Sofie Merckx est médecin généraliste. Comme médecin du peuple et conseillère communale du PTB, elle vit avec un salaire moyen de travailleur. (Photo Solidaire, Geertje Franssen)

À Liège et Charleroi, le PTB a lancé la campagne communale avec l’idée de diviser par deux le salaire des bourgmestres. Les deux mayeurs socialistes de ces villes, Willy Demeyer et Paul Magnette, ont rejeté l’idée d’une même voix, la traitant de « populiste ». Mais ont-ils vraiment besoin de gagner plus de 10 000 euros bruts par mois ? Voici pourquoi - et comment - nous proposons de changer cela.

Les présentations des programmes communaux du PTB à Liège et Charleroi la semaine passée ont fait déjà pas mal parler d’elles. Et c’est logique, car les programmes sont riches, argumentés et contiennent des centaines de propositions concrètes pour briser le consensus libéral actuel au niveau de la gestion communale.

La proposition de diviser par deux le salaire du bourgmestre a attiré tout particulièrement l’attention. Elle a suscité notamment la colère de la part des deux bourgmestres socialistes liégeois et carolos Willy Demeyer et Paul Magnette. D’autres élus libéraux et socialistes ont réagi dans le même sens pour rejeter la proposition, la traitant de « populiste ». Qu’en est-il ?

Rapprocher le niveau de vie des élus de celui de ceux qu’ils sont censés représenter

Tout comme pour les députés et les ministres, notre proposition est de réduire le salaire actuel des bourgmestres des grandes villes environ de moitié, c’est-à-dire de passer de 11 224 euros bruts par mois à 6 000 euros bruts. Il s’agit donc bien des hauts salaires des bourgmestres des grandes villes, pas de ceux, plus modestes, des bourgmestres des petites communes.

« Si tu ne vis pas comme tu penses, tu finiras pas penser comme tu vis », dit l'adage. Il nous semble tout à fait logique que les rémunérations des mandataires publics, payées d’ailleurs avec l’argent de la collectivité, soient plus proches des revenus de ceux et celles qu’ils sont censés représenter. C’est pourquoi cette demande est née à Charleroi et Liège : ce sont les villes où le décalage entre la rémunération du bourgmestre et celle moyenne de la population est le plus grand.

Comment, sinon, un bourgmestre qui gagne 10 000 euros par mois peut-il comprendre les difficultés qu’on peut éprouver à payer son loyer, les tickets ou abonnements de transports en commun, ou encore la taxe poubelles ? C’est certainement encore plus important pour des gens qui se revendiquent de la gauche.

C’est pour cela qu’au PTB, nos élus et nos cadres ont fait le choix de vivre avec un salaire moyen de travailleurs et reversent également tous les jetons de présence supplémentaires qu’ils pourraient recevoir en exerçant un mandat.

Tableau récapitulatif (estimation) :

 

Salaire actuel des bourgmestres de Liège et Charleroi

Salaire divisé par deux

Salaire des élus du PTB

Brut mensuel

11 224 €

6 000 €

3 000 €

Net mensuel

5 300 €

3 200 €

1 900 €

 

Bourgmestre, un engagement important

Face à cette proposition, la levée de bouclier des partis traditionnels et des deux bourgmestres concernés a été immédiate. Certains, comme Jacques Gobert, bourgmestre PS de La Louvière et à la tête l’Union des Villes et Communes de Wallonie, trouvent même qu’il faut au contraire aujourd’hui « revaloriser la fonction de bourgmestre ». (Le Soir, 23/8/18) Les arguments qui reviennent sont souvent les mêmes : « Nous avons beaucoup de responsabilité », « Il faut être fort disponible », mais aussi « Si les salaires ne sont pas assez hauts, personne ne voudra le faire », et évidemment l’habituel « C’est une proposition populiste ». Prenons le temps d’y répondre.

D’abord il est évident que le métier de bourgmestre, certainement dans une grande ville, est un métier avec beaucoup de responsabilités et qui demande une certaine disponibilité. Mais ce n’est pas comme si nous proposions tout d’un coup de les plonger dans la pauvreté : avec 6 000 euros bruts par mois, ils auraient toujours un salaire presque deux fois supérieur au salaire médian en Belgique – qui s’élève à 3 095 par mois (source : statbel.fgov.be). Sans compter que ces bourgmestres ont également tous les défraiements liés à leur fonction, et que Paul Magnette et Willy Demeyer cumulaient ce job jusqu’il y a peu avec d’autres fonctions (et salaires), et que la plupart cumulent encore malheureusement avec d’autres mandats. Willy Demeyer est ainsi toujours administrateur rémunéré à Ethias par exemple.

