(Photo Solidaire, Bruno Bauwens)

Pour vous, la lutte contre le réchauffement climatique doit être une priorité politique. Vous cherchez les propositions qui allient efficacité écologique et justice sociale. Votre cœur balance entre PTB et Ecolo. Voici de quoi déterminer votre choix.

40 % des émissions de gaz à effet de serre dans notre pays proviennent de 300 grandes entreprises. De nombreuses grandes banques et groupes d’investissement continuent à injecter de l’argent dans la prospection de nouveaux combustibles fossiles. Une politique climatique ambitieuse devra donc prioritairement amener ces acteurs économiques à avoir une activité neutre en carbone. Mais comment y arriver ?

Inciter ou contraindre les multinationales à moins polluer ?

Prenons BNP Paribas, qui est considérée comme la banque la moins durable de Belgique malgré le fait que son PDG est signataire de l’appel Sign for my future. Chaque année, BNP Paribas investit des milliards dans des entreprises liées aux énergies fossiles. Entre 2009 et 2015, la banque a ainsi financé 9 fois plus les énergies fossiles que les énergies renouvelables. Convaincre cet acteur majeur du réchauffement climatique de revoir sa politique d’investissement se heurte inévitablement aux lois du marché. Ces lois qui l’obligent à investir là où l’on peut faire du profit, sous peine de laisser la concurrence gagner la part de marché.

Il nous reste dix ans pour éviter un emballement irréversible du climat.

Or, l’urgence climatique nécessite des mesures fortes. Il nous reste dix ans pour éviter un emballement irréversible du climat. Dix ans durant lesquels nous devrons diminuer chaque année les émissions de gaz à effet de serre de 10 %. Un effort considérable qu’il sera impossible de réaliser si l’on reste dans le cadre du marché capitaliste et de sa logique du profit à court terme.

Pour le PTB, nous n’y arriverons pas sans imposer aux multinationales des normes d’émissions contraignantes de gaz à effet de serre par secteur. On ne peut plus se permettre de laisser le choix aux multinationales de payer pour polluer : elles doivent tout simplement arrêter de polluer.

Dans une récente interview, la coprésidente d’Ecolo Zakia Kahttabi explique son opposition à une telle intervention de l’État : « Il faut sortir des dogmatismes entre le tout à l’État, qui étouffe l’initiative, et la main invisible du marché, dont nous voyons les résultats aujourd’hui. Carrefour, Caterpillar ou ArcelorMittal, ce n’est pas un système malade, c’est le fonctionnement normal du système. Ces entreprises ont vocation à maximiser leurs bénéfices, c’est légitime, c’est leur job. Mon job en tant que politique, c’est de les guider vers une économie plus durable. » Il faut donc « guider » les multinationales, explique-t-elle. La méthode : les décourager de faire des choix nuisibles à l’environnement et les inciter via des aides et des avantages fiscaux à faire le choix d’une économie plus durable.

On ne peut plus se permettre de laisser le choix aux multinationales de payer pour polluer.

En réalité, Ecolo essaie de concilier l’enjeu climatique avec les lois du marché tout en laissant ces dernières régner. Cela ne fonctionne malheureusement pas. Car le champ des décisions d’investissements reste fermement dominé par les multinationales, qui disposent toujours de la liberté de payer pour polluer et d’investir dans une activité polluante tant que cela rapporte.
Le meilleur exemple de l’échec de la stratégie de laisser au marché les rênes de la transition climatique est sans doute le système européen du commerce des émissions (ETS), par lequel les industries disposent de quotas d’émissions de CO2 qu’elles peuvent vendre ou acheter. Non seulement le « marché carbone » n’a pas pas diminué les émissions, mais cela fait carrément de celles-ci un objet de spéculation. Plus fort encore : ces mêmes multinationales utilisent ce système pour s’enrichir encore davantage sur le dos du climat et de la collectivité.

Pour sauver le climat, il faudra faire sauter le tabou du marché

Le paradoxe de la crise climatique est qu’on sait tout à fait comment en sortir. Au niveau technologique et scientifique, on a aujourd’hui toutes les connaissances pour le faire. Mais l’on bute fondamentalement sur la logique du profit et du marché. Une logique dans laquelle Ecolo reste malheureusement emprisonné, et qui l’a amené à beaucoup d’ambiguïtés lors de toutes ses participations au pouvoir en Belgique.

Le marché libre est incapable de le faire car ses acteurs capitalistes ne raisonnent que sur base du profit à court terme.

