ANALYSE | Les Américains rejettent en masse Trump et ses amis d’extrême droite
Aux États-Unis, le parti du président Donald Trump subit une lourde défaite aux élections de mi-mandat (« Midterms »). Un coup dur pour Trump et son projet d’extrême droite MAGA. Même dans des États qui votent républicain depuis des décennies, comme le Texas, les candidats pro-Trump essuient de lourdes défaites. Des quartiers de la classe travailleuse où Trump l’avait encore emporté il y a deux ans infligent aujourd’hui un uppercut au trumpisme.
Photo : Claire Valdez (37 ans), ancienne syndicaliste au syndicat UAW et l’une des cinq nouveaux et nouvelles élues des Democratic Socialists of America.
par Peter Mertens,
secrétaire général du PTB
Des millions d’Américains voient bien que Trump ne tient aucune de ses promesses. Il avait promis de faire baisser les prix, mais ils voient chaque jour le contraire au supermarché ou à la pompe. Trump avait promis de mettre fin aux guerres illégales, mais il a déclenché une nouvelle guerre destructrice et illégale en Iran, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Trump avait promis de ramener l’industrie aux États-Unis, mais rien de tout ça ne se concrétise.
Et ça va bien au-delà de la personne de Trump. L’économie américaine est dans l’impasse et l’impérialisme américain se heurte à ses propres limites. Les contradictions du capitalisme se font sentir de plus en plus nettement dans la vie quotidienne de millions d’Américains.
Les syndicats, les mouvements de jeunes, les réseaux citoyens et les organisations sociales ont, ces dernières années, dressé un rempart contre le trumpisme. Ensemble, ils ont contribué à créer les conditions de cette défaite politique.
Secrétaire général
Ce résultat électoral ne tombe pas du ciel. Il est le résultat de plusieurs années de luttes sociales. Le mouvement social aux États-Unis a refusé de se laisser faire par Trump et MAGA. Des millions d’Américains sont descendus dans la rue lors des manifestations historiques « No Kings », dans tous les États du pays. Au cours de l’année écoulée, le record de la plus grande journée de mobilisation de l’histoire des États-Unis a été battu à plusieurs reprises. La lutte contre l’ICE s’est transformée en un large mouvement de résistance, avec deux grèves générales à Minneapolis. Donald Trump a finalement dû battre en retraite et les troupes de l’ICE ont quitté Minneapolis après des mois de manifestations.
Les syndicats, les mouvements de jeunes, les réseaux citoyens et les organisations sociales ont, ces dernières années, dressé un rempart contre le trumpisme. Ensemble, ils ont contribué à créer les conditions de cette défaite politique.
En dernier recours, Trump et l’establishment ont tenté d’inverser la tendance à coups de milliards de dollars. À lui seul, Elon Musk a injecté 446 millions de dollars dans des campagnes politiques. Trump a menacé ses adversaires, promis 5 000 dollars aux électeurs et mis sans cesse en garde contre le prétendu danger communiste. L’establishment a mobilisé son argent, ses médias et son pouvoir politique. Mais ça n’a pas suffi.
Face au pouvoir de l’argent (« the money ») s’est dressé le pouvoir du nombre, celui des gens (« the many »).
Secrétaire général
Face au pouvoir de l’argent (« the money ») s’est dressé le pouvoir du nombre, celui des gens (« the many »). Pour l’instant, aucun des quelque dix candidats soutenus financièrement par Elon Musk n’a été élu.
Dans le même temps, les candidats socialistes réalisent une percée historique. Les Democratic Socialists of America (DSA), le Party for Socialism and Liberation (PSL) et d’autres candidats de gauche obtiennent leurs meilleurs résultats à ce jour.
Avec sept élus au Congrès, les DSA constituent désormais la plus grande force de gauche jamais représentée au Congrès. Ça traduit l’aspiration grandissante de millions d’Américains à une alternative fondamentale au pouvoir des milliardaires, au capitalisme et à l’impérialisme américain. De la lutte pour des syndicats forts à celle pour des soins de santé publics : de plus en plus de personnes veulent transférer le pouvoir de l’élite fortunée vers le monde du travail.
La lutte est loin d’être terminée. La mobilisation par en bas, dans la rue, dans les entreprises et dans les quartiers, reste indispensable pour imposer réellement le changement auquel aspirent des millions d’Américains.
Secrétaire général
Une victoire électorale ne signifie pas encore un changement fondamental. Dans le système bipartite américain, il est pratiquement impossible de sanctionner un président républicain autrement qu’en votant pour les démocrates. Or, les démocrates de l’establishment n’ont aucune intention de s’attaquer au pouvoir des milliardaires.
Et Trump a déjà sorti une nouvelle carte : le « veto ». Autrement dit, il se prépare à bloquer depuis la Maison-Blanche les décisions prises par le Congrès.
La lutte est donc loin d’être terminée. Au contraire : la mobilisation par en bas, dans la rue, dans les entreprises et dans les quartiers, reste indispensable pour imposer réellement le changement auquel aspirent des millions d’Américains.