Photo shehan peruma/Flickr

Le MR a tenté de forcer les enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles à sensibiliser leurs élèves sur les « dangers de l'extrême-gauche ». « C'est une insulte à tous ceux qui s'occupent de notre enseignement mais aussi une insulte aux résistants comme le communiste sérésien Julien Lahaut », a répondu le député PTB Frédéric Gillot. La résolution du MR a heureusement été rejetée.

Le député MR Fabian Culot avait introduit une proposition de résolution « visant à accroître la sensibilisation aux dangers des extrémismes et des populismes et plus particulièrement à ceux de l’extrême gauche » en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a été rejetée en commission ce mardi 13 novembre, grâce à l'opposition du PTB, du PS et du cdH.

Pour le député PTB, Frédéric Gillot, il y avait bien des raisons de rejeter la proposition. « En premier lieu, je veux soutenir les pédagogues et les enseignants qui élaborent les programmes scolaires. Je suis surpris que Mr Culot mette ainsi en doute leur objectivité et leur professionnalisme, explique-t-il. Ensuite, Mr Culot ne semble pas savoir que l'extrême droite est l'idéologie de l'exclusion, du racisme, de la discrimination et du combat des puissants contre les peuples alors que celle de la gauche radicale est basée sur la solidarité, l'égalité et le partage des richesses. L'objectif du MR est évident: diaboliser la gauche pour banaliser l'extrême droite qui ne dérange pas l'allié NVA du MR. Une question se pose. Est-ce que le MR serait en train de préparer de nouvelles alliances? A-t-il besoin pour ça d'un nouvel écran de fumée? Cette proposition de résolution est une insulte à tous ceux qui s'occupent de notre enseignement mais aussi une insulte aux résistants comme le communiste sérésien Julien Lahaut - Mr Culot doit connaître - qui se sont battus contre le nazisme, le fascisme et pour la sauvegarde de nos droits. »

Une proposition cousue de fil blanc

Fabian Culot aurait voulu « accroître en milieu scolaire la sensibilisation aux crimes commis par les régimes communistes ». « On le fait déjà pour le fascisme, mais pas assez pour l'extrême gauche », affirmait le député libéral.

Fabian Culot, qui est conseiller communal à Seraing, la ville d'Alain Mathot, a découvert un danger extrême qui menace la jeunesse wallonne. Et il a n'a pas lésiné sur les moyens pour le découvrir. Il a même été jusqu'à Paris. Selon Monsieur Culot « l’extrême gauche a démontré sa potentielle dangerosité à l’occasion du défilé du 1er mai 2018 à Paris. De violents incidents ont eu lieu : des commerces, des véhicules et du mobilier urbain ont été dégradés, certains d’entre eux ayant même été incendiés. Il s’agit de faits commis par les "black blocs", des militants d’extrême gauche prônant des actions insurrectionnelles et illégales. »

Nous n'allons pas faire l'injure à Monsieur Culot de croire qu'il soit effrayé par une manifestation anarchiste à Paris au point d'y voir une menace mortelle pour l'Europe et la Belgique en particulier.

Le député de Seraing a autre chose en tête évidemment. Il vit dans une région où le PTB s'enracine durablement parmi la population. Aux dernières élections locales, le PTB a obtenu un quart des voix à Seraing, tout comme dans la commune ouvrière de Herstal, toute proche, ainsi que des résultats importants entre 6 à 20 % dans l'ensemble des autres communes wallonnes et bruxelloises où le parti de la gauche authentique s'est présenté. Et c'est là évidemment la véritable cible du MR : « À l’heure où des mouvements d’extrême gauche récoltent un succès grandissant en Communauté française, il convient de rappeler de manière objective et pédagogique leurs dangers notamment au moyen d’une sensibilisation en milieu scolaire aux crimes commis par les régimes communistes », dit-il.

Où est le danger ?

Le monde s'inquiète de la montée de l'extrême-droite mais pour Culot, le danger est le PTB

Monsieur Culot a une vision des priorités qui a de quoi étonner. Des millions de gens s'inquiètent de la propagation des idées d’extrême-droite, tant chez nous, qu'en Europe et aux États-Unis. Le Brésil, pays de 200 millions d’habitants, a vu l'arrivée au pouvoir d'un président d’extrême droite. Le gouvernement italien fait la chasse aux réfugiés et prend des mesures pour favoriser les naissances d'enfants italiens, payés par une taxe sur l'immigration, comme le faisait Mussolini à l'époque fasciste. La Hongrie limite le droit des femmes à l’avortement et l’Autriche compte désormais des adeptes d'Adolf Hitler parmi ses ministres. En France, Marine Le Pen dépasse désormais Macron dans les sondages, mais regardez, pour M. Culot, le PTB est LE danger.

