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L’augmentation des tarifs du TEC est une attaque contre l’autonomie des jeunes et notre droit fondamental à la mobilité

Depuis plusieurs jours, la colère gronde. Étudiants, travailleurs, familles, pensionnés : ils sont des centaines de milliers à voir leurs factures de transport exploser. Le 1er octobre 2026, on a appris que les tarifs des abonnements annuels du TEC vont fortement augmenter le 1er février 2027. 

Jeudi 22 octobre 2026

Un bus TEC

Par Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au Parlement wallon

Un étudiant de 18 ans qui payait 12 euros pour son abonnement annuel TEC Express en 2024 devra débourser 384 euros en 2027. Soit une augmentation de 3100 %. Pour le réseau Classic des 18-24 ans, la hausse atteint 1400 % en passant de 12 euros à 180 euros. Pour les personnes BIM, l’abonnement augmente de 12 euros à 60 euros. Pour les 65 ans et plus, il passe de 12 euros à 120 euros soit une augmentation de 900 %. Et enfin, pour les travailleurs de 25 à 64 ans, c’est une augmentation de 25 % avec un tarif pour le réseau Express qui passe de 710 euros à 890 euros.

En cause ? La décision du Gouvernement wallon MR-Engagés d'imposer au TEC de faire passer son taux de couverture des recettes propres de 10 % à 14 %. Bien que le ministre wallon de la Mobilité François Desquennes (Engagés) n’ait jamais voulu le reconnaître, c’est bien cette décision qui implique 41 millions d'euros à aller chercher chaque année dans la poche des usagers.

Au total, ce sont près de 580 000 abonnés – un Wallon sur six – qui perdent du pouvoir d'achat. Et pour les jeunes aux études, cette attaque s'ajoute à la hausse du minerval : le coût total des études universitaires passe de 835 euros à 1194 euros. Et pour les étudiants des hautes écoles, c’est encore pire. Puisqu’avant la réforme, le minerval de base y était de 175 euros alors que maintenant, ils paieront eux aussi 1194 euros. Une double peine – de 731 euros par an pour les universitaires et de 1391 euros pour les étudiants en haute école – qui hypothèque l'avenir de toute une génération.

Les jeunes qui travaillent déjà sont aussi durement frappés par ces augmentations. Mais en plus, ils subissent la hausse des loyers ou du prix d’achat des logements, la hausse des taxes communales, de la taxe poubelle... Sans parler de la nouvelle taxe qu’est la vignette auto, annoncée pour 2027 par le MR et les Engagés.

Les pensionnés aussi sont attaqués puisqu’au gouvernement fédéral, ces mêmes partis ont, par exemple, décidé de ne pas indexer les pensions au-dessus de 2000 euros brut.

Un recul sous pression… mais pas un abandon

Des manifestations de milliers de jeunes à Liège, Charleroi, La Louvière, Bruxelles... qui en ont marre de voir l’enseignement se dégrader à cause des coupes budgétaires du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont démarré. Et l’augmentation tarifaire du TEC a été la goutte qui a fait débordé le vase.
À cause de toutes ces décisions, par exemple, Elisa a dû prendre quatre jobs étudiants en plus de ses cours pour pouvoir payer tous ses frais.

Par ailleurs, au sein même des Engagés, la colère gronde. Leur ancien président de parti, Benoit Lutgen, a déclaré que l’augmentation des abonnements est « demesurée et injuste ».

Face à toute cette pression, le ministre de la Mobilité François Desquesnes a été contraint de reculer. Il demande désormais au TEC de « limiter » l'abonnement des 18-24 ans à 180 euros au lieu de 384 euros.

Mais 180 euros, c'est encore quinze fois plus cher que les 12 euros actuels. Et surtout, le ministre ne renonce pas à l'objectif des 41 millions d'euros d'économies. Il déplace simplement le fardeau.

Qui décide vraiment ?

Le ministre l'affirme : ce serait au TEC et à son conseil d'administration de fixer les tarifs. Un décret a même été pris pour proclamer l'autonomie du groupe LETEC en la matière.

Mais la réalité est tout autre. En imposant au TEC d'augmenter ses recettes propres de 10 % à 14 %, le gouvernement savait parfaitement que cela entraînerait une hausse significative des tarifs. Et quand la colère a éclaté, le ministre est intervenu personnellement pour « limiter » l'augmentation des 18-24 ans. Preuve, s'il en fallait, que c'est bien lui qui décide – et donc lui, et le gouvernement MR-Engagés, qui portent l'entière responsabilité de ce vol de 41 millions d’euros dans les poches des usagers.

30 millions pour le retour à l’abonnement à 12 euros ? Les trouver ou pas est un choix

La droite répète que la quasi-gratuité est « impayable ». Regardons les chiffres en face.

