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Palestine, Liban, Iran : l’impérialisme étasunien s’enlise

Deux mois après le début du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, les missiles volaient encore dans un sens et dans l'autre ces derniers jours. Et maintenant, on entend qu'un accord serait quand même prêt à être conclu. Le président des États-Unis Donald Trump menace un jour de lourds bombardements pour, le lendemain, annoncer que la paix est en vue. Mais qu'est-ce qui se joue vraiment en coulisses ? 

Vendredi 12 juin 2026

Plus aucune règle

Des bombardements intenses en plein cessez-le-feu, on dirait que c’est devenu une nouvelle norme. Pour les États-Unis, un cessez-le-feu n’est rien de plus qu’une phase de la guerre.

Cela tient beaucoup au fait que les États-Unis du président Trump ne veulent plus respecter les règles. Il veut pouvoir faire la guerre où, quand et comme cela arrange les plus riches et les plus puissants aux États-Unis. Il bafoue donc aussi bien le droit international que les lois de son pays.

Car les États-Unis ont une loi, la War Powers Resolution de 1973, qui prévoit que le président doit demander l’autorisation du Parlement dans les 60 jours suivant le début d’une guerre pour pouvoir la poursuivre. Plutôt que de devoir se présenter devant le Parlement, Trump a préféré annoncer officiellement un cessez-le-feu, tout en continuant à bombarder comme si de rien n’était[1].

Israël, le pilier des États-Unis au Moyen-Orient et en Asie occidentale, raisonne de la même manière. À Gaza, un cessez-le-feu est prétendument en vigueur depuis le 10 octobre de l’année dernière. Pourtant, l’armée israélienne y a déjà tué près de 1 000 Palestiniens depuis[2] et elle pousse les Palestiniens restants toujours plus loin vers la mer. Alors qu’à la fin de l’année dernière, elle occupait encore 50 % du territoire, ce chiffre se dirige désormais vers les 70 %[3].

Au Liban, nous voyons la même chose se produire. Un cessez-le-feu y serait en vigueur depuis le 16 avril. Pourtant, Israël y occupe jusqu’à 20 % du territoire et l’armée israélienne y fait des victimes chaque jour[4]. Trump a fait remarquer avec sarcasme qu’un cessez-le-feu « dans cette région » équivaut tout simplement à « tirer de manière modérée »[5]. Un sens de l’humour bizarre et cynique de la part de l'homme qui a mis le feu à toute la région.

Presque tout le monde est contre la guerre

Depuis le début des bombardements contre l'Iran, Trump a déjà annoncé à 38 reprises qu’il était sur le point de conclure un accord avec le gouvernement iranien.[6] À chaque fois, nous voyons le même cycle se répéter : négociations, annonce d’un accord imminent, escalade soudaine, puis reprise des négociations[7]. Cela ne peut se comprendre qu’en saisissant la position et les intérêts des différents acteurs.

L’Iran est sorti vainqueur de la confrontation militaire de mars-avril[8]. Il a résisté à deux des armées les plus puissantes du monde. Il a montré qu’avec le contrôle du détroit d’Ormuz, il disposait d’une arme économique importante. Une grande partie de son arsenal de missiles (70 % selon les services de renseignement américains[9]) est encore intacte. Israël et les États-Unis ne sont pas parvenus à retourner la population iranienne contre la direction politique et militaire[10]. L’Iran ne craint plus la machine militaire d’Israël et des États-Unis, et il a donc le temps.

Les États du Golfe sont tombés de leur nuage à cause de la guerre. Ce ne sont pas les paradis stables où les riches peuvent profiter du travail d’esclave des immigrés et des revenus du pétrole, sous la protection d’une alliance militaire et politique avec les États-Unis et Israël. Il apparaît en outre que les bases américaines sur leur sol ne les protègent pas. Au contraire, elles les rendent vulnérables. Tous veulent que la guerre s’arrête le plus vite possible et veulent empêcher une nouvelle escalade. La plupart des États du Golfe supplient désormais les États-Unis de parvenir à un accord avec l’Iran.

Quelques autres puissances régionales, comme le Pakistan, la Turquie et l’Égypte, se présentent comme médiatrices. Grâce à leur situation géographique, leur poids relatif et leurs relations diplomatiques, elles voient leur influence augmenter. Elles aussi poussent les États-Unis à la désescalade par la négociation.

Le Liban, lui, est l’une des principales victimes de la guerre. Il y a déjà eu plus de morts qu’en Iran (plus de 3 500[11]). Israël tente d’occuper environ un cinquième du pays et a poussé plus d’un million de Libanais à fuir[12]. Israël veut profiter de la situation pour briser la résistance, en premier lieu celle du Hezbollah, un parti gouvernemental chiite et sa milice. Mais celui-ci est également un allié de l’Iran.

Pendant ce temps, la guerre fait monter les prix du pétrole de l'inflation au niveau mondial. Pour les riches, tout cela reste encore supportable, mais ce sont les travailleurs et les travailleuses du monde entier qui en paient le prix. Ils ont du mal à suivre les prix élevés du gaz, du pétrole et de tous les autres produits qui en dépendent. C’est pourquoi le reste du monde également — ou en tout cas sa population travailleuse — s’est détourné de cette guerre.

Trump est échec et mat

Aux États-Unis, Trump a un problème, un gros problème. La guerre est aussi très impopulaire dans son propre pays. Plus de la moitié des Américains déclarent que leur situation économique s’est détériorée à cause de la guerre. La Chambre des représentants a adopté la semaine dernière une résolution contre la guerre. C’était la quatrième fois qu’elle était déposée, et la première fois qu’il y avait suffisamment de votes républicains pour l'approuver. La même chose risque de se produire au Sénat[15].

