Photo Belga

Ce dimanche 20 mai, avec 68 % des votes exprimés en sa faveur, Nicolás Maduro a remporté l'élection présidentielle vénézuélienne. L'opposition locale, les États-Unis et leurs partisans ne reconnaissent pas le résultat. Une décision prise avant que l'élection n'ait lieu...

L'élection présidentielle du 20 mai au Venezuela s'est déroulée dans un contexte intérieur et international tendu. Depuis quelques années déjà, le pays est aux prises avec une profonde crise économique et, l'an dernier, il a également été confronté à des protestations antigouvernementales violentes. Dimanche malgré ces lourdes pressions, le peuple vénézuélien a décidé de son propre sort. Maduro a gagné avec une large majorité de plus de deux tiers des voix, soit 5,8 millions (68 %) à son nom, alors que son principal adversaire, Henri Falcon, n'en obtenait que 1,8 million. Une claque pour l'opposition vénézuélienne de droite et de ses alliés à l'étranger, qui avaient déjà décidé, avant qu'on ne se rende aux urnes, qu'ils ne reconnaîtraient pas les élections.

Pour la poursuite du projet de Chávez et contre le chaos

Le peuple vénézuélien a montré clairement qu'il ne voulait pas mettre en jeu les acquis sociaux mis en place par Chávez et Maduro. Les défis du président élu sont énormes, mais les Vénézuéliens ont opté pour la continuité et aussi, par conséquent, pour la poursuite de la mise en place du projet progressiste ambitieux qui avait été élaboré sous Chávez et poursuivi par Maduro. C'était ça ou une impasse économique et politique, cette dernière étant par ailleurs encouragée par les tentatives extérieures de déstabilisation émanant des États-Unis et de l'Europe.

Une partie de la communauté internationale ne reconnaissait déjà pas les élections à l'avance

Les États-Unis qui, pendant des années, ont exigé une élection présidentielle immédiate au Venezuela, ont appelé au report du scrutin bien avant l'élection déjà et ont déclaré qu'ils ne reconnaîtraient en aucun cas le résultat. L'Union européenne s'est alignée sur cette position. Ils ne semblent plus croire que l'opposition de droite pourrait s'imposer par la voie électorale et ont donc appuyé le boycott d'une partie de l'opposition.

Les États-Unis voulaient encore accroître les pressions et ont expliqué qu'ils allaient étendre les sanctions économiques appliquées l'an dernier par le président Trump à l'encontre du Venezuela. Jusqu'à présent, ces sanctions épargnaient le secteur pétrolier, du fait que des sanctions contre ce secteur auraient un grand impact sur les raffineries américaines qui importent le pétrole brut vénézuélien. Cette fois, les États-Unis menaçaient de sectionner quand même ce secteur, au cas où l'élection de dimanche dernier aurait lieu.

Les États-Unis ont le soutien de l'Union européenne et de 14 pays d'Amérique latine réunis au sein du Groupe de Lima (dont la Colombie, le Pérou, le Chili et le Mexique), lequel considère l'élection comme non démocratique et a pour but d'isoler complètement le Venezuela sur le plan diplomatique. Dès que les résultats du scrutin ont été connus, ils ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient pas les résultats. 14 pays, dont le Canada, ont décidé de rappeler leur ambassadeur du Venezuela. Dans leur déclaration communiquée dimanche dernier, ils ont également déclaré qu'ils allaient appeler les institutions financières internationales et régionales à ne pas accorder de nouveaux prêts au Venezuela.

Le candidat de l'opposition menacé par les... États-Unis

Selon ses propres dires, le candidat de l'opposition, Henri Falcon, a même été menacé de sanctions financières par des représentants des États-Unis s'il participait à l'élection présidentielle. Plusieurs sources au sein du Département d'État (ministère américain des Affaires étrangères) l'ont confirmé. Pourquoi le gouvernement Trump voulait-il empêcher un dirigeant de l'opposition de participer à l'élection s'il avait une chance de les remporter ? Les États-Unis sont-ils réellement intéressés par une solution électorale ou négociée à la crise politique vénézuélienne ? Ils ont manifestement intérêt à l'étranglement économique du pays. Ce faisant, ils espèrent soulever la population contre son gouvernement pour appliquer leur tactique du « regime change » (« changement de régime »).

