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We Are One – Pour l’unité de la Belgique

La majorité de la population au Nord comme au Sud veut plus de Belgique. Et si, en Flandre, moins de 15 % seulement disent vouloir la scission du pays, les partis nationalistes souhaitent s’engager dans cette voie en 2024. Pour l’heure, pas mal de partis traditionnels se disent prêts à négocier après les élections avec la N-VA. Ce qui, si cela se produit, mènera à davantage de scission. Mais rien n’est inévitable. Comme parti national et bilingue, nous voulons traduire la volonté populaire qui aspire à plus d’unité.

Depuis 50 ans, les partis nationalistes et traditionnels ont affirmé qu’il serait « plus efficace » de travailler séparément. Pour l’emploi, pour le logement, pour les soins aux aînés.

Ils ont affirmé que, si on scindait l’exercice du pouvoir et le répartissait vers les Régions, cela rapprocherait les gens de la politique. Mais le fait est que les citoyens du nord et du sud du pays n’ont pas plus confiance en leurs gouvernements régionaux que dans le gouvernement fédéral.

Les réformes de l’État ont conduit à un fédéralisme de concurrence où on monte une Région contre une autre. Cela ne fonctionne pas. Il faut changer de système.

Deux directions opposées sont devant nous. Celle qui va vers plus d’unité ou celle qui va vers davantage de division. Cette seconde direction est celle de la scission du pays, brutale ou par étapes. Les partis nationalistes séparatistes veulent nous mener ainsi à une crise majeure en 2024. Leur but ? Arriver beaucoup plus rapidement à leur projet de société de droite extrême et pro-patronale.

Pour 2024, ils ont deux options en réserve. La première est celle d’une scission directe avec une proclamation d’indépendance du Parlement flamand : c’est la stratégie du choc. Cette option est défendue par le Vlaams Belang.

La deuxième est d’aller vers un confédéralisme de division, comme étape ultime avant la scission. L’idée est de diviser la majorité des compétences restantes, mais de garder l’État fédéral, comme une coquille vide. La Belgique ne serait plus qu’une vitrine pour assurer une représentation internationale. Le fédéral n’aurait plus autorité que sur la dette, l’armée, les Affaires étrangères et quelques entreprises publiques. « Le confédéralisme, ce n’est qu’un autre mot pour la scission, parce que les Flamands ne sont pas encore mûrs pour l’indépendance », a dit en 2019 Jan Jambon, ministre-président flamand N-VA. La N-VA avance donc depuis des années le « confédéralisme », un mot que presque personne ne comprend, car elle n’ose pas avancer son vrai projet : la scission du pays.

La N-VA espère entraîner dans ce scénario Vooruit, le cd&v, ainsi que le PS. La direction actuelle de Vooruit prépare le terrain à une potentielle coalition avec la N-VA, comme cela a été fait en 2018 à Anvers.

La direction actuelle du Parti socialiste s’affirme elle-même davantage régionaliste.* Rien d’étonnant dès lors que ce même parti a négocié avec la N-VA au cours de l’été 2020 avec comme sujets sur la table : la scission totale des soins de santé, du marché du travail, de la justice avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir pour de nombreux Belges. Une façon de tendre la main de manière objective aux séparatistes du nord du pays.

Mais il n’est pas trop tard. Nous pouvons encore choisir une autre direction. La majorité des Belges, dans les trois Régions, s’opposent à la scission du pays. Ils ne veulent pas se laisser imposer cette rupture. Il y a un besoin de coopération et d'unité. Une volonté de mettre fin à la confrontation, aux dépenses inutiles et à la politique du « diviser pour mieux régner ». Cette dernière profite aux puissants et affaiblit la classe travailleuse. Il nous faut dès maintenant aller vers un fédéralisme d’unité, social, efficace, humain. C’est dans l’intérêt de la classe travailleuse et de la jeunesse.

