Peter Mertens (PTB) : « Attaquons-nous aux mécanismes qui rendent les gens malades et arrêtons de culpabiliser celles et ceux qui le sont »

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Le débat à la Chambre sur la déclaration du gouvernement a fait des étincelles, notamment concernant la possibilité de sanctions envers les travailleurs malades de longue durée que le gouvernement veut introduire. Peter Mertens, président du PTB, estime que le ministre Frank Vandenbroucke minimise le problème en prétendant, comme il l’a fait durant le débat, qu’il ne s’agit « que de remplir un formulaire ».

« Ce n'est vraiment pas la question, et il est intellectuellement malhonnête de prétendre que c'est le cas, déclare Peter Mertens. Le fait est que mettre la faute chez les malades eux-mêmes est inacceptable. Cette nouvelle vague de stigmatisation ne va rien résoudre. Tant que les patrons ne seront pas obligés de fournir un travail adapté, tant que les mécanismes à l'origine de la maladie de tant de personnes ne seront pas abordés (augmentation des heures de travail, flexibilisation accrue, disponibilité permanente, faire toujours plus avec toujours moins de personnel, etc.), on ne changera rien au problème. »

Le président du PTB, qui est aussi député fédéral, explique que le gouvernement fait du « victim blaming » et prévient que s’il continue comme ça, on risque d’avoir 600 000 malades de longue durée l’année prochaine. « "La solidarité, ce sont des droits et des devoirs", martèle Frank Vandenbroucke. Mais où sont les obligations des patrons ? Où se trouve l'obligation de fournir un travail adapté ? Comment se fait-il que 7 personnes sur 10 qui s'inscrivent dans un programme de réinsertion finissent par être licenciées ? Ce n'est pas un parcours de réintégration, mais un parcours de licenciement », poursuit Peter Mertens.

Le contraste entre les obligations des salariés et des employeurs est frappant. Il faut qu’une entreprise compte trois fois plus de malades de longue durée que la moyenne de son secteur avant qu’il soit question d’une sanction, qui est en plus minime. Peter Mertens : « Trois fois plus ! Il n'y a pratiquement aucune comparaison entre les secteurs. Pourtant, il est évident que dans certains secteurs, les gens tombent beaucoup plus vite malades. Et la plupart des entreprises ne risquent même rien en matière de sanction, simplement parce qu'elles comptent moins de 50 salariés. Ce n'est pas de la responsabilisation, c'est de l'absolution. Si l'on veut s'attaquer à l'épidémie de maladies de longue durée, il faut s'attaquer aux causes : l’augmentation de la flexibilité, la pression croissante au travail et la suppression de toute possibilité de pension anticipée, par exemple. »

« Non, la question n’est pas de remplir ou non un petit formulaire. Ne croyez pas à ces foutaises. S’attaquer aux causes, prévoir du travail adapté, voilà les clés du débat. Tant que ces questions ne seront pas abordées, on ne résoudra rien. Par ailleurs, le refrain du "droits-et-devoirs" des socialistes a un arrière-goût amer. Ce n’est pas quelque chose qu’on entend dans d’autres débats. Où sont les devoirs des employeurs ("les sanctions sur les entreprises sont un coup dans l’eau", peut-on lire dans la presse) ? Où est le devoir d'Electrabel de payer une contribution de solidarité en ces temps de surprofits et d’explosion des prix de l'énergie ? Où sont les devoirs des évadés fiscaux de longue durée qui font sortir des milliards de notre pays ? Pourquoi Vandenbroucke et les socialistes parlent-ils toujours des obligations des petites gens et n'osent-ils pas toucher aux gros poissons et aux Pandora-profiteurs ? », conclut le président du PTB.