C’est en effet au pouvoir qu’Ecolo a été un des acteurs de la libéralisation du marché de l’énergie avec pour résultat qu’aujourd’hui un acteur privé, Electrabel, contrôle le marché et empêche tout basculement vers le renouvelable. C’est également une ministre Ecolo, Isabelle Durant, qui a accepté pour la Belgique la directive européenne libéralisant le fret ferroviaire. Le résultat de ce « marché » libéralisé est connu aujourd’hui. C’est une catastrophe écologique puisque le nombre de camions n’a jamais été aussi élevé sur les routes européennes.

Il est enfin évident qu’il faudra massivement investir pour opérer la transition climatique. Or, le marché libre est incapable de le faire car ses acteurs capitalistes ne raisonnent que sur base du profit à court terme. La collectivité doit donc prendre la main, imposer ses règles et se donner les moyens : avec des investissements publics dans les énergies renouvelables et les transports en commun, avec une banque publique pour le climat... Pour mener une telle politique, il faudra non seulement lever le tabou du marché mais aussi un autre : celui instauré lors d’une autre participation au gouvernement d’Ecolo, lorsque ses parlementaires ont largement approuvé en 2013 le TSCG, le traité européen qui cadenasse les politiques budgétaires dans l’austérité et empêche notamment... les investissements publics.

Marché libéralisé de l’énergie ou énergie publique ?

Ecolo a donc voté et défendu la libéralisation du secteur de l’énergie en 1999. L’idée était que la concurrence accrue allait entraîner l’apparition d’acteurs qui allaient briser le monopole d’Electrabel, faire baisser les prix et amener l’émergence d’énergies renouvelables. La réalité est qu’il y a aujourd’hui 7 majors qui contrôlent tout le secteur de l’énergie en Europe, dont Engie et EDF-Luminus, qui dominent le marché belge. Non seulement les prix n’ont pas cessé d’augmenter (une hausse de 60 % depuis la libéralisation), mais, en plus, Electrabel contrôle la politique belge de manière quasiment ouverte en empêchant tout basculement vers le renouvelable.

Pourtant, Ecolo écarte toujours aujourd’hui l’idée d’un secteur énergétique public. Zakia Khattabi l’a encore expliqué récemment : « La vision qu’on a avec Ecolo n’est pas la vision PTB du tout-à-l’État. On croit dans l’initiative individuelle, donc on promeut des alternatives comme les coopératives en matière énergétique. C’est de la privatisation effectivement. Mais ça démocratise l’enjeu énergétique. Au delà du débat public-privé, l’enjeu est la démocratisation. » (Jeudi en Prime, 22 février 2018). Or sans un secteur énergétique public fort, toute coopérative ou tout projet à petite échelle sera soumis aux lois du marché et du plus fort. La reprise de l’entreprise verte Lampiris par Total en est en exemple emblématique.

L’impossible capitalisme vert

Pour le PTB, le marché libre capitaliste est donc incapable de répondre à l’urgence climatique. Parce que les investissements vont devoir être massifs et que le capitalisme ne raisonne qu’avec des profits à court terme. Dans une interview récente au magazine Wilfried, Raoul Hedebouw l’explique en ces termes : « D’après le Bureau du Plan, si on veut une Belgique neutre en carbone en 2050, il faut dix milliards par an, en isolation, en transport et en énergie renouvelable. Le budget de l’État belge, en incluant la Sécurité sociale, tourne autour de cent cinquante milliards. Dix milliards ! On s’imagine ce que ça veut dire ? Les familles les plus pauvres sont incapables de payer pour des travaux d’isolation à grande échelle. Donc, il faut un système de tiers payant, dire aux gens : on va payer ton isolation et ce que tu gagnes sur ta facture d’énergie, on le récupère nous-mêmes, et toi tu débourses zéro euro. Seule une banque climatique publique peut faire ça. La banque privée, la première chose qu’elle va faire, c’est demander des fiches de salaires... Là réside ma divergence avec l’ensemble des partis traditionnels, y compris ceux qui se revendiquant de l’écologie politique. Tous croient que le marché libre, à coups de subsides, va résoudre les problèmes climatiques. Or le problème du capitalisme, c’est qu’il raisonne avec des profits à court terme. Ce n’est pas une erreur du capitalisme, c’est sa raison d’être. Et à court terme le capitalisme continue d’investir dans l’énergie fossile. Tout le monde se réjouit, y compris les dirigeants d’Ecolo, que la pétition Sign for my future soit signée par cent chefs d’entreprise. Attendez, lesquels ? Umicore, qui a pollué 10 % des terres belges, souvent avec des métaux lourds ? EDF-Luminus, qui possède la moitié du parc nucléaire français ? Ces patrons-là vont nous faire croire qu’ils veulent investir dans le vert ? Les multinationales font partie du problème, pas de la solution. » (Wilfried, Printemps 2019).