Beaucoup de gens travaillent dans les services publics comme les infirmières ou les pompiers, et ont également des horaires difficiles et beaucoup de responsabilités, sans avoir pour autant des salaires exorbitants, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est ce qu’explique une jeune femme de 27 ans, qui nous a envoyé le témoignage suivant : « Je viens de lire la réponse de M. le bourgmestre de Liège, qui dit que la fonction requiert une disponibilité 24h/24 et 7j/7j. Je suis éducatrice spécialisée dans un hôpital psychiatrique, et nous sommes de garde et rappelable 7j/7j 24h/24 . Sans avoir de compensation financière pour des responsabilités toutes aussi importantes que les siennes ! Dommage que nous ne gagnons pas la même chose. J’ai 27 ans, je suis paniquée quant à mon avenir, quand je vois les difficultés que nous pouvons rencontrer financièrement à deux (tous les deux à temps plein, en comptant tous les jours), ayant été écartée pour ma grossesse (je n’ai pas eu le choix), l’avenir me fait très peur. »

Ensuite, il est assez étrange de dire qu’il faut (très) bien payer les politiciens si on veut qu’ils fassent du travail de qualité. Beaucoup de gens s’investissent beaucoup et font du travail de qualité sans pour autant être hautement rémunérés. Ils le font par conviction et par passion. Et cela devrait certainement être le cas pour des mandataires politiques. Personne ne les a obligés à devenir bourgmestre. Au contraire, il paraît logique de s’assurer que la motivation ne soit pas financière mais bien de servir l’intérêt collectif.

L’exemple d’Ada Colau

En 2015, Ada Colau est devenue maire de Barcelone sur la liste de la gauche radicale Barcelona en Comú. Ada Colau vient du terrain, elle s’est fait connaître en Espagne par sa lutte durant des années avec la plateforme contre les expulsions de logement des familles qui ne pouvaient plus rembourser les banques après la crise en 2008. C’est une femme de terrain et d’engagement.

Quand elle est devenu maire, c'était une évidence pour elle qu'une nouvelle politique devait signifier aussi un nouveau code éthique. Une de ses premières décisions après son élection a été de diminuer son propre salaire de plus 60 %. Elle gagne actuellement 2 200 euros nets par mois. Elle a également pris une série de mesures démocratiques contre la corruption, pour la transparence et la participation réelle des habitants. Cela a été de paire avec des mesures contre les banques et des mesures sociales, contre l'austérité et pour le ré-investissement les services publics et le logement social, par exemple. Une politique et une manière de faire de la politique qui nous inspire, au PTB.

Pourquoi ce qui est possible à Barcelone serait impossible à Liège ou Charleroi ?

Pour refuser notre proposition, certains s’appuient non pas sur des arguments politiques ou de principe, mais plutôt techniques : « Impossible, disent-ils. Pour adapter le salaire du bourgmestre il faut changer les décrets. » Il faut dire que « on ne peut rien faire, c’est un autre niveau de pouvoir » est un refrain très habituel chez les partis traditionnels. Nous sommes en soi pour ouvrir le débat au niveau régional sur le code de la démocratie locale, qui prévoit le traitement des bourgmestre, et prévoir par exemple qu’à partir de 20 000 habitants, un salaire plafond de 6 000 euros bruts mensuels soit instauré. Mais, en attendant, les bourgmestres des grandes villes peuvent évidemment agir dès aujourd’hui, en remettant de leur propre initiative une partie de leur salaire dans les caisses de la collectivité. La question de l’éthique est un enjeu de cette campagne des élections communales.

Ada Colau montre bien que c’est possible dans une ville de 1,6 millions comme Barcelone, il n’y a donc aucune raison que ce ne soit pas possible dans des grandes villes comme Liège ou Charleroi. Et c’est exactement ce que le PTB défend : une rupture au niveau de la politique libérale menée, qui se traduit aussi au niveau de la manière de faire de la politique.

Retrouvez aussi l’ensemble des propositions dans les programmes communaux du PTB
- de Liège ;
- de Charleroi.


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