Chaque année, pour compenser le manque à gagner du TEC, le gouvernement wallon versait une compensation de 30 millions d'euros. Sur un budget régional d'environ 20 milliards, cela représente 0,15 %.

Voilà le « coût insoutenable » de la quasi-gratuité. Une somme dérisoire, parfaitement finançable. Ce n'est pas une question de moyens, c'est une question de choix politique.

Certains objectent que ce financement reposait sur le plan de relance européen post-Covid, une enveloppe ponctuelle. L'argument est recevable : une politique pérenne mérite un financement structurel. Mais c'est précisément le rôle du gouvernement actuel de trouver ce financement – pas de supprimer la mesure.

Une aberration écologique et sociale

Le Contrat de Service Public du TEC l'écrit noir sur blanc : il s'agit de « s'inscrire dans un objectif commun d'augmenter le transfert modal ». Autrement dit : faire monter plus de gens dans les bus.

Or, l'étude BDO citée dans la note tarifaire du TEC elle-même est sans appel : une augmentation de 10 % des tarifs entraîne une baisse de 3 % de la fréquentation. Comment dès lors justifier des hausses de 900 %, 1400 % ou 3100 % ?

La logique voudrait l'inverse : suivre les conclusions de l'étude BDO en combinant quasi-gratuité des abonnements et amélioration de l'offre de services. Mais le gouvernement fixe des objectifs ambitieux au TEC tout en lui imposant 20 millions d’euros d'économies et des recettes supplémentaires. C'est la chronique d'un échec annoncé.

À l'heure où le pouvoir d'achat des familles est déjà mis à mal, où les prix du carburant atteignent des sommets, où nous venons de vivre un été meurtrier – 3000 morts supplémentaires et le plus grand incendie de forêt de l'histoire de la Belgique – il n'y a pas de meilleur moment pour attirer les automobilistes vers les transports en commun.

Au lieu de cela, on leur ferme la porte.

Le TEC, un service public, pas une entreprise privée

On entend de la droite que les non-usagers du TEC participent à son financement. C'est vrai. Et c'est normal. C’est la définition même d’un service public.

Car le TEC est un service public. L'usager ne paie pas la totalité du coût réel de son voyage – et c'est tant mieux. Si c'était le cas, beaucoup n'auraient tout simplement plus les moyens de se déplacer. La mobilité est un besoin de base, pas un luxe. C'est pourquoi les transports en commun doivent rester dans des mains publiques, à l'abri de la soif de profit du privé.

Maintenant, ce que la droite ne dit pas, c’est que tout le monde paie pour la voiture. Car les embouteillages coûtent 4,4 milliards d’euros par an à notre pays, les accidents de la route 12,5 milliards, la pollution 8 milliards.

Une autre mobilité est possible

La mobilité est un droit de base et une nécessité. Que ce soit pour apprendre à l’école, pour travailler, pour faire ses courses, pour se soigner, pour voir les personnes qu’on aime, pour s’amuser... On a besoin de se déplacer. 

C’est pourquoi la mobilité est une question fondamentale de société pour laquelle les pouvoirs publics doivent élaborer une politique d’accèssibilité pour le plus grand nombre.

Dans ce contexte, le PTB porte une vision ambitieuse et cohérente des transports publics : un véritable « Transports publics 2.0 ». Concrètement, nous proposons de mettre fin à la fragmentation absurde entre la SNCB, le TEC, la STIB et De Lijn pour créer un seul réseau, une seule grille horaire, un seul ticket – comme en Suisse. Nous voulons des investissements massifs dans les trains, trams, bus et métros, davantage de personnel, des horaires cadencés, des connexions vers les zonings industriels et les zones rurales.

Enfin, et si la gratuité n’était pas une idée si folle que ça ? 

Car la gratuité, ce n'est pas une utopie : le Luxembourg l'a fait, et la fréquentation a explosé. L'Allemagne et l'Espagne ont baissé le prix des transports pour faire face à la flambée des prix des carburants – avec succès. En France, plus de 50 villes ont mis en place une gratuité totale ou partielle de leur transport en commun urbain. Par exemple, à Dunkerque, la fréquentation a doublé depuis la gratuité. 

Et pendant ce temps, chez nous, on augmente les tarifs de 3100 % pour les jeunes.

Une mobilité publique forte, c'est bon pour le climat, pour le pouvoir d'achat, pour l'emploi et pour la qualité de vie.

La mobilité, c'est un droit. Pas une marchandise.

Image d'un bus TEC avec le slogan "Pas touche aux tarifs jeunes"

Pas touche aux tarifs jeunes du TEC

On peut les faire reculer. Signez la pétition.