réunion convoquée par le ministre fédéral du Climat Jean-Luc Crucke trois jours après la fin de canicule pour inviter les 21 (!) ministres belges qui se partagent les compétences. Et à laquelle ils n’ont même pas tous assisté, préférant agir seuls dans leur coin12.
Résultat, la Belgique ne dispose toujours pas d’un Plan national canicule13. Pourtant la VUB montre qu’ailleurs en Europe, ces plans de prévention permettent de réduire la surmortalité de 25 %14. En ne se mettant pas d’accord et en continuant à jouer au ping-pong, les ministres belges de la Santé et du Climat mettent la santé de la population en danger.
Par exemple, sur le fait de décréter l’état de crise en Wallonie, on a assisté au ministre de la Santé disant que la Région wallonne n’a pas de responsabilité juridique, que ce sont les communes, gouverneurs de provinces et le fédéral qui sont en capacité de le faire. En même temps, la ministre wallonne du Climat, qui n’est pas allée à la réunion du 1er juillet organisée par le ministre fédéral Crucke, disait en commission que le plan du ministre ne servait à rien et n’était là que pour faire de la communication.
C’est pour cette raison que nous voulons une refédéralisation des compétences en matière de climat et de santé, sous la direction d’un seul ministre respectivement. Ces deux ministres sont alors chargés d’établir au plus vite un plan national de réponse aux canicules d’une part, et de coordonner les services de santé de première ligne d’autre part. La chaleur et ses impacts sur notre santé ne s’arrêtent pas aux frontières des régions, tout comme les inondations, les sécheresses ou les émissions de gaz à effet de serre.
Pour agir en cas d’événements extrêmes, incendies, inondations ou canicules, il faut doter les services publics de moyens. Tout d’abord l’Institut Royal Météorologique, qui est en première ligne pour prévoir et suivre les risques. Tout l’inverse de ce que prévoit le gouvernement Arizona15, qui veut couper dans son budget. Depuis le gouvernement Di Rupo en 2012, l’IRM a perdu 25 % de son budget. « l'IRM se trouve au sommet de la pyramide de sécurité, explique son directeur, David Dehenauw, « Si notre capacité à accomplir toutes ces tâches est compromise, nous risquons de passer à côté d'une catastrophe majeure. En même temps, le climat change, ce qui rend nos missions d'autant plus pertinentes »
Ensuite, on doit pouvoir compter sur les services de secours. Pour notre sécurité, « il vaut mieux investir dans les services de secours plutôt que dans les F-35 », disait récemment le président de la fédération des pompiers16, qui s’interrogeait sur « les milliards investis dans la Défense alors que la menace déverse des trombes d’eau sur nos villes. À quoi bon se préparer à des dangers hypothétiques si on est incapable de répondre à ceux qui frappent déjà à notre porte ? » Les effectifs des pompiers ont baissé de 10 % depuis 201517.
B. S’adapter à des canicules plus fréquentes et réduire leurs conséquences
Nous devons adapter nos villes et nos quartiers aux canicules plus fréquentes. Des mesures simples et rapides à mettre en œuvre permettent de réduire les températures extérieures et intérieures ainsi que de limiter les conséquences des canicules pour la population. En parallèle, il faut rénover et isoler les bâtiments publics et les logements.
Des lieux frais accessibles dans chaque quartier
Alors que de nombreuses familles se retrouvent dans des logements, des écoles ou des lieux de travail surchauffés, il existe de nombreux bâtiments publics frais : musées, bibliothèques, centres administratifs, églises, gares ou maisons communales. Comme l’a fait la ville de Paris18, nous voulons une cartographie des ilots de fraicheur. Les heures d’ouverture de ces lieux doivent être élargis, pour y organiser des garderies, pour pouvoir y télétravailler ou étudier ou tout simplement pour y reprendre son souffle.
Chacun doit avoir à proximité de chez lui un espace frais où se rendre en cas de forte chaleur. La cartographie permettra d’identifier les quartiers, les communes, qui ne disposent pas de lieux frais et d’y ouvrir l’accès à des lieux privés, comme des cinémas ou des centres commerciaux.
Un plan « ombre » pour les rues, les places et les cours d’école
La chaleur s’accumule plus vite et met plus de temps à s’évacuer dans les villes. Les bâtiments, les rues, les places ou les cours d’école exposés au soleil chauffent plus vite et accumulent la chaleur.
