Des drones imaginaires aux avis imaginaires : le ministre Francken déforme les faits au sujet d’un avis négatif dans le dossier des drones
De nouvelles révélations de la VRT montrent que le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a déformé les faits au sujet d’un avis négatif concernant l’achat de matériel anti-drones. Francken a affirmé publiquement que l’Inspection des Finances n’avait « formulé aucune remarque » sur un achat de drone hunters Blaze auprès de l’entreprise COBBS. La rédaction de l’émission Pano a pu consulter l’avis, et celui-ci raconte une tout autre histoire : l’Inspection avait bel et bien de graves objections, dont le ministre était au courant, puisqu’il a lui-même introduit un recours contre cet avis.
« Le ministre Francken ne voit pas seulement des drones russes qui n’existent pas, il voit aussi des avis favorables qui n’existent pas, déclare Nabil Boukili, député PTB. Il piétine les règles sans la moindre gêne. Et si on laisse faire ce gouvernement, ce même ministre pourra bientôt verser 34 milliards d’euros d’argent public aux entreprises d’armement. Le tout au détriment de nos pensions et de notre sécurité sociale. »
Nabil Boukili rappelle que ces faits s’ajoutent aux précédents soupçons de conflit d’intérêts et de favoritisme. Le PTB interrogera cet après-midi le ministre Francken à ce sujet en Commission Défense.
Selon la VRT, l’avis négatif stipule que les achats sont contraires à la législation sur les marchés publics et comportent un risque de prix significativement plus élevés ainsi que de procédures devant le Conseil d’État. Il n’y a pas eu d’appel d’offres public, une seule entreprise a été sollicitée et le contrôle des prix s’est déroulé dans l’urgence. Même le Service de contrôle des prix de la Défense a pris ses distances avec son propre rapport. Dans l’avis, l’offre de COBBS est explicitement citée comme un mauvais exemple. Le dossier global concerne 1 milliard d’euros de systèmes d’armes, dont près de 120 millions pour COBBS.
Le fait que Francken et le haut commandement de l’armée étaient au courant de tout cela ne fait aucun doute : la Défense a elle-même introduit un recours contre l’avis négatif. Pourtant, le 16 avril, Theo Francken a publié sur X : « L’Inspection des Finances n’a formulé aucune remarque dans ce dossier. » Le lendemain, Bernard Phaleg, directeur général des Ressources matérielles à la Défense, l’a répété sur Radio 1 : « Nous avons payé les mêmes prix pour le même matériel que celui que nous avons acheté simultanément pour l’Ukraine. Cela a bien reçu le feu vert de l’Inspection des Finances. »
« Rien de tout cela ne semble correspondre à la réalité, poursuit Nabil Boukili. Procédures accélérées, absence de concurrence, absence de contrôle approfondi des prix, absence de transparence, prix plus élevés, critiques de la ministre du Budget... Ce n’est pas la première fois que des critiques aussi sévères sont formulées. Et Francken pense pouvoir s’en tirer comme ça ? »
« À la tête de la Défense belge, il y a un ministre qui considère que son rôle est de dépenser des milliards, sans se soucier de la transparence ni des règles, et qui est soupçonné de conflit d’intérêts et de favoritisme, conclut Nabil Boukili. Des drones imaginaires aux avis imaginaires : pendant que les travailleurs doivent se serrer la ceinture, des millions de moyens collectifs finissent sans problème dans les poches des entreprises d’armement. Il y a des ministres qui ont dû démissionner pour bien moins que ça. »