Menaces de sanctions sévères

Le vice-président américain Mike Pence a qualifié l'élection de « farce ». Peu de temps après, le président Donald Trump a signé un décret pour imposer des sanctions supplémentaires contre le pays. Cela limitera la capacité du gouvernement d'avoir accès à de l'argent frais. Les sanctions économiques que Trump (et, dans son sillage, l'Union européenne) a décidées contre le Venezuela ne sont pas négligeables. Elles interdisent explicitement de nouveaux prêts afin d'empêcher que le Venezuela puisse faire ce que la plupart des gouvernements font avec la majeure partie de leur dette, à savoir « laisser courir » le montant principal en empruntant de nouveau et, avec les nouveaux emprunts, rembourser une partie de ce montant principal quand une obligation tombe à échéance. Les sanctions compliquent fortement, voire rendent impossible, toute restructuration de la dette. En cas de restructuration de la dette, le remboursement de celle-ci – c'est-à-dire le paiement des intérêts et le remboursement du montant principal – est reporté à date ultérieure et les créanciers reçoivent de nouvelles obligations. Les sanctions de Trump interdisent explicitement cela. Quand un pays est aussi si limité dans ses possibilités de gérer ses dettes, c'est une atteinte à la souveraineté de ce pays.

Le président Trump, dans l'un de ses discours du mois d'août de l'année dernière, n'a pas exclu l'option d'une intervention militaire : « Nous avons de nombreuses options pour le Venezuela, y compris une possible option militaire si c’est nécessaire. » Marco Rubio, le sénateur républicain, qui conseille habituellement Trump sur sa politique latino-américaine, tweetait en février : « Le monde soutiendrait l'armée au Venezuela si elle décidait de protéger le peuple et de restaurer la démocratie en supprimant un dictateur. »

Une opposition divisée et faible

Dès l'arrivée du président Maduro au pouvoir, en 2013, l'opposition vénézuélienne a fait clairement savoir qu'elle désirait en finir avec le projet progressiste qui avait pris forme voici quelques décennies sous le président Chávez décédé entre-temps. Maduro, un syndicaliste et ancien chauffeur d'autobus, avait été propulsé à l'avant-plan par Chávez même et élu en tant que président afin de poursuivre ce projet – qu'au Venezuela, on appelle « la Révolution bolivarienne ».

Depuis que les partis de l'opposition de droite, rassemblés au sein de la Mesa de la Unidad Democrática (MUD, Table-ronde de l'unité démocratique), ont gagné les élections parlementaires du 6 décembre 2015, ils mènent un combat permanent pour faire tomber Maduro. Depuis lors, l'élection présidentielle anticipée figure tout en haut de leur liste de revendications.

Contre toutes leurs espérances, les élections régionales de l'an dernier n'avaient pas été remportées par l'opposition, mais bien par le PSUV, le parti de Maduro. Le PSUV est sorti renforcé du combat électoral, alors que la MUD se retrouvait dans les cordes et devenait la proie de divisions internes généralisées. Elle décidait de changer son fusil d'épaule et de ne pas participer à l'élection présidentielle de dimanche dernier. Et elle invitait sa base à boycotter le scrutin.

Mais quelques membres de l'opposition se sont quand même portés candidats, de sorte que Maduro a dû affronter trois adversaires. Le principal d'entre eux était Henri Falcon, ancien maire et gouverneur. En tout, 17 partis politiques différents ont participé au scrutin.