Dans le même temps, une grande partie des stocks d’armes américains a été consommée. Les arsenaux doivent être reconstitués. Selon le Center for Strategic and International Studies (CSIS), il faudra des années pour ramener les stocks à niveau, surtout pour les très coûteux missiles Tomahawk, THAAD et Patriot[16].

Trump se rend également compte qu’il ne peut pas atteindre ses objectifs par des moyens militaires. Ce qu’il veut, c’est une porte de sortie pour pouvoir mettre officiellement fin à la guerre avec un « deal » avec l’Iran. De préférence, évidemment, un deal qu’il puisse présenter comme une victoire. Mais chaque fois qu’il est proche d’un tel accord, il se heurte à son « allié » Israël et à Netanyahu.

Lorsque Trump, par exemple, était proche d’un accord avec l’Iran au début de ce mois de juin, Netanyahu a décidé de poursuivre son avancée au Liban et a de nouveau menacé Beyrouth de frappes aériennes. Trump a dû lui faire promettre d’épargner Beyrouth pour sauver les discussions avec l’Iran. Le momentum pour parvenir à un accord était alors déjà passé, et les combats ont donc repris. C’est un schéma récurrent.

Entre-temps, les États-Unis se retrouvent de plus en plus seuls. Les autres alliés de Trump, les États du Golfe et les puissances régionales, insistent pour obtenir un accord et le poussent dans l’autre direction. L’Iran, de son côté, a le temps. Il attend le bon moment pour conclure un accord avec les États-Unis. 

Pas un signe de force, mais de faiblesse

Israël mène désormais depuis des années une guerre sur cinq fronts, mais n’a encore remporté aucune victoire. En Palestine, malgré son écrasante supériorité militaire, il n’est pas parvenu à briser la résistance. Résultat : il est de plus en plus isolé et perd du soutien partout dans le monde, y compris aux États-Unis[17].

Il tente alors de profiter de la situation pour mettre le Hezbollah à genoux au Liban. Mais là, il se heurte à une résistance militaire massive et très efficace, et subit des pertes presque chaque jour. Grâce au fort soutien interne à la guerre, Israël ne tient aucun compte de son isolement international et ne souhaite rien tant qu’attaquer à nouveau l’Iran.

L’Iran, de son côté, fait de la guerre israélienne au Liban un point des négociations avec les États-Unis. Il ne veut faire des concessions que si Trump peut contraindre Netanyahu à mettre fin à l’agression contre le Liban. En liant les négociations à la guerre au Liban, l'Iran a véritablement mis les États-Unis échec et mat. Le pays est parvenu à diviser les États-Unis et Israël comme jamais, eux qui étaient jusqu'ici des alliés indéfectibles.

En bref, Trump peut bien fulminer et hurler, mais l’empereur est à nu : l’arsenal d’armes doit être reconstitué ; les États-Unis perdent du soutien dans le monde ; un fossé se creuse entre les États-Unis et Israël, leur principal allié dans la région ; et, pour couronner le tout sa propre population commence elle aussi à gronder. Trump a des raisons de s’inquiéter. Pas étonnant qu’il veuille mettre fin le plus vite possible à son aventure iranienne.
 

[1]https://theconversation.com/why-the-60-day-war-powers-resolution-deadline-doesnt-actually-constrain-presidents-281724

[2]https://www.ochaopt.org/content/humanitarian-situation-report-5-june-2026

[3]https://www.standaard.be/buitenland/met-zijn-gele-en-oranje-lijn-drijft-israel-de-palestijnen-langzaam-naar-zee/156617174.html

[4]https://www.unrwa.org/resources/reports/unrwa-situation-report-12-lebanon-emergency-response-2026

[5]https://www.independent.co.uk/news/world/americas/us-politics/trump-iran-ceasefire-press-conference-b2989118.html

[6]https://edition.cnn.com/2026/06/09/politics/times-trump-iran-deal-close

[7]https://www.aljazeera.com/news/2026/6/7/how-many-times-were-the-us-and-iran-on-the-verge-of-a-deal

[8]https://www.ptb.be/actualites/cinq-theses-sur-la-guerre-en-iran 

[9]https://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/iran-us-blockade-economy-cia-trump-b2972849.html

[10]https://www.nytimes.com/2026/03/22/us/politics/iran-israel-trump-netanyahu-mossad.html

[11]https://militaryspend.org/iran-war-casualties

[12]https://www.unrwa.org/resources/reports/unrwa-situation-report-12-lebanon-emergency-response-2026 

[13]https://www.standaard.be/economie/steeds-meer-lng-en-olietankers-ontsnappen-uit-de-straat-van-hormuz-donker-varen-wordt-het-nieuwe-normaal/154837519.html et https://www.aljazeera.com/news/2026/6/11/did-us-sneak-100-million-barrels-of-oil-out-of-hormuz-as-trump-claims

[14]https://www.hln.be/nieuws/ons-dochterbedrijf-ligt-volledig-op-zijn-gat-hoe-oorlog-in-iran-onze-economie-al-2-5-miljard-euro-kost-en-grootste-klap-moet-nog-komen~a7c312cc/

[15]https://www.tijd.be/politiek-economie/internationaal/vs/trump-krijgt-klappen-congres-verzet-zich-tegen-oorlog-in-iran/10673910.html

[16]https://www.csis.org/analysis/rebuilding-us-missile-inventory-multiyear-project

[17]https://www.standaard.be/buitenland/reputatie-van-israel-gaat-wereldwijd-steeds-verder-de-dieperik-in/155423164.html