Notre pays est un carrefour au cœur de l’Europe, industriel, technologique et logistique. Les centres de recherche, le développement de nouvelles techniques de pointe en électronique et en énergies renouvelables sont réputés dans le monde entier. Notre port d’Anvers, nos nombreux aéroports, la situation géographique de notre pays en font une plaque tournante du transport de marchandises.

Notre histoire sociale est commune aux Flamands, aux Wallons et aux Bruxellois. Qui a fondé les premiers syndicats ? Pas les nationalistes flamands, mais les ouvriers du textile de Gand et de Courtrai. Qui a apporté l’esprit de lutte dans le mouvement ouvrier ? Pas les séparatistes, mais les mineurs du Borinage. Qui a formulé les premières revendications de la classe ouvrière ? Pas les régionalistes, mais les ouvriers et artisans de Bruxelles. Ensemble, ils ont créé le mouvement ouvrier qui a fait de l’émancipation des couches populaires une réalité et a créé notre identité. C’est le mouvement ouvrier qui a imposé l’interdiction du travail des enfants, celle des journées de travail de 12 heures et les congés payés. Nos grands-parents ont obtenu des résultats parce qu’ils étaient unis et qu’ils ont osé mener la lutte. Ils ont construit la sécurité sociale brique par brique. Comme l’indique une affiche syndicale de l’époque : « Ton prénom est wallon ou flamand, ton nom de famille est ouvrier ». Pourquoi faudrait-il maintenant les laisser démolir cette sécurité sociale ?

*Régionaliste : qui aspire à l’autonomie politique et culturelle à l’échelle régionale, que ce soit en Wallonie, en Flandre ou à Bruxelles (sans pour autant souhaiter un séparatisme complet).
 

Nous voulons empêcher les nationalistes et les régionalistes des deux côtés de la frontière linguistique de prendre des mesures décisives en vue de la scission. Nous voulons aller dans l’autre sens, avec des mesures à l’opposé de la logique de division des précédentes réformes de l’État.

Les partisans du séparatisme et du régionalisme accru prétendent qu’une politique cohérente et efficace nécessite des « compétences homogènes », c’est-à-dire qu’une série de compétences actuellement éparpillées entre le fédéral et le régional doivent aller aux Régions et aux Communautés. Il y a effectivement beaucoup d’inefficacité et de dépenses inutiles. Mais qui dit que la solution réside dans une division toujours plus grande ?

Dans notre pays, l’État fédéral, les Communautés et les Régions décident les uns à côté des autres. Il n’y a pas de hiérarchie. Or, cela conduit à des blocages, avec des conséquences dramatiques comme l’a montré la crise du Covid.

Pourtant, tout fédéralisme ne mène pas automatiquement à une division croissante. Au contraire, la grande majorité des États fédéraux tend, au fil du temps, à centraliser davantage de pouvoir législatif au niveau fédéral. En Allemagne, par exemple, le gouvernement fédéral fixe le cadre pour les différents Länder (Régions) et est le juge en cas de différend entre Régions. C’est plus efficace et entraîne moins de conflits. 

Le Parlement fédéral doit garantir l’égalité de tous les habitants. Pour ce faire, nous voulons qu’il établisse les normes et les grandes orientations dans les domaines clés. C’est essentiel pour assurer la cohérence* des grands plans d’investissements publics, indispensables pour relever les défis sociaux et climatiques et pour lutter contre les inégalités de développement entre les Régions.

Aujourd’hui, par exemple, les énergies renouvelables sont une compétence régionale, mais les parcs éoliens en mer du Nord et l’énergie nucléaire sont des questions fédérales. Il serait logique que la politique énergétique devienne une compétence fédérale et publique.

Pour notre pays, il s’agit d’un changement fondamental de notre système. Nous passerions d’un fédéralisme centrifuge à un fédéralisme d’union. D’un fédéralisme de concurrence à un fédéralisme solidaire.

