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La période de sécheresse que nous traversons est le résultat du changement climatique. Elle nous donne une idée des conséquences concrètes qui nous attendent si nous ne prenons pas d’urgence des mesures pour sauver le climat et lutter contre la sécheresse. Les perturbations du cycle de l’eau dans notre pays sont connues depuis des décennies. La politique de nos gouvernements sont donc globalement un échec. Car les conséquences de la sécheresse ne sont pas une fatalité. Quelle est la cause de cette sécheresse et comment agir ?

 

Nous traversons une période de sécheresse inédite. Actuellement, on voit peu de perspectives d’amélioration. Avril et mai ont été les mois les plus secs depuis 1833, année durant laquelle on a commencé à mesurer les données météorologiques. L’année 2020 est en bonne voie de devenir une quatrième année de sécheresse consécutive. Les trois dernières années étaient également plus sèches que la normale. Lorsqu’elle survient en pleine saison de croissance des cultures, la sécheresse est une catastrophe pour l’agriculture et l’élevage extensif (peu d’animaux par hectare, par opposition à l’élevage intensif), qui dépendent énormément des précipitations. Dans les provinces d’Anvers et du Limbourg, le code rouge est en vigueur dans les réserves naturelles depuis le mois dernier, en raison d’un risque d’incendie extrêmement élevé. En forêt de Soignes, à Bruxelles, des feux de forêt ont déjà éclaté.

La plus grande sécheresse depuis cent ans

L’approvisionnement en eau potable peut également être compromis en cas de sécheresse prolongée. La situation est très grave en Flandre où le niveau des nappes phréatiques est déjà très bas. En Wallonie, la situation est moins catastrophique car les réserves sont plus importantes. Les niveaux des nappes phréatiques ont cependant commencé leur baisse saisonnière habituelle depuis le mois d’avril et cette baisse est assez rapide à certains endroits. La Wallonie connait également des zones sensibles, comme la Famenne et le Centre-Ardenne. La situation devient vite critique, car la consommation d’eau potable augmente en période de sécheresse. Les communes de Rochefort et de Gouvy ont imposé des restrictions d’usage à leurs habitants.

Le niveau de nos rivières ne cesse de baisser. Si nous ne parvenons pas à maintenir un niveau d’eau suffisant dans les voies navigables, la navigation sera compromise. Des restrictions de tirant d’eau ont déjà été annoncées sur la Dendre et l’Yser. En Wallonie, des mesures de regroupement des bateaux aux écluses (avec une heure d’attente) sont d’application depuis le 2 juin pour économiser préventivement l’eau. En 2018, le niveau du Rhin en Allemagne avait tellement baissé que la navigation y était presque complètement à l’arrêt. Par conséquent, les entreprises ne pouvaient être approvisionnées que par la route.

Les effets du changement climatique

Il ne fait aucun doute que ces sécheresses successives sont le résultat du changement climatique. Toutefois, le changement climatique entraîne une augmentation des précipitations annuelles moyennes. En d’autres termes, en moyenne, il pleut plus. Alors comment expliquer que la sécheresse est une conséquence du changement climatique ? En fait, notre climat est de plus en plus perturbé par le réchauffement planétaire, qui accroît la variabilité climatique.

Le dérèglement climatique entraîne des périodes de pluie plus longues en hiver, ce qui se traduit par un risque accru d’inondations, mais aussi des périodes de sécheresse plus longues en été, ainsi qu’un plus grand risque de pluies torrentielles courtes, qui provoquent beaucoup d’inondations. On ne peut donc pas dire qu’il ne pleut pas suffisamment dans notre pays. La sécheresse est liée à notre façon de gérer notre eau.

Le changement climatique nous rend en effet beaucoup plus vulnérables. Par exemple, les recherches menées par l’Institut royal météorologique (IRM) montrent que d’ici la fin de ce siècle, les périodes de sécheresse anormale auront augmentées d’un tiers, et que le nombre de sécheresses exceptionnelles aura été multiplié par cinq.

