Les élus du PTB Thierry Warmoes (La Chambre) et Marc Botenga (Europe), ont été soutenir les agriculteurs qui manifestaient ce 11 juillet. (Photo Belga)

L’élaboration du traité de libre-échange entre l’Union européenne et le groupe de pays d’Amérique du Sud composant le Mercosur connaît une accélération. Cet accord signifierait pourtant un drame pour l’environnement et l’agriculture. Sans parler des ce qui risque d’atterrir dans nos assiettes. Qu’est-donc que ce traité ? Et pouvons-nous encore l’arrêter ?

Le Mercosur (Mercado del Sur, Marché du Sud) est un bloc économique comprenant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Les exportations de l’Union européenne (UE) vers le Mercosur s’élevaient à 45 milliards d’euros en marchandises en 2018 et à 23 milliards d’euros en services en 2017. L’UE est aussi le plus grand investisseur étranger dans le Mercosur avec 381 milliards d’euros, alors que le Mercosur a investi 52 milliards d’euros en UE en 2017. L’Union européenne veut conclure un nouveau et large accord de libre-échange avec ces pays. Jusqu’à présent, il s’agit seulement d’un accord de principe de quelque 17 pages.

Les négociations ont débuté en 2000 et se sont retrouvées à plusieurs reprises au point mort, les pays du Mercosur voulant exporter davantage de viande que ce que les pays européens sont disposés à autoriser. Depuis 2016, les négociations se sont toutefois accélérées. La raison de cette précipitation pour finaliser l’accord est politique. Une nouvelle Commission européenne entrera sous peu en fonction et, en Argentine, il y aura aussi bientôt des élections. Or le prochain gouvernement pourrait être bien moins favorable au libre-échange.1

Avalanche de bœuf

L’accord doit diminuer considérablement les tarifs d’importation pour, entre autres, la viande, le sucre, le blé et l’éthanol. Les quatre pays sud-américains auront ainsi un accès plus facile au marché alimentaire européen, bien qu’ils écoulent déjà de grandes quantités sur ce marché. C’est d’autant plus préoccupant que le Brésil a décidé il y a quelques mois d’autoriser plus de 150 nouveaux pesticides qui sont interdits en Europe parce que trop dangereux.

Le marché européen risque d’être submergé de viande de bœuf, de volaille et de porc bon marché. Cette viande est produite selon des normes environnementales et de bien-être animal bien moins strictes que dans l’UE, et à un prix bien plus bas. Les prix européens du bœuf sont déjà depuis un bon moment sous pression, et les 99 000 tonnes de viande de bœuf provenant du Mercosur ne feront qu’augmenter cette pression.

L’accès plus facile au secteur européen du sucre va également intensifier la concurrence déloyale. Le secteur de la volaille est particulièrement menacé par l’arrivée supplémentaire de 180 000 tonnes de viande de poulet.2 L’agriculture à petite échelle et les emplois des deux côtés de l’océan méritent d’être protégés contre la concurrence déloyale de ces sortes de systèmes agricoles.

Poulet aux hormones et déforestation

Des questions se posent également en ce qui concerne la sécurité alimentaire et les contrôles. Ainsi, il y a déjà eu plusieurs cas de scandales liés à la viande dans les pays concernés, la viande aux hormones y est davantage autorisée et les services d’inspection n’y sont pas toujours fiables. Dans le document publié par la Commission européenne, le principe de précaution n’apparaît pas. Ce principe comprend que, si une mesure peut être soupçonnée de causer des dommages graves à la collectivité ou à l’environnement, c’est aux défenseurs de cette mesure d’apporter une preuve que ça ne sera pas le cas avant qu’elle soit mise en application.

Par ailleurs, la production de masse de viande et de soja, notamment, sont des causes importantes de la déforestation à grande échelle en Amérique du Sud. Cela constitue une menace non seulement pour l’environnement, la biodiversité et la population locale, mais aussi pour le climat. Les arbres apportent en effet une contribution très significative à la réduction mondiale du CO2. Le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro estime que les entreprises agricoles, minières et hydrauliques doivent pouvoir travailler comme elles le veulent et sans obstacles dans de grandes parties de l’Amazonie. Or, si le Brésil ne mène pas la lutte contre la déforestation, les émissions augmenteront de 1,3 gigatonne par an, estiment des scientifiques brésiliens.

Des organisations de défense de l’environnement, des scientifiques et des législateurs se montrent également critiques envers ce deal.3 Par exemple, le gouvernement brésilien ne respecte pas l’accord de Paris. Il nie l’existence du changement climatique, détruit la forêt amazonienne, veut chasser les ethnies locales, pourchasse les personnes LGBT et viole les droits humains.4

Besoin de commerce équitable

Comme toujours, ces négociations ne se déroulent pas de manière transparente. Durant les négociations, les textes des accords commerciaux devraient être disponibles librement sur internet et, dans tous les cas, un large débat public devrait être mené sur le sujet.5

Marc Botenga, député européen du PTB, plaide pour une politique gagnant-gagnant : « Ce traité de libre-échange est le contraire de ce dont nous avons besoin. Il ne profitera qu’aux grandes multinationales. Nous voulons un accord gagnant-gagnant pour les pays, gagnant-gagnant pour les peuples. Chaque pays peut utiliser ses richesses via le commerce international pour un développement équilibré et durable. »

Nous avons besoin d’un commerce équitable. Le PTB refuse qu’encore plus de pouvoir soit octroyé aux multinationales via des accords de libre-échange. C’est pourquoi le PTB appelle à l’arrêt des négociations sur le traité avec le Mercosur. Auparavant, le parti s’était déjà opposé pour des rasions similaires au TTIP et au CETA, les accords de libre-échange de l’Union européenne avec respectivement les États-Unis et le Canada. En dépit des très nombreuses pétitions, lettres de protestation venues de toute l’UE et des grandes manifestations, l’UE continue à conclure des traités de libre-échange. La Commission européenne reste décidément sourde aux souhaits de la population, des travailleurs et des défenseurs des droits sociaux et environnementaux.

Cela dit, nous pouvons encore contrer ce processus. Quand un texte définitif sortira, celui-ci devra être approuvé par les gouvernements et/ou parlements nationaux concernés. Cela offre des possibilités d’actions. Plusieurs syndicats d’agriculteurs en ont déjà lancé, car il est impératif d’arriver à arrêter ces négociations.

Ce jeudi 11 juillet, les agriculteurs belges manifestaient à Bruxelles. Reste à leur emboîter le pas.

Découvrez ici le programme du PTB pour une tout autre politique du commerce extérieur.


1 http://ec.EUropa.EU/trade/policy/countries-and-regions/regions/mercosur/

2 https://www.boerenbond.be/pers/persbericht/handelsakkoord-met-mercosur-bedreigt-EUropees-landbouwmodel

3 https://www.politico.EU/pro/mercosur-EUrope-trade-deal-commission-scrambles-to-defend/?utm_source=POLITICO.EU&utm_campaign=0ae8c0a367-EMAIL_CAMPAIGN_2019_07_03_08_27&utm_medium=email&utm_term=0_10959edeb5-0ae8c0a367-189017913

4 https://www.11.be/component/zoo/item/EU-laat-handel-weer-voorgaan-op-mensenrechten

5 https://www.11.be/component/zoo/item/EU-mercosur-een-akkoord-dat-er-nog-geen-is


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