Avant tout, le centre de gravité de la décision politique doit revenir au niveau fédéral. Certains domaines clés seront refédéralisés** (santé, mobilité, énergie, climat, emploi) au niveau national et certains autres seront maintenus et renforcés, comme la sécurité sociale.

D’autre part, les applications concrètes adaptées aux réalités du terrain pourront être portées par les Régions. Comme la gestion de l’aménagement du territoire, par exemple. Dans cette optique, les Régions prendraient un rôle de fédéralisme administratif d’exécution comme en Allemagne.

Et si un jour les intérêts des Régions menacent de bloquer le pays ? Il faudra un arbitre qui puisse trancher. Pour nous, seul l’État fédéral peut se charger de cette tâche.

Tout cela doit aller de pair avec une simplification des structures. Les habitants tirent leurs droits du fait qu’ils habitent dans une région particulière et non du fait qu’ils appartiennent à une communauté linguistique précise. Ce qui amènera un changement important pour la Région bruxelloise où il en sera fini de la séparation linguistique actuelle des structures de sport, des maisons de repos ou des institutions pour personnes porteuses de handicap.

Dans un État fédéral, il est également primordial d’avoir des partis politiques nationaux agissant sur tout le territoire. C’est le cas dans des États fédéraux comme la Suisse, le Canada, les États-Unis, l’Allemagne. Un premier pas serait d’élire une partie des parlementaires à la Chambre au niveau national sur des listes se présentant dans tout le pays, dans ce qu’on appelle une circonscription fédérale unique. Ces députés seraient élus par l’ensemble de la population et responsables de leur politique devant tous les électeurs du pays.

De notre côté, le PTB est déjà organisé au niveau national. Nous avons des députés dans tous les parlements du pays, régionaux, fédéral et même européen. Avec le même message d’unité, toujours. Au Parlement fédéral, notre président, Raoul Hedebouw, et notre cheffe de groupe, Sofie Merckx, s’expriment en français et en néerlandais. Les députés et députées du PTB parlent avant tout une seule et même langue : celle des travailleurs. Comme les Diables rouges, nous sommes une équipe, avec un entraîneur, un centre de formation, plusieurs langues. Et cela fonctionne bien. Pourquoi ce qui est possible pour les Diables rouges et le PTB ne le serait pas ailleurs ?

*Cohérence : fait d’être en accord les uns avec les autres ; qualité d’un ensemble dont les parties s'enchaînent bien et présentent entre elles des rapports logiques.

**Refédéraliser : confier à l’État fédéral une compétence qui lui appartenait autrefois et qui a entre-temps été confiée aux entités fédérées, les Régions et les Communautés.

En 2011, sous la pression du Voka, l’organisation patronale du nord du pays, et sous l’influence de la N-VA, des parties de la sécurité sociale ont été scindées lors de la dernière réforme de l’État. 15 milliards pour la sécurité sociale ont été transférés vers les Régions et Communautés. Une des conséquences de cette réforme est qu’un enfant wallon et un enfant flamand ne reçoivent déjà plus les mêmes allocations familiales. En Flandre, les économies dans ce domaine ont signifié une perte allant jusqu’à 950 euros en moins par an et par enfant. Gezinsbond, l’équivalent néerlandophone de la Ligue des familles a calculé qu’il y a eu une économie réalisée de près d’un milliard lors de la dernière législature.

 Le système fédéral des allocations familiales a été divisé en quatre administrations différentes. Or il fonctionnait très bien et assurait chaque année sans problème le paiement pour 2,1 millions d’enfants.

Aujourd’hui, la N-VA veut aller beaucoup plus loin et scinder toute la sécurité sociale, c’est-à-dire généraliser à la santé, au chômage et aux pensions ce qui s’est passé pour les allocations familiales. Soit, scinder un budget de plus de 100 milliards d’euros.

