1er Mai : « Transformer la colère des gens en force collective »
Discours de Peter Mertens, secrétaire général du PTB, à l’occasion du 1er Mai 2026 (à Anvers).
Bonjour,
Je vous souhaite à toutes et tous un bon 1er mai. Un jour férié. Mais aussi un jour de lutte.
La journée de la classe travailleuse.
Depuis seize mois, le gouvernement se heurte à un puissant mouvement social.
Seize mois. Quatorze mobilisations nationales. C’est du jamais-vu.
Et cette lutte a déjà engrangé des résultats. La réforme des pensions a été reportée et affaiblie. Le malus pension n’est toujours pas passé. Le gouvernement a déjà dû reculer sur les périodes de maladie, le chômage temporaire, les emplois de fin de carrière, les primes de nuit et les droits démocratiques.
Pourquoi ce gouvernement doit-il sans cesse renégocier ? Pourquoi doit-il revenir tous les quelques mois sur ses propres accords ?
Parce que ce gouvernement n’a aucun soutien pour ses mesures.
Les gens n’ont pas voté pour le vol de leur pension. Ils n’ont pas voté pour le blocage des salaires. Ils n’ont pas voté pour des factures d’énergie plus élevées. Ils n’ont pas voté pour la casse sociale afin d’acheter davantage d’armes.
Ce gouvernement avait promis que le travail paierait davantage. Mais que fait-il ? Il s’attaque au pouvoir d’achat des travailleuses et des travailleurs.
C’est pour cela qu’il y a autant de résistance.
Chers camarades,
La réforme des pensions a été reportée et affaiblie. C’est une bonne chose. Mais ce n’est pas suffisant. Nous voulons qu’elle soit entièrement retirée.
Le malus pension est une sanction contre les personnes qui ne peuvent pas travailler jusqu’à 67 ans. Celles et ceux qui arrêtent plus tôt peuvent perdre jusqu’à 20 % de leur pension.
Et qui est le plus durement touché ? Les femmes. Les personnes exerçant des métiers pénibles. Les jeunes. Les personnes aux carrières interrompues. Précisément celles et ceux qui doivent déjà le plus se battre pour joindre les deux bouts.
Et aujourd’hui, ce même gouvernement veut aussi normaliser davantage le travail de nuit.
Ils appellent cela la « modernisation ». Mais qu’y a-t-il de moderne dans une loi qui nuit à la santé des travailleurs ?
Personne ne travaille la nuit pour le plaisir. Le travail de nuit est lourd. Il perturbe le sommeil. Il abîme la santé. Il ronge la vie sociale.
Pourtant, le gouvernement veut permettre plus facilement aux employeurs d’imposer des heures de nuit. Il veut assouplir les procédures. Il veut affaiblir la voix des syndicats. Et il veut retirer une partie de leur prime à toute une série de travailleurs.
Pour les travailleurs de la distribution et de bpost qui commencent aujourd’hui, cela peut représenter jusqu’à 228 euros de prime de nuit en moins par mois.
Ce n’est pas de la modernisation. C’est du recul social.
C’est pourquoi nous disons : arrêtez de normaliser le travail de nuit. Protégez les travailleurs. Renforcez les primes. Et laissez les syndicats faire leur travail.
Le 12 mai, les syndicats organisent une nouvelle grande action nationale contre le malus pension, pour la défense de nos salaires et pour une vraie taxe des millionnaires.
Nous y serons. Pas pour reporter une nouvelle fois un peu le malus. Mais pour le supprimer définitivement.
Camarades,
Ce gouvernement s’attaque aussi à l’État de droit et à la dignité humaine.
477 travailleurs de Fedasil ont écrit une lettre ouverte contre leur propre ministre, Anneleen Van Bossuyt de la N-VA.
Ils disent : « nous ne voulons plus exécuter d’ordres illégaux ».
Cela demande du courage.
Car leur travail, c’est d’accueillir les personnes en fuite, mais cette ministre rend ce travail impossible. Elle refuse l’accueil à des personnes qui y ont droit, met des familles à la rue, ferme des centres alors qu’il y a déjà une pénurie de places, et ignore tout simplement les arrêts de la Cour constitutionnelle et du Conseil d’État. C’est du jamais-vu.
Les juges disent que cette politique expose immédiatement des personnes à une privation totale et au sans-abrisme.