Une élection sous surveillance

Il était prévisible qu'en cas de victoire de Maduro, les plaintes allaient affluer à propos d'« irrégularités » dans le processus électoral. Le système électoral du Venezuela fonctionne électroniquement à 100 %, mais tout est également reproduit sur papier. L'Institut Carter de l'ancien président américain Jimmy Carter contrôle les systèmes électoraux à l'échelle mondiale, et cela vaut aussi pour celui du Venezuela. Il conclut : « Le Venezuela a l'un des systèmes électoraux les plus modernes au monde, meilleur que celui de mon propre pays. Ce n'est pas parce qu'on n'apprécie pas du tout les choix politiques d'un vainqueur qu'on peut dès lors condamner les élections comme non légitimes. »

L'élection a été suivie avec grand intérêt par les observateurs internationaux qui, depuis 1998, sont originaires d'organisations comme l'Union des Nations sud-américaines (Unasur), l'Institut Carter, le Conseil des experts électoraux de l'Amérique latine (CEELA), etc. L'ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero qui, récemment, a été médiateur des discussions entre le gouvernement vénézuélien et la MUD, était également au Venezuela pour suivre le déroulement de l'élection. Lorsqu'il a voulu assumer son rôle d'observateur international et visiter quelques bureaux de vote, il a été conspué par des membres de l'opposition. Avant le scrutin, il avait déclaré : « Si le gouvernement voulait frauder, il n'aurait pas invité le monde entier à venir observer les élections. À l'exception de l'Organisation des États américains (OEA), le monde entier a été invité à suivre de près le processus électoral. L'Union européenne, les États-Unis ont quand même leurs spécialistes aussi pour contrôler un processus électoral, non ? Bien sûr que si, mais nous sommes la proie d'un grand préjugé, dans nos dogmes, et cela débouche sur le fanatisme. »

Et maintenant ?

Avant l'élection, Maduro avait dit que, s'il était réélu président, il « convoquerait un dialogue national en vue d'une paix avec toutes les forces politiques vénézuéliennes ». Les Vénézuéliens – après une période très houleuse, comme les violentes protestations de rue du début de l'an dernier – ont opté pour la stabilité et la paix. L'an dernier, le président Maduro est parvenu à inverser quatre mois de protestations violentes avec son initiative pour une Assemblée constitutionnelle. Quelques mesures sociales importantes et récentes dans le logement et dans la distribution de vivres commencent à porter leurs fruits. Un Vénézuélien a répondu ceci à la BBC qui lui demandait pour qui il allait voter : « Dans le temps, personne ne tenait compte de nous. Nous étions des misérables. Aujourd'hui, nous participons activement à la société. Chávez nous a fait comprendre beaucoup de choses et ils nous a éveillés. Je vais voter pour Maduro parce que nous voulons continuer la révolution avec lui. »

Avec une opposition divisée, soutenue par les États-Unis et l'Europe, qui disent ouvertement qu'ils veulent appliquer un étranglement économique du pays, cette opposition n'avait que peu de chance. La majorité de la population vénézuélienne s'est toujours exprimée contre toute ingérence extérieure. Comment des sanctions économiques pourraient-elles vraiment améliorer sa pénible situation ?

La large base du chávisme, qui a toujours eu entre 5 et 6 millions de voix, est restée intacte. L’abstention (46 % des Vénézuéliens sont allés voter) concerne surtout la couche supérieure plus aisée. Même le candidat de l'opposition Falcon l'a déclaré dans son discours : « Aujourd'hui, il est clair que cet appel à l'abstention a été une extraordinaire occasion manquée. »

La pression de la guerre économique et les sanctions nord-américaines et européennes ont également réveillé la résistance des organisations de la société civile. Ainsi, autour de la distribution et de la production de nourriture, un mouvement 'est construit de la base, en alliance avec les mesures et programmes sociaux de Nicolás Maduro.

Les Vénézuéliens ont le droit de voter et cette décision doit être respectée. Le résultat de l'élection aussi. Tous les gouvernement doivent mettre tout en œuvre pour faciliter et soutenir le dialogue et pour résoudre les problèmes du pays de façon pacifique. Par contre, les menaces de Trump et consorts ne feront qu'aggraver les difficultés du pays et la division qui y règne.


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