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Alterner des périodes de 7 semaines de cours et 2 semaines de vacances et ramener les congés d’été à 7 semaines au lieu de 9. Voilà le projet que le gouvernement PS-MR-Ecolo et la ministre de l’Éducation Caroline Désir (PS) veulent faire adopter cette semaine. Problème : cela ne concerne que les élèves francophones, laissant sur la touche les élèves néerlandophones et germanophones. Au lieu du chacun pour soi communautaire, le PTB demande de reporter la réforme d’un an, pour qu’elle soit nationale, pour tous les élèves et toutes les familles du pays.

Si la réforme se fait uniquement en Fédération Wallonie-Bruxelles, des milliers de familles vont devoir gérer des situations extrêmement complexes où le bien-être des enfants sera loin d’être respecté. Comment faire quand on vit « à cheval » sur deux Communautés ? Pourquoi les enfants francophones ne pourraient-ils plus partager leurs vacances avec les néerlandophones ? C’est une nouvelle absurdité, du surréalisme à la belge. 

Cette réforme se fait dans la précipitation alors qu’elle aura un impact sur l’ensemble de la vie sociale qui vient d’être fortement bousculée par la crise sanitaire. 

Ce qui suscite le plus d’inquiétude, c’est l’absence de coordination avec les autres Communautés. En effet, des milliers de familles vivent ou travaillent dans une région et scolarisent leurs enfants dans une autre Communauté. 

Comme le dit Leila, jeune maman bruxelloise : « C’est une ineptie totale encore une fois cette différence entre Communautés. Pour les familles recomposées avec des enfants dans les deux Régions, c’est vraiment compliqué. Mes collègues qui ont des enfants à l’école flamande vont devoir payer des stages (s’il y en a !) pour pouvoir gérer les vacances non communes. » 

Claudia travaille dans un centre PMS dans l’enseignement francophone : « Mes enfants sont à l’école en néerlandais. Je devrai prendre des congés forcés hors des congés de mes enfants et ne pourrai donc plus profiter de ces moments de qualité avec eux. Le bonheur et le bien-être des enfants, cela passe par là aussi ! »

Elles ne sont pas seules. Il y a aussi les parents de jeunes sportifs qui se demandent comment organiser les compétitions et les stages de vacances dans les clubs où une partie des enfants sont dans une école francophone, l’autre dans une école néerlandophone.

« Ca va être le chaos »

Marcelle est psychologue dans une école spécialisée de l’enseignement germanophone à Eupen : « Ca va être le chaos : il y des enfants autistes qui sont chez nous mais qui habitent en région francophone. Quand les frères et soeurs de ces enfants seront à l'école, eux auront congé. Pas facile de trouver quelqu'un qui sait garder facilement un enfant handicapé ou autiste, pour les congés, les activités, les camps. Comment vont-il pouvoir s’organiser ? Mystère ! »

Nathalie, maman francophone en couple avec un compagnon néerlandophone, avec deux enfants dans l’enseignement de la Communauté flamande : « À Bruxelles, les enfants dans l’enseignement néerlandophone et ceux dans le francophone vont être séparés dans une même région, c'est inacceptable. Une fracture et une frontière s'établira dans l'offre culturelle, les cours, les activités, etc. »

Changer les rythmes scolaires ne pourra être profitable que si l’ensemble de la société y est préparée, et ce n’est pas encore le cas. Près de 15 000 personnes ont signé une pétition pour demander plus de coordination entre les Communautés. 

En Flandre, plusieurs pédagogues reconnus comme Dirk Van Damme recommandent d’adopter la même réforme. Pour le sociologue Ignace Glorieux (VUB), qui étudie la question depuis déjà 25 ans, la réforme en Communauté française correspond aux résultats de ses travaux et aux souhaits des acteurs de l’enseignement néerlandophone. Prendre quelques mois de plus pour changer le calendrier partout dans le pays paraît donc évident.

Parce que la vie des enfants et leurs parents ne s’arrête pas à une frontière linguistique invisible, le PTB estime que le calendrier scolaire devrait être le même dans tout le pays.