Mais la ministre Van Bossuyt continue comme si de rien n’était. Ce n’est pas seulement inhumain, c’est aussi une attaque contre l’État de droit.
Et donc, en cette journée internationale du travail, je dis aussi à Vooruit, au CD&V et aux Engagés : cessez de critiquer depuis la ligne de touche alors que vous rendez cette politique possible. Recadrez cette ministre, car les droits humains et la dignité humaine ne sont pas des chiffons de papier.
Chers camarades,
Ils nous avaient promis un gouvernement qui remettrait le budget en ordre.
Bart De Wever allait « remettre les comptes en ordre ». Mais que voyons-nous ? Le déficit budgétaire dérape.
Et pourquoi n’arrivent-ils pas à remettre les comptes en ordre ?
Parce qu’il y a deux grands tabous.
Le premier tabou : aller chercher l’argent là où il se trouve. Chez les super-riches.
Aujourd’hui, tout le monde sent à quel point ce gouvernement répartit les efforts de manière injuste. Les travailleuses et les travailleurs en ont assez de devoir toujours payer, pendant que les plus riches échappent à l’effort.
Un débat sur la taxe des millionnaires est toujours une bonne idée. Nous avons lancé notre proposition dès 2008. Mais il faut alors parler d’une vraie taxe des millionnaires.
Pas d’une taxe symbolique. Pas de paroles en l’air. Pas d’un gadget de 1er mai.
Et surtout : une taxe des millionnaires ne peut jamais servir de monnaie d’échange contre « énormément d’économies ». Une taxe des millionnaires ne peut pas être un paravent pour imposer une nouvelle vague de casse sociale.
Elle doit faire exactement l’inverse : renforcer notre protection sociale et empêcher le vol des pensions.
Une vraie taxe des millionnaires va chercher l’argent là où il se trouve : chez les 1 % les plus riches. Avec une taxe des millionnaires ambitieuse, sans échappatoires, de 2 à 3 % sur les patrimoines supérieurs à 5 millions d’euros, on peut mobiliser chaque année jusqu’à 8 milliards d’euros de la richesse qui s’accumule au sommet de la société.
Ce n’est pas un symbole. C’est une véritable alternative.
Le deuxième tabou, ce sont les dépenses militaires.
Le gouvernement fait comme s’il n’y avait pas d’argent. Pas d’argent pour les pensions. Pas d’argent pour les soins de santé. Pas d’argent pour les salaires. Pas d’argent pour les crèches. Pas d’argent pour une énergie abordable.
Mais pour les armes, tout à coup, il y a toujours de l’argent.
Chaque ministre doit faire des économies. Les prisons craquent. Les soins de santé craquent. Les personnes de terrain craquent. Mais un ministre est heureux : le ministre de la Défense. Lui peut dépenser des milliards.
Le budget militaire de la Belgique a énormément augmenté en quelques années. En 2017, il s’élevait à 3,9 milliards d’euros. Pour faire plaisir à Donald Trump, le gouvernement veut aller encore plus loin. Il veut se diriger vers 22 milliards d’euros par an pour la Défense. De 3,9 milliards en 2017 à 22 milliards en 2029.
Voilà le choix de ce gouvernement : moins de beurre, plus de canons.
Mais nous disons : investissez dans les gens. Investissez dans les soins de santé. Investissez dans les pensions. Investissez dans une énergie abordable. Investissez dans l’industrie de l’avenir.
Vous avez suivi cette histoire de drones ?
En octobre et novembre, des histoires de drones ont soudainement surgi partout. Des drones russes, disait-on. Des drones au-dessus des aéroports. Des drones au-dessus des domaines militaires. Tout le monde devait avoir peur.
Theo Francken les voyait voler. Il a même envoyé des images à la presse.
Mais qu’est-ce qu’il est apparu ? Sur ces images, il n’y avait aucun drone. C’était un hélicoptère de la police. C’est ce qu’a démontré le documentaire Pano sur la chaîne de TV flamande Canvas.
Un hélicoptère de la police.
Et pourtant, cette panique a été utilisée pour faire passer rapidement des achats d’armes. Pour contourner les règles d’achat. Pour acheter des systèmes antidrones.
Pourquoi cela arrive-t-il ?
Parce que la majorité de la population n’est pas d’accord que l’on détourne des milliards de la sécurité sociale vers les dépenses militaires.