 Si ça se produit, que se passera-t-il ? S’il y a scission, le budget consacré à la sécurité sociale sera soumis à de sévères restrictions. Lors des précédentes réformes de L’État, nous avons vu que la scission des compétences – par exemple dans l’enseignement – est utilisée pour sabrer dans les dépenses, directement ou après quelques années. Or si on garantit moins d’assurance publique pour la santé par exemple, on pousse les gens à prendre plus d’assurances privées complémentaires, ce que beaucoup de travailleurs ne peuvent pas se payer. On va alors vers un système de santé à deux vitesses, comme aux États-Unis où les grandes compagnies d’assurance peuvent s’enrichir aux dépens des malades et des personnes âgées.

Le Voka et la N-VA veulent également « activer » les travailleurs malades de longue durée et les personnes handicapées qui perçoivent une allocation. L’idée ? Les obliger à accepter n’importe quel job. Diviser la politique de l’emploi pour exploiter davantage de travailleurs, tel est le plan. Aujourd’hui, la sécurité sociale fédérale est contrôlée et cogérée par les syndicats et les mutuelles. Ces derniers opposent une résistance très ferme aux plans des séparatistes. Or on sait que dans les pays où le pouvoir des syndicats diminue, les inégalités sociales augmentent. C’est pourquoi l’unité donne les meilleures possibilités pour garantir le caractère public de la sécurité sociale et de son financement.

Une politique sociale nécessite de centraliser les ressources clés et d'aller dans un sens opposé à celui que proposent la N-VA et le Vlaams Belang. La sécurité sociale et les services publics sont mieux garantis au niveau fédéral. Il en va de même pour la redistribution des richesses. En 2000, il y avait 1 milliardaire en Belgique, il y en a 41 aujourd’hui. Il faut aller chercher l’argent là où il se trouve. Ce n’est qu’au niveau national que l’on peut taxer réellement les millionnaires et combattre la fraude fiscale.

Nous voulons par ailleurs établir des mécanismes de redistribution permettant de réduire l’écart de richesse entre les Régions pour garantir l’accès de tous les citoyens à des services publics comparables. En Belgique, ce n’est pas le cas. L’argent n’est pas réparti de manière équitable, en fonction des moyens de chaque Région. Or, dans la plupart des États fédéraux (Suisse, Allemagne, Canada), des transferts sont organisés pour limiter les écarts entre les Régions les plus riches et les plus pauvres. C’est cette voie que nous voulons emprunter pour renforcer l’unité.

Une façon réaliste de le faire ? Par des dotations de solidarité vers les Régions plus pauvres, avec des critères objectifs pour l’octroi des subsides, par exemple un retard en matière d’infrastructures au niveau local. Ces critères devront régulièrement être évalués par une instance de contrôle nationale, sous l’égide du Parlement fédéral, qui disposera du pouvoir de sanctionner les autorités qui auraient « jeté l’argent par les fenêtres ». Il s’agirait bien entendu de punir les responsables politiques, et non d’affecter les victimes via une responsabilisation financière, comme dans le système actuel.

L’unité, toute seule, n’amène pas forcément une politique plus sociale. C’est avec une classe travailleuse, aux traditions syndicales fortes, que beaucoup plus de possibilités pour développer un bon rapport de force apparaîtront. Le fait de faire baisser les prix des médicaments face aux multinationales de Big Pharma ou encore d’imposer des normes environnementales aux grandes entreprises polluantes, par exemple.

L’unité, pourtant, est indispensable en cas de coup dur : la crise du Covid l’a encore montré. Tous les travailleurs ont droit à la garantie d’un revenu de remplacement en cas de perte d’emploi – même temporaire (chômage économique) –, en cas de maladie, d’accident du travail ou pour leurs vieux jours.