Une taxe carbone pour tous ou viser les plus nantis ?

Sommes-nous tous responsables du réchauffement climatique ? Et qui doit payer pour le climat ? La réponse à cette question a donné lieu à de vifs échanges lors des discussions sur la résolution parlementaire sur la politique climatique belge en novembre 2018. À cette occasion, Jean-Marc Nollet, coprésident d’Ecolo, a défendu l’introduction d’une taxe carbone en Belgique. Seul le PTB s’y est opposé.

Cette taxe vise à intégrer les coûts de la pollution dans les prix et donc, à rendre plus cher le carburant, le mazout de chauffage... Avec cette taxe, Ecolo refile aux citoyens ordinaires la responsabilité d’une pollution dont ils ne sont en grande partie pas responsables. Elle est particulièrement injuste : une étude a montré qu’en France, les très riches émettent 40 fois plus de carbone que les plus pauvres. Par contre, ce sont bien les ménages les moins nantis qui seront les plus pénalisés. Ainsi, la facture de chauffage représente 2 % du budget des ménages les plus riches, mais 5 % du budget des ménages à faible revenu. Une hausse de la TVA ou la taxe carbone est donc proportionnellement beaucoup plus lourde pour ces derniers. L’effet d’une telle taxe est de transformer le principe du « pollueur payeur » en celui du « qui peut payer, peut polluer ».

Faire payer l’automobiliste ou promouvoir le transport gratuit ?

Pour amener l’ensemble de la population dans le combat climatique, le PTB plaide pour des mesures sociales et et attractives fortes. Prenons la mobilité. Les propositions foisonnent pour faire payer les travailleurs qui utilisent une voiture : hausse du prix des carburants, taxe kilométrique, péage urbain... Il est évident que nous devrons opérer un transfert massif de la voiture vers d’autres moyens de transport moins polluants. Mais une telle transition ne sera possible qu’en renforçant radicalement l’offre de transports publics et son accessibilité financière.

Différentes villes d’Europe se sont lancées ainsi dans la gratuité totale des transports publics. Cette mesure écologique et sociale connaît un certain succès. En Belgique, Ecolo en parle en la limitant à certaines couches de la population (les jeunes, les chômeurs et bénéficiaires du CPAS), là où le PTB veut l’étendre à l’ensemble des travailleurs. L’inconséquence d’Ecolo sur cette question s’est d’ailleurs traduite lors de leurs dernières participations au pouvoir : c’est le ministre Philippe Henry qui a supprimé la gratuité pour les 65+ en Wallonie. Et c’est lorsqu’Ecolo était aux affaires à Bruxelles, entre 2004 et 2014 que le prix moyen des tickets de la STIB a connu sa plus forte augmentation.

Des alliances plutôt à gauche ou plutôt libérales ?

Sortir de la logique de marché pour sauver la planète nécessitera de sortir de l’ambiguïté idéologique dans laquelle Ecolo est enfermé. À la question de savoir si Ecolo se situe à gauche sur l’échiquier politique, Zakia Khattabi répond : « Cette lecture me semble appartenir au vieux monde. Sur les enjeux de solidarités on est plutôt a gauche. Mais sur la transition de l’économie, on est plutôt dans une vision plus libérale. » Cela les amène également à avoir des principes à géométrie variable pour les coalitions. Le premier partenaire d’Ecolo aux communales est… le MR (70 % de leurs alliances locales). Et c’est largement assumé. « Nous sommes aujourd’hui un parti majeur (…) Et nous trouvons des partenaires de tout type – rouge, orange, bleu ou indépendant – pour faire le travail », notait le député Georges Gilkinet. Jean-Marc Nollet, coprésident d’Ecolo, a néanmoins clarifié un point lorsqu’il était en débat le 4 avril avec Bart De Wever : il a exclu des alliances avec le... PTB. On voit mal quel changement social et écologique profond peut être porté à partir de telles ambiguïtés.

 


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