Le 25 juin, le travailleurs des arts faisaient une action dans onze villes du pays pour protester contre le manque de mesures gouvernementales pour le secteur. #stillstanding (Photo : Solidaire)

Ce jeudi 9 juillet, une majorité a voté en faveur de l'extension temporaire du chômage pour le secteur culturel au Parlement fédéral. Grâce à cette mesure d'urgence, environ 10 000 travailleurs et travailleuses de la culture pourront bénéficier d'une allocation minimale. « C’est une belle victoire et une solution temporaire pour un groupe de travailleurs jusque-là oubliés », se réjouit la députée PTB Nadia Moscufo.

Le 25 juin, 1 200 artistes, travailleurs culturels et techniciens ont organisé une action percutante sous le nom de #stillstanding. Ils sont restés debout pendant 15 minutes, éparpillés sur des places publiques de onze villes du pays, comme autant de statues représentant leur profession. Leur message : « Quand toute la société se remet en mouvement, nous restons à l’arrêt, mais debout ». Ils protestaient contre le fait que quelque 10 000 travailleurs du secteur culturel ont été complètement abandonnés à leur sort, pendant la crise, sans accès à aucune forme d’allocation de chômage. « Début mars, nous avons entendu les cris d’alerte du terrain, indiquant que le gouvernement ne prenait aucune mesure pour un secteur complètementà l’arrêt. Nous avons soutenu les revendications du secteur, et réclamé une extension temporaire de l’accès au chômage », explique Nadia Moscufo.

Diversité, unité et solidarité

L'action du 25 juin a surtout mis en lumière la diversité des travailleurs et travailleuses de la culture, et de leurs disciplines respectives. Des personnes qui pouvaient bénéficier de mesures de soutien étaient également présentes, par solidarité. Flamands, Bruxellois Wallons ont participé à l’action, ce qui revèle le soutien mutuel et l’unité de ce secteur gravement touché par la crise du coronavirus.

Cette action symbolique s’était déroulée au moment-même où une possible extension du droit au chômage pour les artistes passés entre les mailles du filet était votée au Parlement. La proposition qui était sur la table visait à accorder l’accès à une allocation de chômage aux travailleurs de la culture qui avaient accumulé au minimum vingt jours de travail en 2019, ou pouvaient prouvé avoir réalisé au moins dix prestations. Ce texte avait été écrit en concertation avec des représentants du secteur culturel. « La proposition était même déjà passée par la commission Affaires sociales, mais jeudi dernier, elle s'était heurtée à un non catégorique de la part de la N-VA, du CD&V, de l'Open VLD et du Vlaams Belang », poursuit Nadia Moscufo. « Les partis de droite ont demandé un avis au Conseil d'État. Le 3 juillet, le Conseil d'État a déclaré qu'il n'avait aucune objection fondamentale sur le plan juridique, car il s'agissait d'une mesure temporaire. Un pas de plus vers un soutien fédéral pour le secteur culturel. »

Diviser pour mieux régner

À quelques jours du nouveau vote au fédéral, le 9 juillet, le Gouvernement flamand a soudainement proposé une prime Corona unique de 1 500 euros pour les travailleurs du secteur culturel affectés financièrement par la crise du coronavirus, et qui ne pouvaient pas bénéficier d'autres mesures de compensation fédérales et/ou régionales. « Surprenant », pour la députée PTB, « car ce sont précisément les mêmes partis qui sont au pouvoir en Flandres, qui ont voté contre l'extension du chômage technique au niveau fédéral. Cela montre une fois de plus combien le démantèlement du pouvoir fédéral est fondamental dans la vision des nationalistes flamands, dont le but est d'affaiblir la solidarité entre le nord et le sud du pays. »


Une politique culturelle sociale : c’est possible

Aujourd'hui encore, le secteur de la culture a appelé à suivre la séance plénière en ligne, en direct sur le site du Parlement. Sien Eggers, Frederik Sioen, Jaco Van Dormael et une série d'autres visages connus et moins connus ont suivi les débats sur place, depuis les tribunes de l’hémicycle.

En novembre déjà, le secteur culturel flamand avait entamé une lutte contre la politique d’austérité nationaliste flamande du gouvernement Jambon, en organisant toute une série d'actions et d'événements. Le député PTB Tom de Meester s’était lui aussi opposé aux mesures d’économies sur la culture au Parlement flamand : il avait demandé que la coupe budgétaire de 60 % sur la culture et l’arrêt du financement des projets soient supprimées. Début avril, le ministre de la Culture flamand Jan Jambon (N-VA) avait finalement fait marche arrière, et suspendu les coupes appliquées aux subventions de projets pour 2020.


Des mesures structurelles nécessaires

L’extension de l'accès à une allocation de chômage pour les travailleurs et travailleuses de la culture, qui vient d'être votée, est temporaire, elle aussi. À l’avenir, le défi ne sera plus d’arracher des solutions temporaires, mais d’imposer des solutions structurelles. L’absence de salaire minimum et d'accords régissant les conditions de travail plonge de nombreux artistes dans des conditions de vie et de travail précaires. « Le nombre de statuts différents, de rémunérations et de contrats, entrainent de nombreux artistes dans la précarité, les contraignent à être hyper-flexibles, pour des salaires médiocres. Profitons de la vague de solidarité et de l'attention portée aujourd'hui au secteur culturel pour mener le plus rapidement possible le débat sur le statut des artistes », conclut Nadia Moscufo.

Suivez le PTB