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Une flambée de coronavirus à Izegem : c’est la goutte qui a fait déborder le vase pour les travailleurs du fournisseur de produits pharmaceutiques Febelco. Dans tout le pays, ils se sont mobilisés. Le PTB et de Médecine pour le Peuple étaient présents en soutien. Résultat ? Désormais, les travailleurs en quarantaine ont droit à 100 % de leur salaire et l'employeur prend en charge les tests de dépistage.

Jeudi 16 novembre, 6 heures du matin. Malgré le froid, des membres du PTB et de Médecine pour le Peuple sont présents à Sint-Niklaas, Izegem, Zolder et Wijnegem au petit matin pour soutenir les travailleurs de Febelco. Ceux-ci sont en conflit avec la direction après des mois de tensions.

Chaque jour, ils livrent du gel désinfectant et des masques aux pharmaciens. Mais (c’est un comble) eux-mêmes ne reçoivent pas suffisamment de matériel de protection de leur employeur. Et leur direction ne les autorise pas à télétravailler. « Il n’y a que l’argent qui compte ici, témoigne un délégué syndical. Apparemment, notre santé n'est pas une priorité. Nous travaillons très dur, mais nous n'avons pas le moindre respect en retour. »

Safety first

Autour du brasier, des femmes syndicalistes de Sint-Niklaas distribuent symboliquement des masques et des gants en plastique, accompagnés d’une carte avec comme message : « Les super-héros aussi ont des limites #safetyfirst »
Elien Broeckhove (permanente syndicale à la CSC) raconte comment ça s’est passé : « Pendant la première vague de coronavirus, après de nombreuses batailles, nous n'avons reçu que le strict minimum en matériel de protection.

Depuis des mois, beaucoup de membres du personnel ainsi que les syndicats demandent des masques chirurgicaux, mais la direction refuse en raison du coût. Une protection adéquate, c’est trop demandé !? Surtout que nous en distribuons des milliers aux pharmaciens chaque jour. Malheureusement, par manque de mesures de protection et de prévention adaptées, des contaminations se sont produites sur le site d'Izegem. »

« Cette histoire montre une fois de plus que l'inspection sociale doit contrôler davantage », déclare Gaby Colebunders, député fédéral PTB. Elle doit également rendre le résultat de ces contrôles public. Si des entreprises bafouent les règles de sécurité, nous avons le droit de le savoir. Dans l'intérêt de la santé publique. D’ailleurs, contrairement à ce que prétendent les organisations patronales, le lieu de travail n'est pas l'endroit le plus sûr du monde. Près de la moitié des entreprises inspectées ne garantissent pas des conditions de travail sûres.

« En plus, la direction rejette toute concertation sociale, ajoute Elien Broeckhove Jusqu'à aujourd'hui, on n’a reçu aucune information sur les contaminations à Izegem. Nous ne savons donc pas comment celles-ci se sont produites. C'est pourtant essentiel pour prévenir de nouvelles infections. Certains travailleurs ont été renvoyés chez eux après une obscure recherche de contacts interne conçue par eux-mêmes. Ils ont dû payer de leur poche leur test et se sont retrouvés avec une allocation ne représentant que 70 % de leur salaire. C'est tout à fait injuste, vu que la cause de l’interruption se trouve chez l'employeur. Aussi avons-nous exigé la prise en charge de ces coûts par l'employeur qui doit verser une indemnité pour que les travailleurs ne subissent aucune perte de revenu. »

Des pratiques d’un autre temps

Sven Robbrecht, permanent syndical de la SETCA, pense aussi qu’ils ont dépassé les bornes : « Cette flambée de coronavirus a vraiment été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Depuis des années, il y a des problèmes dans cette entreprise. Par exemple, certains conducteurs ont de longues interruptions de service, ce qui signifie qu'ils sont loin de chez eux pendant plus de 12 heures par jour alors qu'ils ne sont payés que 8 heures. Depuis des années, il n’existe pas de règlement de travail approuvé, avec des horaires. Les engagements pris, même par écrit, ne sont pas respectés ou sont soudainement interprétés différemment. La concertation sociale n'est pas prise au sérieux. Et ce n’est que sous la pression des actions des travailleurs que l’employeur se met à agir, et encore. Et cela dans une entreprise de plus de 1200 travailleurs ! Ce sont véritablement des pratiques d’un autre temps. »

Aux portes de l'entrepôt, les militants du PTB discutent avec quelques travailleurs. « Le patron a promis que je ferais le service du matin toutes les 3 semaines au maximum, témoigne une jeune femme qui préfère rester anonyme. Cette semaine-là, je mets mes enfants à dormir chez ma mère, parce que je suis une mère célibataire avec deux enfants de quatre et huit ans et qu'il n'y a donc pas d'autre option. » Des promesses rapidement oubliées, puisqu’en deux ans, l'horaire de travail a déjà changé trois fois.

« Quand je me suis plaint du nouveau système, on m'a dit que je n’avais qu’à trouver un ou une collègue qui accepterait de me remplacer pour les shifts du matin, poursuit la travailleuse. Je me sens incomprise et complètement ignorée. » Récemment, le verdict est tombé pour cette jeune femme : « Nous pensons que vous feriez mieux de chercher un autre emploi » lui a dit son responsable.

La lutte paie

Il y a un fil rouge dans les témoignages des travailleurs de Febelco : le profit l'emporte sur les gens, l'argent sur la santé. Gaby Colebunders, député PTB, déclare : « Les gens ont continué à travailler pendant la crise et les confinements. Ils méritent de la reconnaissance, et pas une perte de salaire en cas d'épidémie de coronavirus à cause d’une faute de l'entreprise. Febelco doit relancer le dialogue social de toute urgence et améliorer les conditions de travail de ses employés. » Afin de donner plus de poids à ces revendications, les travailleurs doivent de nouveau passer à l’action.

Et la lutte paie. Une semaine plus tard, les syndicats obtiennent déjà trois résultats : le maintien du salaire à 100 % en cas de quarantaine, le remboursement intégral des coûts des tests et la relance du dialogue social avec les syndicats. Les prochaines semaines montreront si la direction fournira également de meilleurs équipements de protection et de meilleures conditions de travail.

Car syndicats et travailleurs ont encore un long chemin devant eux. Un chauffeur de Sint-Niklaas : « Cette action était vraiment nécessaire. J’en ai par-dessus la tête. Mais dès qu’on ouvre la bouche, on se retrouve à la porte. Merci aux syndicats pour cette action. »


Vous avez des questions ou des doutes sur les mesures sanitaires dans votre entreprise ? Contactez Médecine pour le Peuple via [email protected]. MPLP a également établi un « Protocole en cas de contamination au travail » consultable ici.


 

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