Pour y faire face, les villes espagnoles, qui connaissent des températures élevées depuis plus longtemps, ont pris des mesures simples et efficaces : créer de l’ombre19. Dans les rues ou au-dessus des places, les toiles d’ombrage permet de réduire la température de 5 jusqu’à 10 degrés, dans l’espace public et dans les logements qui les bordent20.
Nous voulons un plan « ombre ». Tendre des toiles d’ombrage, ce sont des mesures qui peuvent rapidement être mises en place dans les rues fréquentées, sur les places publiques ou dans les cours d’école où les enfants se retrouvent en plein soleil.
Rénover les bâtiments
Nous ne sommes pas égaux face aux canicules en fonction du logement dans lequel nous vivons. Avoir une piscine, un jardin avec des arbres ou bien un appartement sous les toits et mal isolé ne nous fait pas subir une canicule de la même façon. Certaines personnes en sont même venues à dormir dehors, tant il était impossible de rester dans des logements mal isolés, devenus de véritables fours. « Mon voisin dormait dehors avec ses enfants, et j'ai aussi vu des personnes âgées essayer de dormir sous des arbres », nous dit-on à Herstal.
Dans l’enseignement, on attend des élèves d’obtenir les mêmes résultats et d’être concentrés comme s’il ne faisait pas plus de 30 degrés dans la classe. Des études ont déjà montré l’impact négatif, par exemple sur les épreuves de mathématiques, de la chaleur sur les scores PISA des élèves21. Les élèves les plus défavorisés, qui n’ont pas un logement où il fait plus frais pour mieux se reposer, sont encore davantage touchés. Les centres de soins et maisons de repos sont aussi particulièrement vulnérables. Que ce soit pour les patients et résidents, mais aussi pour les personnes qui y travaillent. Une patiente en témoigne : « On en vient à se demander qu’est-ce qui est le mieux : aller suivre ses traitements habituels à l’hôpital, toute la journée dans une chambre avec 35 degrés, ou bien ne pas aller à ses traitements ? »
C’est pourquoi nous voulons lancer un plan de rénovation massif des bâtiments publics et des logements :
- Rénover les bâtiments publics, en commençant par les écoles, les centres de soins et les maisons de repos pour les adapter aux nouvelles conditions climatiques et les rendre plus confortables.
- Rénover les logements, rue par rue, quartier par quartier. En développant le système de tiers-investisseur public, afin que les ménages qui ont les moyens de réaliser des travaux ne soient pas les seuls à pouvoir se mettre à l’abri. Créer un programme de tiers-investisseur (le public avance le coût des travaux et se rembourse sur les économies d’énergie) et planifier les rénovations, c’est ce qui existe déjà dans plusieurs villes allemandes et que nous proposons depuis plusieurs années22, comme l’ensemble de la gauche européenne23 et le monde associatif. En Allemagne, entre 2006 et 2016, ce système a permis à la banque publique KFW de financer la rénovation de quatre millions de bâtiments sans que les travailleurs doivent dépenser un euro de plus. En plus d’avoir un logement mieux isolé et qui donc chauffe moins durant une canicule, ce programme a permis d’économiser neuf millions de tonnes de CO2 et d’ainsi participer à limiter le réchauffement climatique et les futures canicules. De plus ce programme a crée 320 000 emplois dans de nombreux secteurs, dont celui de la construction24.
Des bâtiment isolés, c’est aussi un moyen de faire des économies de chauffage et de climatisation, donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Après des décennies d’austérité et de primes inefficaces et insuffisantes, cela prendra plusieurs années de rénover tous les bâtiments qui le nécessitent. Mais on peut immédiatement prendre des mesures simples : distribuer des protections solaires, des stores anti-chaleurs à placer devant les fenêtres et faciliter l’installation de volets. La Fondation pour le Logement des Défavorisés en France, a par exemple chiffré que ces protections simples permettraient déjà de réduire de 4 à 5 degrés la température à l’intérieur d’un bâtiment25.
Verdir les rues et les bâtiments
Il peut y avoir jusqu’à dix degrés d’écart entre une rue, une place ou une cours arborées ou non. Les arbres sont des climatiseurs naturels. La végétation, les espaces non bétonnés, sont aussi notre meilleur allié contre la sécheresse et les inondations, en absorbant et retenant l’eau.
