La canicule est une question de classe : notre plan en 5 priorités
Il y a deux semaines, 1 747 personnes sont décédées de la vague de chaleur la plus meurtrière du siècle. Il y a cinq ans, 39 personnes sont mortes lors des inondations dévastatrices de juillet 2021. Ces extrêmes climatiques montrent non seulement que la Belgique n'est toujours pas prête face au réchauffement climatique, mais aussi la profonde injustice de classe derrière qui en est victime et qui en est responsable.
Des chauffeurs de bus doivent conduire dans des véhicules à près de 50 °C, des aides-ménagères font des malaises dans des maisons surchauffées et les travailleurs des chantiers ou des entrepôts continuent à travailler sous des températures extrêmes.
En Belgique, un ouvrier a deux fois plus de chance de mourir d’une vague de chaleur qu’un travailleur avec un diplôme du supérieur et, contrairement à une idée reçue, les personnes âgées ne sont pas les seules à mourir de la chaleur : chez les 14-64 ans, la surmortalité liéeà cette vague de chaleur est de 61,3 %.
En même temps, beaucoup de personnes isolées sont décédées seules chez elles. Comme témoigne un secouriste :« Dans un appartement, il faisait 45 degrés.L’habitant était mort, décédé à cause de la chaleur. Il y en a eu une dizaine comme cela. Nous les avons trouvés morts dans leur fauteuil, sur une chaise ou dans leur lit. Souvent au dernier étage, dans des logements mal isolés et mal ventilés. »
Mais face à cette crise, quelle a été la réponse du gouvernement Arizona ? Ils ont réuni 21 ministres, mais n'ont pris aucune mesure nationale pour protéger la population.Au mieux, il faudra attendre septembre. Leur principal conseil : « Buvez de l'eau. » Ceci est une insulte, pour tous les travailleurs et les familles des victimes.
En même temps, l’Arizona continue d’investir des milliards dans l’armement au lieu de les investir dans l’adaptation et la transition énergétique dont on a besoin pour réduire le nombre de vagues de chaleur et leur intensité. Leur plans ne sont clairement pas à la hauteur des besoins pour que les travailleurs subissent le moins possible la crise climatique.
C’est pourquoi, sur base de nos retours du terrain, le PTB propose un plan canicule articulé autour de cinq priorités :
1. Protéger les travailleurs
La réglementation actuelle ne fonctionne pas. Si le droit du travail avait été respecté lors de la dernière canicule, la majorité des travailleurs auraient dû bénéficier de pauses supplémentaires, parfois jusqu'à 30 minutes par heure.
Nous voulons construire un plan avec les organisations syndicales, qui comporte les mesures suivantes :
- Les données publiques de l'IRM (Institut royal météorologique) déclenchent automatiquement des mesures de protection au travail. Celles-ci sont adaptées en fonction des alertes jaune, orange et rouge de l'IRM avec des mesures adaptées à chaque palier.
- L'employeur ne peut déroger à cette règle que s'il démontre lui-même que le lieu de travail reste sous les seuils légaux grâce à une climatisation ou à d'autres dispositifs de refroidissement. Cela se fait avec une note écrite et avec l'accord explicite du CPPT ou des permanents syndicaux sectoriels, en l'absence d'un CPPT.
- Sur les lieux de travail comme dans les ateliers, entrepôts et bâtiments mal isolés, des règles simples basées sur des seuils de température facilement mesurables, comme en Allemagne.
- L'instauration d'un revenu garanti en cas d'arrêt du travail lors des chaleurs extrêmes, comme cela existe en Espagne.
2. Un plan de climatisation massif des maisons de repos, hôpitaux et crèches
Nos aînés, les personnes malades et les tout petits sont particulièrement vulnérables. Nous lançons un plan pour climatiser les institutions qui en prennent soin.
3. Rénover les bâtiments publics et les logements
Nous voulons rénover les bâtiments publics (centres de soin, écoles, maisons de repos) pour les adapter aux nouvelles conditions climatiques. Pour les logements, nous lançons un plan de rénovation rue par rue, quartier par quartier, financé par une banque publique d’investissement sur le modèle qui fonctionne en Allemagne.
4. Verdir les rues, les cours d’écoles et espaces publics
Les arbres sont nos meilleurs alliés pour lutter contre la chaleur, mais aussi contre la sécheresse et les inondations.
5. Donner accès à l’eau dans l’espace public
Nous lançons un plan de rénovation et de construction de piscines, aires de jeux d’eau publiques et toute autre source d’eau dans l’espace public. En cas de canicule, le prix d’accès aux piscines est réduit et devient gratuit en cas d’alerte rouge. L’accès à ces infrastructures va de pair avec une communication claire sur les endroits où elles sont présentes.
Découvrez notre Plan canicule complet
Ce plan repose sur une unité de direction et des moyens pour les services de première ligne. Nous voulons un pilotage clair, avec un seul ministre responsable du climat. Nous renforçons les services publics de première ligne : « L'IRM se trouve au sommet de la pyramide de sécurité », explique son directeur, David Dehenauw, qui dénonce les coupes de l’Arizona dans son budget. Pour notre sécurité, « il vaut mieux investir dans les services de secours plutôt que dans les F-35 », disait récemment le président de la fédération des pompiers. « À quoi bon se préparer à des dangers hypothétiques si on est incapable de répondre à ceux qui frappent déjà à notre porte ? »
Les moyens existent pour lutter contre les canicules et leur cause : le réchauffement climatique. Cela implique de choisir le climat plutôt que la course aux armements. Pendant que le gouvernement trouve des milliards pour la défense, il refuse d'investir dans l'adaptation au changement climatique et dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Chaque nouveau programme militaire, c’est autant d'argent qui manque pour protéger la population et accélérer la transition climatique.