Cinq thèses sur la guerre en Iran
Depuis le 28 février, les États-Unis et Israël bombardent l'Iran, une offensive qu'Israël a également étendue au Liban. Après 40 jours de bombardements intensifs, le président des États-Unis Donald Trump a décidé d'un cessez-le-feu. Depuis, les États-Unis ont entamé des négociations. Qu'avons-nous appris de cette phase de la guerre ?
- La guerre s'est soldée par une défaite provisoire des États-Unis
- L'Iran a riposté sur plusieurs fronts
- La Chine est en train de devenir une puissance mondiale qui apporte de la stabilité dans les relations internationales
- La violence barbare montre la force de l'impérialisme, mais aussi sa faiblesse
- Nous pouvons les faire reculer et ainsi éviter d'autres catastrophes
1/ La guerre s'est soldée par une défaite provisoire des États-Unis
Il y a quelques semaines encore, les États-Unis semblaient invincibles. On aurait dit que Trump pouvait décider à lui seul de ce qui se passe dans le monde. Les dirigeants européens se sont éreintés à le flatter lors de leurs visites successives à Washington.
À un moment donné, ils ont accepté d’être grondés tous ensemble, comme une bande d’écoliers apeurés convoqués dans le bureau du directeur.
Tous les États européens membres de l’Otan ont promis à Trump de gaspiller plus d’argent pour acheter des armes américaines et pour dorénavant supporter les coûts de la guerre en Ukraine à eux seuls.
Dans les pays du Sud, cette domination semblait encore plus extrême. Du jour au lendemain, Trump a supprimé toute aide au développement et s'est retiré d'un certain nombre d'organisations internationales clés. Il se moque des accords internationaux et a donné carte blanche à Israël pour commettre un génocide.
Au début de l'année, Trump a envoyé des troupes au Venezuela pour en kidnapper le président. Il n'a pas de problème à couper complètement l'approvisionnement en énergie d'un pays, comme il l'a fait avec Cuba. Et il envoie un vieil ami d'affaires et son gendre, Witkoff et Kushner, à travers le monde pour aller en « régler » les problèmes.
Ce même Trump, ces mêmes États-Unis se sont maintenant cassé les dents sur l'Iran.
Après 40 jours passés à déchaîner leurs forces, les États-Unis et Israël, deux des armées les plus puissantes au monde, n'ont pas réussi à mettre l'Iran à genoux. Au contraire, Trump a dû faire des concessions pour négocier avec ce pays, d’où les États-Unis ont été expulsés en 1979 et avec lequel ils n'ont jamais eu de relations diplomatiques.
Witkoff et Kushner ne suffisaient pas. Cette fois, il a dû envoyer son vice-président pour amener la délégation iranienne à la table des négociations. En outre, il a déclaré que les négociations se dérouleraient sur la base des propositions iraniennes et non de son propre plan. Et bien qu'il ait posé comme condition l'ouverture totale du détroit d'Ormuz, le cessez-le-feu est resté en vigueur, même si, dans la pratique, il s'est avéré que ce n'était pas du tout le cas.
Les États-Unis sont à genoux devant un pays dont ils voulaient éradiquer la civilisation il y a quelques jours à peine.
2/ L'Iran a riposté sur plusieurs fronts
Quarante jours de guerre ont causé beaucoup de souffrances et de dégâts en Iran. Des milliers de civils ont été tués, 125 000 cibles civiles ont été touchées, 100 000 habitations ont été endommagées1. Au moins 763 écoles et 316 centres de santé ont été endommagés, selon le Croissant-Rouge iranien2. Nous n'avons probablement vu qu'une fraction des souffrances subies par le peuple iranien. Les pertes militaires sont également très élevées.
Pourtant, l'Iran a également porté des coups significatifs aux États-Unis et à Israël, et ce sur plusieurs fronts.
Sur le plan militaire, il s'agissait d'une bataille de David contre Goliath, mais les bases américaines dans la région du Golfe ont subi des dégâts importants. Après deux semaines, ceux-ci étaient déjà estimés à 800 millions de dollars3.
Au moins treize bases des États-Unis dans la région ont été si gravement endommagées que les soldats sont désormais logés dans des hôtels4. Plusieurs systèmes d’armement extrêmement coûteux et avancés, dont un F-35, un AWACS et des radars nécessaires aux systèmes antimissiles THAAD, ont été endommagés5 6 7.
Certains de ces systèmes sont si rares qu'ils sont impossibles à remplacer à court terme ou ont dû être acheminés par avion depuis d'autres parties du monde. Les hauts responsables de l'armée américaine ont prévenu qu'il faudrait des mois, voire des années, pour reconstituer les arsenaux d'armes.
Il en va de même pour Israël. Le pays s'imaginait intouchable grâce à son bouclier antimissile de haute technologie, le Dôme de fer. Cependant, l'Iran a trouvé une stratégie pour contourner ce bouclier antimissile et a réussi à le percer presque quotidiennement. Une grande partie de la population israélienne a dû passer beaucoup de temps dans des abris au cours des dernières semaines. L'idée d'inviolabilité grâce à la suprématie militaire a pris un coup dur8.
