Peter Mertens : « Nous devons renforcer ce pays : nous avons besoin d’un fédéralisme du 21ème siècle »

Photo : Newsmonkey

Dans une longue interview de fin d’année sur Newsmonkey, Peter Mertens, le président du PTB, appelle à une réponse forte aux partis nationalistes flamands de droite et d'extrême-droite qui veulent diviser le pays. Il revient sur ce qui rend le PTB tellement particulier : celui d’être un parti unitaire et de gauche authentique qui a été le deuxième grand gagnant des élections du 26 mai en Flandre. En voici quelques extraits.

Le PTB a été la surprise du 26 mai

Peter Mertens : « Je me souviens très bien de cette soirée d'élection. Nous avons en fait remporté cette victoire dans les trois parties du pays. Et jusque-là, nous n'étions pas trop invités par la presse traditionnelle. Le soir même, il y avait encore un grand débat des présidents de parti au Parlement flamand et il n'y avait pas de pupitre pour moi. La VRT a dû finalement déplacer le pupitre de la présentatrice Phara de Aguirre, qui était un peu plus large que tous les autres pupitres, et j'ai quand même pu les rejoindre. Cela décrit bien ce qui s’est passé. »

Unité - Eenheid

« Je pense que la Belgique à papa, l’establishment belge, le système belge, est en train de mourir. Vous pouvez y remédier de deux façons, je pense. (...)
Soit vous dites : “Nous allons maintenant mener le pays vers la sortie en 2024”, vers une sorte d'indépendance flamande, en créant une sorte de république pour Fernand Huts (un des plus grands patrons multimillionnaires de Flandre). Cela va coûter beaucoup d'argent, mais il y a une certaine logique à cela. C'est ce que proposent la N-VA et le Vlaams Belang.
Soit vous dites : “Ok, nous devons renforcer ce pays”. Nous devons avoir une circonscription fédérale, nous devons refédéraliser à nouveau certaines matières.” Il est absurde de voir quatre ministres du climat se disputer au sujet d'un pays qui n'est qu'un petit pois sur le globe. Refédéralisons ça. Et faisons la même chose pour l'énergie ou la mobilité. Nous avons quatre ministres de la mobilité et ils sont tous coincés dans les embouteillages. C'est absurde. Nous avons besoin d'un nouveau type de fédéralisme du 21ème siècle. Y compris pour mettre fin à la culture du self-service en politique ou à l'absurde financement bien trop élevé des partis. »

Combattre le Vlaams Belang sur son terrain

« Je connais beaucoup plus le Vlaams Belang comme le parti des barons du port. Je constate également que des personnes comme M. De Winter ont beaucoup de mal à défendre les syndicats, la lutte des travailleurs, etc. M. Van Grieken essaie maintenant de mettre en œuvre un changement sur le modèle de Marine Le Pen. Mais vous pouvez voir à la Chambre des représentants et aussi au Parlement flamand qu'ils continuent à voter pour l'essentiel des lois de l'establishment. Ils continuent de voter, par exemple, pour ne pas abolir les généreuses indemnités de départ des députés. Ils continuent aussi de voter pour le relèvement de l'âge de la retraite à la Chambre des représentants. »

Un parti pas comme les autres

« Nous sommes prêts à former des coalitions. Et je suis bien conscient que cela signifie que nous devrons faire des compromis sur un certain nombre de points. Des compromis, oui. Mais bien sûr, pas de compromis qui ne rompent pas avec les vingt ans de néolibéralisme. Nous sommes très clairs à ce sujet. Nous n'allons pas devenir un sp.a-bis (les socialistes flamands), nous n'avons aucune ambition pour cela. Nous voulons vraiment devenir un authentique parti du peuple à gauche. »

« L'essence du parti tel que nous sommes maintenant, dans cette phase, est d'être un parti anti-establishment, une gauche qui pique et met des thèmes à l'ordre du jour “par en bas”. Je me souviens très bien qu'il y a deux ans, à ManiFiesta, lors de notre fête annuelle qui rassemble plus de dix mille personnes, nous avons annoncé la campagne pour une pension net à 1 500 euros. Et l'ensemble du monde politique a dit à l'unisson : “Quelle idée folle”. Maintenant que c'est sur la table de tout le monde, je me dis : “Ok, les esprits mûrissent”. »

- Est-ce que vous vous dites chaque lundi matin lors des réunions de groupe : “Nous ne faisons pas partie de l'establishment » ?

« Bien sûr. Et les mardis, mercredis et jeudis. C'est ce que nous disons tous les matins. (rires) On ne fait pas partie de ça. C’est très important. Mais plus important encore, les gens sont sur le terrain. Donc s'il y a des actions sociales, nous devons être là. Par exemple, l'un des points les plus importants pour nous l'année dernière a été l'approbation du fonds d'urgence dans le secteur des soins de santé. J'en étais très heureux. Nous avons pu fournir 400 millions supplémentaires grâce à un amendement au budget.

Mais nous disons ensuite : “Nous voulons que nos députés et nos assistants parlementaires se rendent eux-mêmes dans les institutions de soins de santé”. Il ne s'agit pas seulement de connaître les textes et les chiffres : découvrez par vous-même ce que signifie le manque de personnel. Qu'est-ce qui se passe dans les homes et les maisons de repos ? Allez sur le terrain, ne perdez pas ce contact. Parce que c'est pour eux qu'on fait de la politique.

Ce sont des mesures que nous prenons avec nos parlementaires. Ces gens ne sont pas ici dans les couloirs du Parlement, ils sont partout dans le pays. À Liège, à Bruxelles, à Anvers, à Gand, dans les institutions de soins, on entend partout que les préoccupations sont les mêmes. Il n’y a pas de contradiction entre la Flandre et la Wallonie. Il y a une contradiction entre un “trop peu de personnel” et un “trop peu d'investissement”. »


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