Peter Mertens : « Les armes nucléaires sont des armes de destruction massive qui doivent être interdites »
Le risque d’une nouvelle course aux armements nucléaires est bien réel, alors que le dernier traité significatif de contrôle des armements (« New START ») entre les deux plus grandes puissances nucléaires, les États-Unis et la Russie, arrive à échéance aujourd’hui. « La diplomatie, le dialogue, le contrôle des armements, les inspections mutuelles, la construction de la confiance et le désarmement… Voilà la véritable clé d’une sécurité durable, et non une nouvelle course aux armements nucléaires », écrit Peter Mertens, secrétaire général du PTB.
Photo : Flickr
Texte de Peter Mertens, secrétaire général du PTB.
Aujourd’hui, le traité « New START » arrive à expiration : c'est le dernier accord de maîtrise des armements réellement significatif entre les deux plus grandes puissances nucléaires, les États-Unis et la Russie.
« New START » avait été prolongé une dernière fois en 2021 entre le président Biden (États-Unis) et Poutine (Russie) et limitait jusqu’à aujourd’hui le nombre d’ogives nucléaires stratégiques et de systèmes de lancement détenus par les États-Unis et la Russie.
Avec la non-prolongation de New START, nous retombons, pour la première fois depuis la guerre froide, dans une anarchie nucléaire, où plus aucun "garde-fou" n’existe en matière de maîtrise des armements entre les États dotés de l’arme nucléaire.
Cela signifie que, dès demain, les États-Unis et la Russie pourront à nouveau augmenter sans limite leurs arsenaux nucléaires. À eux deux, ils possèdent actuellement 90 % de toutes les armes nucléaires de la planète : le risque d’une nouvelle prolifération ou d’une course aux armements nucléaires est donc bien réel.
Avec la non-prolongation de New START, nous retombons, pour la première fois depuis la guerre froide, dans une anarchie nucléaire, où plus aucun "garde-fou" n’existe en matière de maîtrise des armements entre les États dotés de l’arme nucléaire.
Secrétaire général
Ce n’est pas un hasard si les scientifiques du Bulletin of the Atomic Scientists ont placé, il y a une semaine, "l’horloge de l’Apocalypse" à 85 secondes de minuit. Jamais auparavant, pas même pendant la guerre froide, l’horloge n’avait été aussi proche de l’autodestruction.
Il est plus que temps de faire reculer cette horloge ! Les armes nucléaires sont des armes de destruction massive qui, tout comme les armes biologiques ou chimiques, doivent être interdites.
Depuis 2017, il existe le TPNW (Traité sur l’interdiction des armes nucléaires), destiné à faire pression sur les États nucléaires et à leur rappeler leurs engagements au titre du Traité de non-prolifération nucléaire de 1968 : à savoir un désarmement nucléaire effectif.
ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) a reçu le prix Nobel de la paix pour cela. À l’époque, ce "prix Nobel" signifiait encore quelque chose. Depuis, notre pays et notre gouvernement se trouvent toujours du mauvais côté de l’Histoire.
Notre gouvernement, qui ne cesse de parler d’un « ordre international fondé sur des règles », refuse toujours d’adhérer au traité d’interdiction des armes nucléaires. Il préfère rester fidèle à la croyance dans les armes de destruction massive plutôt que de contribuer à leur élimination.
En 1983, 400 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles contre le déploiement de missiles nucléaires en Belgique. Ce fut la plus grande manifestation que notre pays ait jamais connue.
Secrétaire général
Pire encore, notre Premier ministre plaide désormais en faveur d’une dissuasion nucléaire européenne, alors que nous avons besoin d’un rétablissement de la maîtrise des armements nucléaires et du désarmement entre les États-Unis et la Russie, puis, dans un second temps, de manière multilatérale entre tous les États nucléaires.
Diplomatie, dialogue, maîtrise des armements, contrôles mutuels, construction de la confiance et désarmement… voilà la véritable clé d’une sécurité durable, et non une nouvelle course aux armements nucléaires.
Notre pays et l’Union européenne doivent faire pression sur les États-Unis afin de rétablir la maîtrise bilatérale des armements avec la Russie, et la Belgique doit rejoindre au plus vite le traité d’interdiction des armes nucléaires.
En 1983, 400 000 personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles contre le déploiement de missiles nucléaires en Belgique. Ce fut la plus grande manifestation que notre pays ait jamais connue.
Si les responsables politiques continuent donc de jurer par les armes nucléaires, le signal devra à nouveau venir d’en bas. Que ce soit pour le climat, par la résistance sociale ou pour la paix. Un contre-pouvoir sera plus que jamais nécessaire pour orienter les politiques vers un avenir durable, socialement juste et plus sûr.