Cependant, l'Iran a combiné le combat militaire avec une bataille sur d'autres fronts, précisément parce qu'il savait qu'il ne pourrait pas gagner la bataille militairement. L'arme principale du pays n'est pas militaire, mais économique. Le pays possède du pétrole et contrôle une importante route commerciale en raison de sa situation géographique. C'est en jetant cette arme dans la mêlée qu'il a pu toucher l'ensemble de l'économie mondiale.
Les États-Unis ont également été touchés dans leur point faible : le portefeuille. Trump ne pouvait pas se permettre d'augmenter indéfiniment les prix du pétrole. C'est certainement l'une des principales raisons pour lesquelles il a finalement préféré un cessez-le-feu.
L'Iran a également mené une bataille sur le front politique et diplomatique. En liant son sort à celui du Liban, actuellement sous le feu des Israéliens, il s'attire les bonnes grâces des peuples du monde arabe.
L'Iran mène également la bataille pour les « cœurs et les esprits » sur les réseaux sociaux. Les vidéos Lego de l'Iran délivrent un message simple qui a un impact important sur un large public, en particulier dans le Sud global. Les ambassades iraniennes du monde entier ont fait circuler des commentaires acerbes, parfois cyniques, sur les réseaux sociaux.
L'Iran a également veillé à ce que les crimes de guerre de l'armée israélo-étasunienne ne soient pas oubliés. Ainsi, les négociateurs iraniens se sont rendus aux négociations à Islamabad dans un avion baptisé Minab168, en l'honneur des 168 écolières tuées à Minab le premier jour de la guerre.
Grâce à ces stratégies iraniennes sophistiquées, ils ont réussi à isoler davantage Israël et les États-Unis.
Les alliés européens ont refusé de participer activement, et certains, comme l'Espagne et la Turquie, se sont même montrés très critiques. Même la « femme qui chuchotait à l’oreille de Trump », Giorgia Meloni, a exprimé des critiques.
Aux États-Unis même, les contradictions internes du régime Trump ont fait surface. De plus, une majorité d'Américains veulent désormais la fin de la guerre9.
Mais c'est surtout l'impact de la propagande dans les pays du Sud global qui est important. Les États du Golfe ont constaté que leur alliance avec les États-Unis et leur rapprochement avec Israël ne leur offraient aucune protection. Les pays du Sud, où les prix du pétrole ont atteint des sommets, maudissent la machine de guerre insatiable de Trump et Netanyahu. L'opposition à la politique impérialiste américaine et à la conquête israélienne grandit au sein de leur population10.
3/ La Chine est en train de devenir une puissance mondiale qui apporte de la stabilité dans les relations internationales
Les médias n'y ont pas accordé beaucoup d'attention, mais le Pakistan n'a pas été le seul acteur clé. En coulisses, la Chine a joué un rôle très important.
Fin mars, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue pakistanais, Ishaq Dar, ont présenté un plan en cinq points pour la paix dans le Golfe et au Moyen-Orient11. Dès lors, la diplomatie chinoise a travaillé en tandem avec les Pakistanais. Juste avant le début du cessez-le-feu, la Chine a fièrement annoncé que Wang Yi, son ministre des Affaires étrangères, était en contact avec 26 autres dirigeants sur la question12.
Les parties en conflit sont bien conscientes du rôle crucial que joue la Chine en coulisses. Trump a lui-même déclaré que la Chine avait persuadé l'Iran d'accepter le cessez-le-feu13. L'Iran lui-même demande à la Chine de jouer un rôle actif dans l'ensemble du processus14. Le Pakistan ne cache pas non plus son étroite coopération avec Pékin sur l'ensemble de la question15.
Compte tenu du poids de la Chine dans l'économie mondiale et de ses bonnes relations avec l'Iran, il est logique qu’elle suive très activement l'ensemble du conflit. En outre, la Chine est impliquée en tant que médiatrice dans plusieurs conflits dans la région. Par exemple, elle organise actuellement des négociations de paix entre le Pakistan et l'Afghanistan. Mais ce rôle actif de la Chine sur la scène diplomatique mondiale, qui plus est dans un conflit impliquant la superpuissance américaine, est inédit. Il semble que le pays se montre ici pour la première fois dans le rôle de médiateur apportant de la stabilité dans les relations internationales.
4/ La violence barbare montre la force de l'impérialisme, mais aussi sa faiblesse
Les États-Unis et Israël disposent d'une incroyable machine de guerre qui leur permet de faire des ravages à grande échelle. Des milliers de morts, des centaines de milliers de bâtiments endommagés en Iran. À eux seuls, les États-Unis ont dépensé plus d'un milliard de dollars par jour pour la guerre.