Enfin, l’unité de la sécurité sociale sera moins coûteuse et entraînera moins de gaspillages qu’une nouvelle division. Grâce à une seule réglementation et une gestion centralisée. Vous habitez en Wallonie et travaillez à Bruxelles ou en Flandre ? Ce sera la même chose. Scindé, cela voudrait dire trois administrations et trois réglementations : « bonjour » la bureaucratie en plus. Une administration unique offre le meilleur rapport qualité-prix. De plus, comme la sécurité sociale est une assurance sociale publique, elle se portera évidemment mieux si un plus grand nombre de personnes y participent.

En conclusion, une sécurité sociale unie et renforcée peut être sociale, publique et correctement refinancée. Scindée, la sécurité sociale serait en partie privatisée, moins efficace et réduite au rôle d’assistance publique pour les plus pauvres. C’est-à-dire qu’on passerait d’une sécurité sociale pour tous les salariés à une sorte de « méga-CPAS » uniquement pour les plus démunis.

Suite aux réformes d’État successives, le bilan est désastreux. Plus personne ne comprend qui est responsable de quoi, tout est devenu plus complexe et le gaspillage aux niveaux financier et humain est considérable.

Scinder la gestion de l’eau s’est avéré catastrophique avec les inondations de l’été 2021.

C’est Raoul Hedebouw, président du PTB, qui l’a résumé ainsi au Parlement, à l’époque : « Les séparatistes ont même scindé les gouttes de pluie. Tant que la goutte de pluie est dans l’air, elle est fédérale. Une fois sur le sol, la goutte de pluie est régionale. Une tempête de pluie est fédérale, l’inondation est régionale. C'est aussi à cause de cela que l’on n’a pas prévenu à temps des inondations. Allez expliquer cela aux victimes. »

Le 3 mars 2020, c’est Sofie Merckx, médecin généraliste et cheffe de groupe PTB au Parlement fédéral, qui a, la première, interpellé la ministre fédérale de la Santé Maggie De Block : « 9 ministres de la Santé, mais qui est aux commandes ? » Face à la lenteur des prises de décisions au début de la crise du Covid qui a causé tellement de victimes, elle ajoutera : « Comme preuve d'inefficacité, on fait difficilement mieux. »

Dans le fédéralisme de concurrence actuel, les politiciens sont plus occupés à s’en prendre les uns aux autres qu’à aider la population. Tout le monde est compétent, personne n’est responsable.

Pour prendre des décisions dans le cadre des compétences régionalisées, dix-huit conférences interministérielles ont été créées ces dernières années. Résultat ? Ça ne fonctionne pas.

Par ailleurs, ces conférences ministérielles sont loin d’être démocratiques : les gouvernements concluent des accords de coopération qui ne peuvent pas être modifiés ou rejetés par le Parlement. L’opposition politique n’est pas impliquée dans ces négociations et ces réunions de concertation se déroulent à huis clos, loin de tout contrôle.

Scinder le pays, comme le veulent les séparatistes pour 2024, coûtera aussi très cher aux habitants. Comme ce serait le cas avec la scission de la dette. La dette de la Belgique dépasse aujourd’hui largement les 500 milliards d'euros. Si on scinde la dette entre les différentes Régions en cas de scission, vu les risques grandissants, les taux d’intérêt risquent de fortement augmenter. On pourrait alors se trouver beaucoup plus facilement dans la situation de l’Italie – qui connaît des taux plus hauts parce que la situation y est jugée beaucoup plus instable par les marchés –, et payer jusqu’à 20 milliards supplémentaires, qui conduiront à davantage d’austérité. Ce n’est pas la voie à prendre.

Les nationalistes veulent également scinder la justice et la police. Or, il est clairement établi que les criminels en col blanc, les fraudeurs fiscaux ou les terroristes, comme les rivières ou les virus, se moquent bien des barrières linguistiques. Comble, la N-VA le reconnaît et envisage même de créer « Belpol », une agence pour échanger les renseignements au niveau national, chargée de travailler à la coopération entre les trois polices régionales. Si c’est pour créer une coordination fédérale… pourquoi régionaliser ?

