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Au moins 20 femmes sont déjà mortes cette année à cause de la violence de leur (ex-)partenaire. Il est nécessaire de faire pression sur le gouvernement pour qu'il fasse de la lutte contre la violence contre les femmes une priorité. Rejoignez la manifestation ce dimanche 27 novembre à Bruxelles.

Myriam, Teresa, Meryeme, Delphine, Ann... L’année n'est pas encore terminée, mais on recense déjà au moins vingt féminicides pour 2022. Toutes ces femmes ont été assassinées par leur (ex-)partenaire.

Cette forme la plus extrême de violence envers les femmes fait des dizaines de victimes chaque année. Mais ce n’est pas tout.

La violence à l'égard des femmes se produit à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société : sur le lieu de travail, dans la rue, dans la vie nocturne, au sein des familles, entre amis...

Récemment encore, un professeur de la KU Leuven a fait la une des journaux. Il était connu pour ses comportements de harcèlement depuis plus d'une décennie. Mais l’université a laissé faire. Pendant cette période, il a violé une de ses étudiantes.

Apprendre de l'Espagne

Chaque année, nous constatons que la violence contre les femmes reste un problème alarmant. Les chiffres, qui sont toujours une sous-estimation de la réalité, ne mentent pas. Chaque jour, ce sont neuf femmes qui se font violer en Belgique. Huit femmes sur dix ont déjà été victimes de harcèlement.

Malgré l'ampleur du problème, et malgré les grandes promesses du gouvernement d'en faire une priorité, on avance à pas de tortue.

C'est pourquoi Marianne, le mouvement de femmes du PTB, descendra également dans la rue ce dimanche 27 novembre pour la manifestation de la plateforme Mirabal en faveur d'une approche réellement efficace de la lutte contre les violences faite aux femmes.

Un problème de cette nature ne peut être résolu à coups de mesures isolées et de bonnes intentions. Il est nécessaire d'adopter une approche efficace, avec des objectifs concrets et un budget adéquat pour les atteindre.

Nous pouvons en apprendre de l'Espagne, un modèle en matière de lutte contre la violence envers les femmes. Cette année, le gouvernement progressiste espagnol a investi 209 millions d'euros (soit 4,40 euros par habitant) dans sa politique sur les violences sexistes. C'est plus que l'année dernière, et des voix s'élèvent pour demander une augmentation du budget dans les années à venir. Si nous faisons le même calcul pour la Belgique, nous arrivons rapidement à plus de 50 millions d'euros par an.

Combien la Belgique consacre-t-elle à la lutte contre la violence contre les femmes ? Cela reste flou. Même après de multiples questions parlementaires à ce sujet, rien n’est clair. La secrétaire d'État à l'Égalité des Chances Sarah Schlitz (Ecolo) dispose de 2,5 millions d'euros par an pour la mise en œuvre du plan d'action national de lutte contre les violences basées sur le genre.

Les autres fonds devraient provenir d'autres cabinets, comme celui de la Justice et de l’Intérieur, ou encore des Régions. Le montant qu'ils y consacrent n'est pas clairement défini. Ce n'est pas un signal rassurant car les politiques sous-financées ne progressent pas.

Une prise en charge adéquate des victimes

Trop souvent, les victimes ne se sentent pas écoutées et ne savent pas vers qui se tourner. La majorité ne porte pas plainte. Il y a la peur de ne pas être crue ou que cela ne serve à rien.

Ces craintes ne sont pas infondées. Plus de la moitié des plaintes sont classées sans suite.

Pour accueillir correctement les victimes et traiter les plaintes de manière adéquate, il faut des magistrats et des policiers spécialisés. C'est important pour gagner la confiance des victimes, pour augmenter le nombre de plaintes et pour faire baisser ces classements sans suite.

Nous pouvons nous inspirer de la cellule de police EVA (Emergency Victim Assistance) de Bruxelles, qui a été créée en juillet 2020. Cette cellule de police est composée de quatre inspecteurs et d'un inspecteur en chef. Ces cinq inspecteurs sont spécialement formés pour les faits de mœurs. Ils travaillent en étroite collaboration avec le Centre de prise en charge des violences sexuelles et d'autres organismes d'aide. Ils prennent les dépositions, écoutent les victimes et donnent des formations internes et externes sur les violences intrafamiliales et sexuelles. Avec Marianne, nous préconisons le déploiement d'une telle approche spécialisée dans tous les services de police.

Il est particulièrement difficile de signaler les cas de violence ou de harcèlement dans des situations où les relations de pouvoir sont fortes, comme au travail, dans l'enseignement, etc. Des situations dans lesquelles l’agresseur joue un rôle déterminant dans l’emploi ou le parcours étudiant de la victime. C'est ce que démontre notamment l'exemple du professeur de la KU Leuven. Une victime doit se sentir en sécurité pour pouvoir porter plainte. C'est pourquoi il est important d'avoir un point de signalement indépendant et externe dans chaque université et haute école.

Des pas en avant, mais insuffisants

Un budget et un accueil adéquats des victimes sont une chose. Mais au-delà, les défis sont particulièrement importants. Il faut faire connaître les lignes d'assistance 1712 et 0800 30 030, ou encore la thérapie des auteurs ou les analyses de risques, pour ne citer que quelques exemples. Bien sûr, nous voulons surtout prévenir la violence, c’est pourquoi investir dans la prévention est crucial.

Tout cela est possible si l'on fait réellement de cette lutte une priorité, comme le fait l'Espagne. Certaines avancées ont déjà été réalisées, par exemple la nouvelle législation sur les violences sexuelles. Ces mesures ont été prises grâce à la pression exercée par le mouvement féministe, les organismes d’aide et les nombreuses personnes qui ont manifesté ces dernières années. Cette pression reste nécessaire pour apporter un véritable changement qualitatif.

Manifestez avec nous le 27 novembre

Marianne, le mouvement de femmes du PTB, appelle à marcher avec elles ce dimanche 27 novembre lors de la manifestation nationale contre la violence envers les femmes organisée par la plateforme Mirabal. Nous serons là pour exiger une approche réellement ambitieuse de la part du gouvernement. Et vous, vous venez ? Toutes les infos ici.