Au Liban, l'armée israélienne a déplacé plus d'un million de personnes. Elle tente d'occuper le sud du pays. Deux mille personnes ont déjà été tuées, dont 160 enfants et 250 femmes. La semaine dernière, Israël a lancé 100 attaques en 10 minutes, tuant plus de 300 personnes.
L'Organisation mondiale de la santé a enregistré 133 attaques contre des organisations de santé. Des dizaines de travailleurs humanitaires ont perdu la vie et quatorze hôpitaux ont été endommagés par les attaques16. On parle déjà d'un scénario similaire à Gaza, comme si le génocide de Gaza et de la Cisjordanie s'étendait maintenant au Liban.
Cette violence barbare s'accompagne d'un mépris total du droit international et de la vie. Trump parle de « bêtes » en Iran et souhaite prétendument que « toute une civilisation disparaisse ».
Mais ces excès ne sont pas des signes de force, bien au contraire. Cela montre que l'impérialisme a pris fin et qu'ils se sentent donc obligés de recourir à une violence disproportionnée et brutale. L'époque où les États-Unis pouvaient imposer leur volonté de manière civilisée est révolue. Leur méthode actuelle montre moins leur force que leur faiblesse.
5/ Nous pouvons les faire reculer et ainsi éviter d'autres catastrophes
La guerre est loin d'être terminée. Il y a un cessez-le-feu, mais nous sommes loin de la paix. Différents analystes pensent que les États-Unis souhaitent désormais se retirer discrètement du conflit. Mais il n'est pas non plus exclu que les États-Unis optent pour la fuite en avant et se joignent à Israël pour recommencer à déchaîner toutes les forces de l’enfer sur l'Iran. La machine de guerre américaine est capable de tout. Quoi qu'il en soit, la guerre au Liban se poursuit sans relâche.
C'est pourquoi nous devons continuer à nous mobiliser pour la paix, contre l'Israël génocidaire et contre l'impérialisme américain belliqueux. Il est honteux que notre gouvernement n'ait pas encore condamné sans réserve la guerre contre l'Iran et le Liban. Mais ce n'est qu'une première étape.
Nous demandons également des sanctions contre Israël pour les guerres génocidaires qu'il continue de mener en Palestine et au Liban. La suspension de l'accord d'association entre l’Union européenne et Israël est un premier pas, mais à terme, tous les liens avec l'État d'apartheid doivent être rompus.
Il est évident que nous devons prévenir l’implication de la Belgique dans la guerre et que nous devons donc interdire aux États-Unis d'utiliser leurs bases dans notre pays à cette fin. Tous les transits et survols d'équipements militaires par Israël et les États-Unis doivent aussi être interdits.
L'Europe doit également opter pour une politique de paix active. Au lieu d'investir massivement dans l'armement, nous devrions nous associer aux initiatives de paix du Sud global. C'est de cette façon que l'Europe pourra redevenir une puissance mondiale... sur le plan diplomatique.
1 https://english.alarabiya.net/News/middle-east/2026/04/10/iran-suffers-145-bln-losses-widespread-destruction-after-40day-war
2 https://www.nytimes.com/interactive/2026/04/09/world/middleeast/us-israel-strikes-iran-structures-damage.html
3 https://www.bbc.com/news/articles/cddq7j48p35o
4 https://www.theweek.in/news/defence/2026/03/26/iranian-missiles-force-us-soldiers-to-sleep-in-hotels-as-13-bases-are-heavily-damaged-in-war-report.html
5 https://edition.cnn.com/2026/03/30/middleeast/us-air-force-awacs-jet-destroyed-saudi-arabia-intl-hnk-ml
6 https://edition.cnn.com/2026/03/05/middleeast/radar-bases-us-missile-defense-iran-war-intl-invs
7 https://edition.cnn.com/2026/03/19/politics/f-35-damage-iran-war
8 https://www.nytimes.com/2026/03/22/world/middleeast/israel-missile-defense-iran.html
9 https://www.ipsos.com/en-us/majority-americans-favor-exit-iran-conflict-even-if-not-all-us-goals-are-achieved
10 https://www.standaard.be/buitenland/energiecrisis-gooit-filipijnse-levens-overhoop-ik-kan-geen-drie-maaltijden-per-dag-meer-betalen/144753346.html
11 https://www.mfa.gov.cn/eng/wjbzhd/202603/t20260331_11884511.html
12 https://x.com/SpoxCHN_MaoNing/status/2041522053606752559
13 https://www.scmp.com/news/us/diplomacy/article/3349299/trump-agrees-suspend-bombing-iran-2-weeks?module=inline&pgtype=article
14 https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/3349347/iran-hopes-china-can-be-security-guarantor-middle-east-envoy-beijing#Echobox=1775633878
15 https://www.newarab.com/news/china-join-pakistan-hosted-us-iran-peace-talks
16 https://www.unocha.org/news/todays-top-news-lebanon-occupied-palestinian-territory-sudan-yemen-ukraine