Cela commence par replanter des arbres dans les rues, sur les places et dans les cours d’écoles. Pour aller plus vite et agir aussi dans les rues étroites, nous voulons soutenir l’installation de plantes grimpantes sur les façades, en chargeant les services communaux de les distribuer et de les installer.
Des mesures simples, connues et très peu chères. Pourtant, souvent, c’est tout l’inverse qui se passe. Comme à Deurne où les autorités locales continuent à vouloir couper des arbres inutilement, malgré l’opposition des habitants et des associations26. Comme à Seraing ou nous luttons contre les projets d’abattages aux côtés des habitants27. De nombreuses places qui ne sont déjà pas utilisées pour du stationnement de véhicules ne comportent aucun arbre ou zone d’ombre. C’est le cas de la rénovation de la place Schuman qui vient de se terminer et où aucun arbre, aucune ombre n’ont été prévus. « On dirait une poêle à frire » disent certains, comme un symbole de l’impréparation belge et européenne au dérèglement climatique. Résultat de ces rénovations : des espaces qui sont inutilisables lors de chaque canicule.
Donner accès à l’eau
Quand il fait très chaud, pouvoir se rafraîchir est la base. De plus, avoir des plans d’eau dans l’espace public aide fortement à réduire la température locale. Il faut donner un accès à l’eau dans l’espace public avec des infrastructures en suffisance et dont l’emplacement est bien communiqué à la population. À cause du manque d’accès à l’eau dans l’espace public et faute d’une communication claire, plusieurs enfants à Jette sont tombés malades après avoir joué et s’être rafraîchis dans les seules infrastructures qu’ils ont trouvées près de chez eux.
- Lancer un plan de rénovation et de développement de piscines couvertes ou en plein air. C’est ce qu’a fait la France dans les années 1970 : un programme national a permis l’ouverture de centaines de piscines publiques, pour lutter contre les noyades et développer les cours de natation28. Avec un projet : ouvrir une grande piscine en plein air dans chaque grande ville belge, Anvers, Bruxelles, Liège, Charleroi et Gand. Tout l’inverse des politiques actuelles : fermeture de piscines dans des domaines provinciaux29, annulation du projet de piscine en plein air à Bruxelles30 malgré la destruction inutile de Océade il y a quelques années, et chantiers de rénovation interminables31. En parallèle, on peut ouvrir plus de lieux à la baignade, comme cela a été fait à Paris dans le canal Saint-Martin et comme nous le proposons à Malines32.
- Nous voulons l’installation de brumisateurs, de fontaines d’eau potable, de pataugeoires et d’espaces de jeux d’eaux pour les enfants sur les places publiques.
- L’accès à l’eau et à des sanitaires publics (WC et douches) est un enjeu de dignité et de santé pour les plus précaires. Nous voulons arrêter les coupes budgétaires qui frappent les associations s’occupant des plus précarisés et, au contraire, leur donner les moyens d’ouvrir et d’encadrer des lieux d’accueil frais pour les personnes en difficulté.
- Lorsque l’IRM émet une alerte canicule, nous voulons que les tarifs des piscines publiques, des domaines provinciaux et des parcs aquatiques privés soient diminués de moitié. Et rendus gratuits en cas d’alerte orange ou rouge, comme cela a été fait à Amsterdam pour les piscines en plein air33 et dans plusieurs villes françaises34.
- Avoir plus d’infrastructures pour un accès à l’eau dans l’espace public est nécessaire, mais cela va de pair avec une communication claire vers la population au niveau communal, sur où se trouvent toutes les infrastructures les plus proches de chez soi ou de son lieu de travail.
C. Lutter contre le changement climatique, pas préparer la guerre
Avoir un plan de protection et d'adaptation aux canicules est indispensable. Mais le meilleur moyen d'éviter des vagues de chaleur toujours plus fréquentes et plus intenses reste de s'attaquer à leur cause : le changement climatique.
Derrière la source du problème se cache aussi une dimension de classe forte : nous ne décidons pas des choix de production qui nous condamnent actuellement à un climat encore plus chaud, et l’argent investi ne va pas vers une économie décarbonée. Les vingts plus grandes entreprises privées représentent un tiers des émissions de gaz à effet de serre de la Belgique. Quatre multinationales seulement, ExxonMobil, ArcelorMittal, BASF et TotalEnergies sont responsables de 20 % des émissions, soit autant que le chauffage de tous les bâtiments du pays.