En raison de sa forte densité de population et du taux élevé d’artificialisation (ou bétonisation) des sols, notre pays est très vulnérable à la sécheresse. Si l’on considère la quantité d’eau disponible par personne, la Belgique dispose d’encore moins d’eau que l’Espagne ou le Portugal, les pays secs du sud de l’Europe.

Le problème est que nous n’arrivons pas à retenir et à faire infiltrer notre eau de pluie, et que nous l’évacuons beaucoup trop rapidement. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, le pourcentage élevé de bétonisation dans notre pays, en particulier en Flandre et dans les agglomérations autour de Bruxelles, Liège et Charleroi. Par conséquent, l’eau de pluie peine à s’infiltrer dans le sol. Elle est évacuée directement (et plus rapidement) dans le réseau d’égouttage ou dans un cours d’eau. Le degré de bétonisation continue à augmenter : en Wallonie, l’artificialisation des sols dépasse déjà 10 % du territoire, et elle continue à progresser de plus de 10 km2 par an. Soit près de 3 hectares qui sont recouverts de béton chaque jour, aujourd’hui encore.

Des modifications historiques de notre système hydrologique ont également rendu notre environnement plus vulnérable. La rectification du tracé des ruisseaux et des rivières amène l’eau beaucoup plus rapidement à la mer. Les méandres des cours d’eau permettent une infiltration beaucoup plus importante. Enfin, la qualité de nos sols se détériore aussi fortement. En raison de la compaction (compression) des sols agricoles par les machines lourdes, de la destruction de la faune des sols (à cause des pesticides) et de la réduction de leur teneur en matière organique, les sols absorbent et retiennent moins d’eau.

La conséquence de tout cela est que nos nappes phréatiques s’assèchent, et les réserves d’eau disponible diminuent encore. Selon les normes internationales, la Belgique est entre « zone avec très peu d’eau disponible » et « zone en grave pénurie d’eau ».

Le combat pour l’eau

Le combat pour l’eau a déjà commencé. Le Voka, l’organisation patronale flamande, veut sauvegarder ses intérêts, et déclare : « Il est important que le gouvernement flamand et les gouverneurs provinciaux épargnent les entreprises en cas de pénurie d’eau l’été prochain, et leur accordent une priorité suffisante dans un plan de délestage, afin de garantir leur approvisionnement. » L’industrie est pourtant responsable de plus de la moitié de la consommation d’eau en Flandre, soit beaucoup plus que l’ensemble des ménages réunis. Elle a donc un grand rôle à jouer dans l’économie d’eau, et surtout pour limiter son captage des eaux souterraines. En Wallonie, la pression industrielle est plus faible, mais elle peut poser problème localement sur certaines nappes phréatiques, comme dans le Hainaut occidental.

La ministre flamande de l’Environnement, Zuhal Demir (N-VA), a déjà annoncé des hausses de prix en période de sécheresse. Elle a demandé à la Société flamande de l’environnement (VMM) et aux compagnies d’eau potable de trouver des solutions à ce problème. « Il y a plusieurs idées autour de l’instauration de tarifs flexibles », explique Carl Heyrman, le directeur d’AquaFlanders, la fédération des compagnies des eaux flamandes. « Nous pouvons opter pour une augmentation des prix de l’eau en période sèche, afin d’encourager les économies d’eau. » Depuis l’installation de compteurs d’eau numériques, cela serait tout à fait possible. Pas un mot toutefois sur des économies d’eau dans les entreprises... Pour les citoyens, des tarifs progressifs existent déjà (plus la consommation est élevée, plus le prix du m³ d’eau est élevé), tandis que pour les gros consommateurs (les grandes entreprises), c’est le contraire qui se produit, puisqu’ils bénéficient de tarifs dégressifs (c’est-à-dire un prix plus bas par m³ d’eau). Cela n’encourage évidemment pas les entreprises à prendre des mesures d’économie d’eau.

En Wallonie on n’en est pas (encore?) là. Interpellée entre autres par le PTB au Parlement de Wallonie, la ministre Céline Tellier (Écolo) a reconnu l’ampleur du problème et a déclaré qu’il fallait « changer notre façon de piloter cette problématique pour anticiper et adapter notre territoire à cette évolution du climat tout en poursuivant une lutte acharnée contre le réchauffement climatique ».