Alors que font les ministres de la guerre et le lobby des armes ? Ils font peur aux gens.
Ils disent : regardez, le danger. Regardez, la menace. Regardez, les drones.
La vérité est simple : ils utilisent la peur pour justifier la casse sociale.
C’est pourquoi nous devons lier la lutte contre la casse sociale à la lutte contre la militarisation.
Ce sont les mêmes personnes qui passent à la caisse pour les deux. Pour les guerres et pour l’austérité.
Ce qui va aux armes est retiré aux soins de santé. Ce qui va à la guerre est retiré aux pensions. Ce qui va à la militarisation est retiré aux salaires, à l’accueil de la petite enfance, au logement et à l’énergie.
Chers camarades,
Regardez ce qui se passe avec les flottilles de solidarité vers Gaza, la Flotilla.
Des activistes de différents pays tentent, avec de petits bateaux, de briser le blocus de Gaza et d’apporter de l’aide humanitaire : du matériel médical, du matériel scolaire, une aide de base pour un peuple que l’on affame.
Mais Israël attaque ces bateaux civils, même dans les eaux internationales.
Des personnes sont arrêtées, les communications sont perturbées, des navires sont stoppés.
C’est de la pure piraterie.
Et pourtant, l’Europe continue de regarder. L’Italie, la France et l’Espagne demandent la libération de leurs citoyens, mais les mots ne suffisent pas.
L’Union européenne doit suspendre l’accord d’association avec Israël et prendre des sanctions contre le gouvernement Netanyahou.
Le droit international ne s’applique pas seulement quand cela nous arrange. Si nous prenons les droits humains au sérieux, alors nous devons aussi briser le blocus de Gaza, arrêter le génocide et traduire les criminels de guerre israéliens devant la justice.
Chers camarades,
Ce 1er mai, il y a des raisons d’être optimistes.
Pas parce que tout s’arrangera tout seul. Pas parce que le gouvernement deviendra soudain social. Mais parce que les gens se mettent en mouvement.
L’optimisme est un combat de tous les jours.
Le système veut que les gens se sentent petits. Impuissants. Seuls. Il veut que les gens pensent : de toute façon, on ne peut rien y faire. Tout est déjà décidé.
Mais chaque grève, chaque manifestation, chaque action brise ce sentiment.
Les gens ne jettent pas leur pantoufle sur la télévision. Ils sortent. Ils parlent avec leurs collègues. Ils s’organisent. Ils redécouvrent leur force collective.
C’est extrêmement important.
Car dans chaque colère, il y a deux possibilités. Soit cette colère devient de l’amertume. Alors l’extrême droite peut s’en emparer. Soit cette colère devient organisation. Solidarité. Lutte. Espoir.
Voilà notre tâche : transformer la colère des gens en force collective.
Mener l’action n’est pas une garantie de victoire. Mais ne rien faire, c’est une garantie de défaite.
Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir.
Je pense à la classe travailleuse de notre pays, qui met ce gouvernement sous pression depuis seize mois.
Je pense aux jeunes qui résistent à la militarisation et à la guerre.
Je pense au peuple palestinien, qui continue à lutter contre le génocide et l’occupation.
Je pense au peuple cubain, qui continue à se tenir debout face au blocus étouffant des États-Unis.
Je pense à toutes celles et tous ceux qui luttent pour une alternative qui vaut la peine de se battre : le socialisme.
Car les gens ne veulent pas se battre éternellement pour des miettes. Les gens veulent une vraie solution. Pas seulement éviter le pire. Pas juste un pain. Nous avons besoin de toute la boulangerie.
Une autre société est possible. Et plus nécessaire que jamais.
Une société qui part des besoins sociaux et écologiques. Pas du profit.
Une société où les soins de santé, l’enseignement, l’énergie abordable, la paix et le travail digne sont la norme.
Une société où l’humanité, la solidarité et la justice sont au centre.
Le capitalisme nous offre aujourd’hui la militarisation, l’autoritarisme et la casse sociale. Il n’a aucune issue aux crises qu’il provoque lui-même.
C’est pourquoi nous disons : le socialisme est l’avenir.
Et nous devons incarner cet avenir. Avec de l’assurance. Avec fierté. Avec de l’organisation. Avec de la lutte.
Nous devons vouloir gagner, camarades.
Nous devons vouloir gagner le monde.
Je vous souhaite à toutes et tous un 1er mai combatif.