Oserions-nous attribuer cette vision particulière au fait que le MR s'est mis en ménage au fédéral avec un parti qui diffuse les mêmes idées dures de la nouvelle droite dans la société ? Aucun membre du PTB n’a jamais assisté à une commémoration ou un anniversaire d'anciens collaborateurs nazis. C’est bien le cas pour les alliés N-VA de son parti. Theo Francken était présent au 90ème anniversaire de Bob Maes, fondateur de la milice d’extrême droite VMO et membre des jeunesses nazies pendant la Seconde guerre mondiale. Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon a fait la même chose. Theo Francken ne trouve rien à redire à la présence d'un membre de Schild en Vrienden, groupe de néo-nazis avérés, sur sa liste aux élections communales. Des ministres N-VA se sont plaints des contraintes que leur impose la Convention européenne des Droits de l'Homme et veulent la remettre en question. Mais non, d'après M. Culot, tout ça n'est pas grave, il faut plutôt regarder à gauche.

Introduire des cours qui existent déjà ?

Culot veut utiliser les écoles pour effrayer les jeunes et les obliger à adopter la pensée MR comme la vérité suprême

« Il convient de rappeler de manière objective et pédagogique leurs dangers notamment au moyen d’une sensibilisation en milieu scolaire aux crimes commis par les régimes communistes », affirme M. Culot. Or ce n'est pas l'absence de cours sur le communisme qui pose problème, car ils existent déjà. En 4e année secondaire, on aborde les différentes révolutions du siècle dernier. En 5e secondaire, on aborde les concepts d'État, de liberté, d'égalité à travers le prisme libéral et le prisme communiste. C'est aussi en 5e que l'on étudie la révolution russe. En 6e les élèves ont l'occasion d'analyser les raisons de l'effondrement du bloc communiste. C'est le cas avec des accents différents dans l'enseignement libre, public et dans les différentes filières.

Mais comme il est difficile d'attaquer le PTB sur ce qu’il défend ici et maintenant, M. Culot veut utiliser les écoles pour effrayer les jeunes, pour les obliger à adopter la pensée MR comme la vérité suprême. Monsieur Culot s'est égaré dans « 1984 », le livre de George Orwell où l’auteur parle d'une « police de la pensée ». Ce député d'un parti qui se prétend défenseur des libertés appelle les écoles à lutter contre les « pensées d'extrême gauche ».

Écran de fumée

La question se pose donc de savoir ce que le MR poursuit comme objectif. En quoi le PTB gêne-t-il le MR ? De quoi se rend le coupable le PTB si ce n'est de soutenir ceux qui résistent à la politique du gouvernement ? Est-ce parce qu’il dénonce les supercheries fiscales qui permettent aux multinationales de ne pas payer d'impôt ? Ou parce qu’il dénonce les privilèges des parlementaires, les pots de vin et les mandats grassement rémunérés ?

Le MR est auteur et complice d’une série de politiques qui attaquent frontalement nos acquis sociaux

La tentative libérale de criminaliser la gauche est cousue de fil blanc. Le MR est auteur et complice d’une série de politiques qui attaquent frontalement nos acquis sociaux. Il oblige les travailleurs âgés à travailler plus longtemps et les travailleurs malades à accepter n’importe quel job sous peine de diminution voire suppression des allocations versées par l’assurance-maladie. Et il s’attaque aussi aux chômeurs avec le même faux choix. Il traîne son lot de casseroles, avec les « Publifin », « Kublagate » ou « Kazakhgate ». On peut comprendre qu'il ait besoin d’un écran de fumée…

D’où la volonté de lancer un débat sur la crainte des conséquences hypothétiques des « pensées d’extrême-gauche » dans notre pays, et de détourner l'attention des citoyens des conséquences bien réelles des politiques libérales des partis au pouvoir dont le MR.

Heureusement, les députés wallons ont laissé M. Culot et le MR seuls avec leurs chimères. Ils ont à juste titre fait remarquer que les cours d’histoire existent déjà sur le sujet, et qu'il n'est pas correct d'imposer une vision qui assimile les courants d’extrême-droite avec ceux de la gauche radicale.

Assimiler la gauche radicale à l'extrême droite : une supercherie

Du député MR à la Fédération Wallonie-Bruxelles Fabian Culot à Bart De Wever, plusieurs politiciens traditionnels ont tenté de diaboliser la gauche radicale en l’assimilant à l’extrême droite. De nombreux intellectuels ont déjà eu l’occasion de démontrer à quel point cette comparaison est fausse.

Lire la suite


Soyez le premier à commenter

SVP vérifiez votre boîte email afin d'utiliser le lien pour activer votre compte.

Nous avons besoin de votre soutien