La ministre veut aussi élaborer un « plan intégral Sécheresse » pour « élaborer une gestion de l’eau qui intègre de façon structurelle l’adaptation des dérèglements climatiques et permette à notre territoire d’être plus résilient, plus robuste, face à ces changements profonds de notre climat ». Il est effectivement urgent d’avoir un tel plan. Il aurait même déjà dû être sur la table. Il faudra veiller aussi à ce que ce plan soit juste d’un point de vue social.

Le PTB s’oppose à toute augmentation de prix pour les consommateurs. L’accès à l’eau est un besoin fondamental, et un droit humain fondamental. Aucun frein financier ne devrait faire obstacle à ce droit. Même en période sèche et chaude, chacun doit avoir accès à une quantité suffisante d’eau potable.

 

8 propositions contre la sécheresse
1. Nous devons mettre un terme à toute nouvelle artificialisation des terres (stop au béton). La bétonisation ne doit plus être autorisée, à moins de « débétoniser » un autre terrain équivalent (tout comme on doit planter un arbre ailleurs, pour chaque arbre abattu). Les entreprises, les grandes surfaces et les centres commerciaux doivent rendre leurs surfaces bétonnées à nouveau perméables d’ici 2030, ou collecter l’eau et la stocker, pour la réutiliser, ou l’infiltrer dans le sol.

2. Les eaux pluviales doivent être évacuées en-dehors du réseau d’égouttage, et stockées ou infiltrées sur place. Pour cela, chaque commune doit établir un plan pour ses eaux pluviales, en tenant compte de l’impact du changement climatique.

3. Il faut modifier les pratiques agricoles (passer à l’agriculture agro-écologique et biologique), pour permettre aux sols de contenir davantage de matière organique, de les rendre plus perméables, et leur permettre de retenir plus d’eau. En coopération avec le secteur agricole, des cultures alternatives, plus résistantes à la sécheresse, devraient être testées.

4. Il faut plus d’espace pour l’eau. Toutes les zones naturelles humides doivent être protégées et, dans la mesure du possible, les rivières et les ruisseaux devraient avoir plus d’espace, pour qu’ils puissent déborder et que l’eau puisse s’infiltrer. En même temps, les cours d’eau doivent aussi pouvoir faire des méandres, pour ralentir l’écoulement de l’eau.

5. Nous nous attaquons à la sécheresse en nous adressant d’abord aux grands consommateurs que sont les industries. Chaque grand consommateur doit fournir un plan d’économie et de réutilisation maximale de l’eau, ainsi qu’un calendrier de mise en œuvre de ces mesures. En même temps, ce plan doit étudier quelles activités pourraient être mises à l’arrêt en cas de pénurie d’eau.

6. L’accès aux réserves d’eau souterraine est accordé en priorité aux entreprises publiques pour la production d’eau potable, et ensuite seulement, en fonction de l’état des réserves, aux entreprises privées. Le captage d’eau par l’industrie est strictement contrôlé et taxé. Nous abolissons le tarif dégressif de l’eau de distribution pour les gros consommateurs. Nous encourageons ainsi les entreprises à consommer l’eau avec modération.

7. Dans le cas des stations d’épuration des eaux usées, il faut étudier la possibilité de réutiliser les eaux épurées, ou de les infiltrer dans le sol.

8. Lors du pompage de l’eau sur les chantiers de construction (drainage), le refoulement, c’est-à-dire la ré-infiltration de l’eau souterraine pompée dans le sol, devient la norme. Si cela s’avère techniquement impossible, il faudra évaluer si l’eau peut être réutilisée d’une autre manière. Les eaux de drainage ne peuvent plus être évacuées par le réseau d’égouttage.

 


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  • Christian Segers
    a commenté 2020-06-14 08:46:10 +0200
    L’eau est un don de la nature que l’on ne peut s’acheter que d’une façon raisonnable en évitant le gaspillage

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