Que font l’Europe et l’Arizona ? Les derniers investissements massifs dans la militarisation pourraient augmenter les émissions de gaz à effet de serre du continent de 12 %, soit l'équivalent des émissions liées au chauffage de l'ensemble des logements européens. Des milliards qui vont dans la guerre et pas dans des éoliennes et panneaux solaires pour produire une énergie plus verte, ou encore dans des investissements dans l’isolation des bâtiments et des transports en commun de qualité et à prix abordable.
On l’observe, le réchauffement climatique s'accélère et ses conséquences sont déjà visibles en Belgique. Les canicules deviennent plus longues, plus fréquentes et plus violentes. Chaque dixième de degré supplémentaire augmente le risque d'événements climatiques extrêmes et met davantage en danger la santé, les conditions de travail et la qualité de vie de la population.
Les modèles climatiques, développés notamment par la VUB35, permettent de mesurer concrètement ce que cela signifie. Un enfant né à Bruxelles en 2020 connaîtra environ 11 vagues de chaleur au cours de sa vie si le réchauffement mondial est limité à 1,5 °C. C'est déjà davantage que ce qu'ont connu ses parents. En revanche, si les émissions de gaz à effet de serre continuent au rythme actuel, ce même enfant pourrait vivre entre 18 et 26 vagues de chaleur au cours de son existence. Limiter le réchauffement climatique, c'est donc réduire concrètement le nombre de canicules, mais aussi des autres extrêmes climatiques comme les inondations, sécheresses et feux de forêts, auxquels seront confrontées les générations futures.
Nous sommes donc face à un choix de société. Pour protéger la population, nous devons investir massivement dans la transition écologique : développer les transports publics, rénover et isoler les logements, transformer notre industrie, produire une énergie décarbonée et adapter nos villes aux nouvelles réalités climatiques.
Or, aujourd'hui, les gouvernements européens font le choix inverse. Alors qu'ils expliquent depuis des années qu'il n'y a pas d'argent pour le climat, les soins de santé ou les services publics, ils débloquent en quelques mois des centaines de milliards d'euros pour la course à l’armement. La nouvelle norme de l'Otan, qui prévoit de consacrer 5 % du PIB à la défense, représente des montants largement supérieurs aux investissements nécessaires pour engager la transition climatique.
Il ne s'agit pas seulement d'une question budgétaire. La guerre et sa préparation reposent massivement sur les énergies fossiles. Les armées figurent parmi les plus grands consommateurs de pétrole au monde. Les chars, les avions de combat, les navires militaires et l'industrie de l'armement dépendent des carburants fossiles, tandis que les conflits détruisent des infrastructures, provoquent des incendies et entraînent des pollutions durables. À elle seule, la militarisation de l'Europe pourrait augmenter les émissions de gaz à effet de serre du continent de 12 %, soit l'équivalent des émissions liées au chauffage de l'ensemble des logements européens.
On ne peut pas prétendre lutter contre le changement climatique tout en organisant une nouvelle course aux armements. Chaque euro consacré à la militarisation est un euro qui manque pour protéger la population contre les canicules, adapter nos villes, renforcer les services publics ou accélérer la transition énergétique. Le véritable choix est là : investir dans la guerre ou investir dans notre avenir. Construire une société capable de faire face au changement climatique suppose de faire de la paix, de la transition écologique et de la protection de la population une priorité politique.
- De Standaard, Zaterdag 11 July 2026, « De ziekenhuizen zeiden dat de ambulances niet zo snel mochten komen. Ze konden het niet aan »
- https://www.youtube.com/watch?v=QYqB_CUds7A (minute 10).
- https://fr.euronews.com/sante/2026/06/25/des-syndicats-europeens-reclament-des-pauses-fraicheur-pour-les-salaries-face-a-la-canicul
- https://emploi.belgique.be/fr/themes/bien-etre-au-travail/facteurs-denvironnement-et-agents-physiques/ambiances-thermiques-0
- https://www.publicsenat.fr/actualites/international/espagne-italie-pays-bas-allemagne-quelles-mesures-prennent-les-autres-pays-europeens-pour-sadapter-aux-fortes-chaleurs
- https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/le-conge-climatique-applique-en-espagne-peut-il-etre-une-solution-face-a-la-canicule_8076362.html
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