Par ailleurs, la Vivaldi n’a étudié la refédéralisation d’aucune compétence alors même que de nombreux évènements ont démontré l’importance de disposer d’un État fédéral fort à même de gérer efficacement les situations de crise telles que les inondations de juillet 2021, la crise de l’énergie, la crise du Covid ou encore le contrôle des politiques du climat, de l’environnement et de l’énergie.

Pourtant, ramener ces compétences au niveau fédéral, la régionalisation ayant prouvé son échec, permettrait de réduire de plus d’un tiers le nombre de ministres et de secrétaires d’État.

Autre point faisant partie de la solution : repenser la structure de Bruxelles. Beaucoup plus qu’ailleurs, c’est là que la structure actuelle apparaît la plus complexe et source des plus grosses pertes budgétaires. Nous voulons simplifier les institutions qui se chevauchent au niveau bruxellois. Il n’est pas nécessaire de maintenir à terme la Commission communautaire francophone (Cocof), la Commission communautaire flamande (VGC) et... la Commission communautaire commune (Cocom), c’est-à-dire les trois sous-gouvernements bruxellois (et les compétences des ministres qui y sont liées) et les trois sous-parlements bruxellois actuels.

Pour les défis qui dépassent la Région bruxelloise, c’est l’État fédéral qui devra donner les grandes orientations. Cela permettra une rapidité d’exécution et une simplification. Le gouvernement fédéral pourra veiller au mieux à la protection des minorités néerlandophones et francophones, respectivement dans la capitale et dans la périphérie. La fonction de Région bruxelloise doit ainsi prendre le pas sur les compétences communautaires qui séparent les gens à Bruxelles en fonction de leur langue pour le sport, la culture et les soins. Et le bilinguisme doit être garanti partout.

Le bilan de six réformes de l’État sur base de critères communautaires montre qu’elles n’ont pas conduit à une meilleure gestion ou à rapprocher les pouvoirs publics des gens. Les gouvernements flamand, wallon et bruxellois ne travaillent pas mieux. Ils font exactement la même chose. Mais en plus de temps et cela coûte plus cher. Il faut consulter beaucoup plus de ministres, de gouvernements, d’administrations et de comités de concertation pour arriver à une décision. Avec le PTB, nous décidons qu’il est temps de mettre fin à ce morcellement administratif et institutionnel.

Aujourd’hui, la Belgique est le pays des frites, du chocolat et de la bière, mais aussi des spaghettis et des dürüms. Nos Diables rouges s’appellent Vertonghen et De Bruyne, mais aussi Carrasco, Doku ou Lukaku. Tout cela ne peut être condensé dans une seule identité communautaire ou dans une seule identité nationale. La culture unique n’existe pas, une tradition unique non plus. Pourquoi enfermer les gens dans une identité flamande ou wallonne étroite ? Nous avons tous des identités multiples.

La scission est la seule option, affirme Bart De Wever. Qui prétend que les Flamands et les Wallons parlent une langue différente, et donc ne se comprennent pas. Sur quelle planète vit De Wever ? Après les inondations, des milliers de bénévoles de toute la Flandre se sont spontanément précipités en Wallonie pour apporter leur aide. On a vu des dockers pomper des caves, des bénévoles circuler avec des crêpes et des bouteilles d'eau, des réfugiés d'un centre d’accueil du Hainaut déblayer une maison inondée avec des pompiers volontaires de Flandre-Orientale. Et comme l’a dit Peter Mertens, le secrétaire général du PTB : « Quand on s'entraide, tout le monde parle la même langue. La langue du seau qui passe de main en main, et qui dit sans mots ce que tout le monde sait : ça, c'est la solidarité, ça, c'est notre pays. »

La scission du pays est aussi irréaliste que le confédéralisme de division. Surtout pour Bruxelles. Avec 62 % d’habitants nés à l’étranger, avec des habitants de plus de 100 nationalités, Bruxelles est la deuxième ville la plus cosmopolite au monde, derrière Dubaï. Bruxelles ne peut devenir la capitale de la Flandre indépendante, comme l’avance le Vlaams Belang, et pas non plus devenir une capitale francophone alors que deux tiers de ses habitants sont d’origine étrangère. Elle ne peut pas non plus être cogérée de l’extérieur par la Communauté flamande et la Communauté française, comme le propose Bart De Wever.

