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PTB : « Une gendarmerie 2.0 est une idée dangereuse qui ne résoudra rien »

Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) plaide pour le rétablissement de la gendarmerie, une force de maintien de l’ordre intérieur organisée sur le modèle militaire. Ce n’est pas une nouveauté. Après la manifestation syndicale du 9 octobre, le ministre s’était déjà lâché sur les réseaux sociaux. Il avait alors appelé à « monter d’un cran le niveau de violence » et à « créer un bras armé qui frappe fort, comme le faisait la gendarmerie autrefois ». Il s’était vanté de l’achat par son ministère du FN303, une arme à air comprimé potentiellement mortelle, afin de « reprendre le contrôle », en joignant une photo de l’arme à sa publication.

Lundi 19 octobre 2026

Pour Nabil Boukili, député fédéral du PTB, il s’agit d’une proposition dangereuse. « On dirait que M. Francken veut aussi assouvir ses ambitions militaires sur le front intérieur. Bien sûr, les forces de l’ordre doivent pouvoir intervenir en cas de vandalisme et de dégradations, mais une gendarmerie 2.0 est une mauvaise réponse. L’appel du ministre de la Défense à déployer des forces de l’ordre militarisées lors de manifestations et de mouvements sociaux revient à jeter de l’huile sur le feu et risque d’entraîner plus de violence. L’expérience française montre que la répression policière brutale ne calme pas les tensions, bien au contraire. Nous avons besoin de forces de l’ordre formées à la désescalade, qui respectent le droit constitutionnel de manifester et contribuent à prévenir les débordements à la fin des manifestations. Ce n’est pas avec des militaires lourdement armés qu’on y parviendra. Nous devons aussi investir dans une police de proximité, qui connaît les quartiers et leurs habitants et qui est capable de détecter les problèmes avant qu’ils ne dégénèrent. »

« M. Francken prétend que la gendarmerie fonctionnait bien : il réécrit l’histoire, poursuit Nabil Boukili. La gendarmerie existait déjà avant la création de la Belgique. Au 19e siècle, elle a été responsable de la répression du mouvement ouvrier, causant la mort de dizaines de travailleurs en grève. Pensons notamment aux cinq grévistes tués le 18 avril 1893 à la fabrique de bougies "Den Bougie", à Borgerhout, lors de la lutte pour le suffrage universel. Au 20e siècle, la gendarmerie est devenue un véritable État dans l’État. Elle est soupçonnée d’avoir été impliquée dans la stratégie de la tension des années 1980, dans les tueries du Brabant et dans les réseaux Gladio. Sans oublier l’affaire Dutroux (un de ses complices était un informateur de la gendarmerie). Cette affaire a donné naissance à l’un des plus grands mouvements populaires de l’après-guerre. Demain, le 20 octobre, ça fera exactement 30 ans que 300 000 personnes ont participé à la Marche blanche. Ce mouvement remettait en question tant la justice que la gendarmerie. À la suite de cette mobilisation, la gendarmerie a été supprimée, à juste titre. Aujourd’hui, Francken veut précisément revenir sur cette avancée démocratique. »

Theo Francken affirme que sa force de maintien de l’ordre militarisée pourrait également être déployée pour lutter contre le trafic de drogue. Pour le PTB, le ministre fait fausse route. « Les experts de terrain pointent les manques de moyens dans la justice et la police, explique Nabil Boukili. Le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, réclame depuis des années un renforcement de la police judiciaire fédérale. Il y manque actuellement 83 enquêteurs. Mais au lieu de demander que l’on remédie à ces pénuries, M. Francken avance une proposition dangereuse, qui risque uniquement de provoquer plus d’escalade et de violence lors de débordements en marge de la protestation sociale, sans résoudre le moindre problème. »