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« Le cadre néolibéral dans lequel s'inscrit le chiffrage des programmes par le Bureau du Plan est à remettre en cause »

Alors que les résultats du chiffrage du Bureau du Plan sortent ce mardi 7 mai, le PTB les accueille avec scepticisme et regrette le cadre imposé par le monde politique au Bureau du Plan.
 

Lundi 6 mai 2024

« Certains présentent déjà l’exercice du Bureau du Plan comme l’alpha et l’omega pour trancher le débat politique sur les propositions des partis », avance David Pestieau, directeur du service d’études du PTB.

Selon le parti de gauche, le cadre imposé au Bureau du Plan est à remettre en cause pour au moins trois raisons :

  • D’abord, le refus arbitraire de calculer une série de mesures systémiques et importantes
  • Ensuite, certains modèles économiques utilisés qui sont basés sur une logique néolibérale
  • Enfin, les mesures innovatrices –  quand elles sont quand même calculées – le sont de manière conservatrice, même contestables, comme dans le cas de la Taxe des millionnaires et du retour de la pension à 65 ans.

« Depuis des mois, notre service d’études a échangé avec les fonctionnaires du Bureau du Plan de manière constructive. Mais nous avons dû constater que le cadre imposé par le politique au chiffrage enferme cette exercice dans une logique bénéfique aux politiques traditionnelles qui dominent la vie politique belge », précise David Pestieau.

« D’abord, dans notre cas, toutes les mesures systémiques comme la reprise en main publique du secteur énergétique ou la refédéralisation d’une série de compétences ont été dès le départ écartées de l’exercice », continue David Pestieau.

« Même des mesures introduites comme la fin du blocage des salaires par la révision de la loi de 1996 (norme indicative), la régulation des prix de l’électricité par le système cost +, la suppression de cabinets par la refédéralisation de la Santé et du Climat n’ont pas été calculées. L’estimation chiffrée de la lutte contre la fraude fiscale demandée par des nombreux partis a été recalée par l’administration. »

Ensuite, nous constatons que des hypothèses à la base des modèles économiques servant à prévoir les effets des mesures proposées sont plus que contestables. Ainsi, on peut lire dans l’introduction du modèle Hermès servant à mesure l’impact économiques des mesures avancées :

« Si une hausse du revenu disponible est induite par une augmentation des salaires bruts, les créations d'emplois seront ralenties (...) et les investissements seront ralentis par la diminution du taux de marge des entreprises résultant de la hausse des salaires. » (p 4, modèle Hermès utilisé pour l’exercice DC2024, Bureau du Plan)

C’est la reprise des thèses économiques néo-libérales sur les hausses salariales contestées depuis longtemps par d’autres économistes.

Dans le calcul de la Taxe des millionnaires, l’hypothèse retenue par le Bureau du Plan est que les milliards perçus par cette taxe seront négatifs à la croissance – alors qu’ils servent justement à être réinvestis dans la société – et qu’ils diminuent même le revenu disponible de tous les citoyens.

« C’est la reprise d’une vision néolibérale du ruissellement (trickle-down: l'idée que les richesses ruissellent vers le bas de la société lorsque les très riches deviennent encore plus riches, ndlr) qui refuse d’autres politiques économiques, comme la vision keynésienne d’investissements publics avec des effets retours à la fois sur la société et sur l’économie. C’est un choix idéologiquement coloré », ajoute David Pestieau.

Enfin, quand les mesures sont calculées, certaines sont contestables. La Taxe des millionnaires a été calculée de manière conservatrice – voire très discutable. Quant au calcul du retour à la pension à 65 ans, il a ignoré dans son chiffrage le fait que nombre de personnes ayant 65 ans aujourd’hui sont à ce stade malades ou au chômage, émargeant déjà à la sécurité sociale.

« Le chiffrage du programme dans ce cadre ne peut pas servir de guide pour trancher le débat politique. Nous avons maintenant besoin d'une bataille d'idées et non pas de réduire le débat en un débat technique de comptables dans le cadre des politiques d’austérité européennes », conclut David Pestieau.