Cela impliquerait que chaque habitant doive choisir une Communauté sur base du critère linguistique. Il aurait des droits différents que son voisin, sa mère ou son frère habitant dans la capitale, simplement car il se serait déclaré comme « francophone » ou « néerlandophone ».

On risque alors d’en arriver à des conflits sans fin, à des tensions entre différents groupes d’habitants, voire, à terme, à de possibles affrontements brutaux.

Or, Bruxelles, capitale bilingue, est au carrefour du pays. Elle fait donc partie de la solution pour resserrer les liens entre francophones et néerlandophones. Développer un pays multilingue et multiculturel est un atout dans un monde devenu un village et sur un continent où les échanges se multiplient. Développer le bilinguisme, voire le multilinguisme, dans l’enseignement et les échanges au-delà des barrières linguistiques sera un grand pas en avant. Aujourd’hui, 70 % des Bruxellois pensent que le multilinguisme est un élément essentiel de l’identité bruxelloise. Selon le dernier baromètre des langues, 90 % des Bruxellois sont favorables à un enseignement primaire bilingue. La logique : acquérir le bilinguisme, voire le trilinguisme, est essentiel pour trouver un emploi dans la capitale. À Bruxelles, nous supprimerons aussi l’apartheid linguistique électoral : aujourd’hui, il y a des listes séparées en fonction de la langue pour les élections du Parlement bruxellois. Ainsi, si vous avez une carte d’identité néerlandophone vous ne pouvez vous présenter que sur une liste néerlandophone et inversément.

Bruxelles peut se prévaloir d’une riche vie culturelle, l’une des plus riches d’Europe, mais elle est encore fort divisée en fonction de la langue. Aussi, les initiatives mélangeant plusieurs langues peinent-elles à obtenir un soutien public financier. Mais de nombreux artistes et institutions culturelles – le KVS, le théâtre flamand à Bruxelles, et le Théâtre national, par exemple – ne se laissent pas impressionner. La coopération culturelle fait partie des demandes fortes des acteurs et actrices de terrain. Du côté francophone, nous voulons déclencher des efforts particuliers pour créer un regard positif sur la culture flamande mal considérée pendant si longtemps. Plus globalement, nous encourageons les initiatives qui dépassent les frontières linguistiques et culturelles. Les institutions culturelles et les médias de service public ont un rôle clé à jouer pour rapprocher les communautés. 

L’enseignement obligatoire de la deuxième langue nationale est à développer dans toutes les Régions, comme cela se fait dans d’autres pays multilingues : en Finlande (finnois et suédois) ou au Luxembourg (allemand, français et luxembourgeois), par exemple. La formation d’enseignants bilingues et l’échange entre les enseignants néerlandophones vers la Wallonie et francophones vers la Flandre sont à encourager. Des normes communes dans les enseignements (conditions minimales de délivrance des diplômes scolaires, détermination des salaires et pensions des enseignants…) peuvent grandement faciliter ces échanges.

Une Belgique unie, multilingue et dotée d'un fédéralisme d’unité pourrait avoir une fonction d'exemple pour l’Europe multilingue à venir. La Belgique actuelle semble être une Union européenne miniature, une union de concurrence et d’inégalité, faite de réunions de négociations interminables et de bureaucratisme.

Or une Belgique de solidarité et de coopération, plus sociale, plus efficace et plus humaine peut être une source d’inspiration pour une Europe des peuples se libérant de l’emprise de la finance.