Marc Botenga (PTB) : « Jamais lever les brevets sur les vaccins n'a été aussi urgent. Qu'attend la Vivaldi ? »

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Alors qu'en Europe, on administre une troisième dose, des brevets empêchent d’autres pays d'avoir accès au vaccin. Le dernier variant du virus montre à quel point cette situation est dangereuse. Jamais lever les brevets sur les vaccins n’a été aussi urgent. La Belgique peut et doit maintenant faire office de locomotive.

Une opinion de Marc Botenga, eurodéputé PTB.

La découverte du dernier variant du Covid en date a fait exploser le cours des actions de Pfizer et Moderna. Pfizer a vu ses actions augmenter de 6,1 %, ce qui correspond à environ 17,5 milliards de dollars supplémentaires en valeur de marché. Son concurrent Moderna a même vu ses actions grimper de 21 %. Un variant devient une opportunité commerciale. C'est particulièrement cynique à plus d’un titre, puisque ce sont précisément les brevets de Big Pharma qui augmentent la probabilité que de nouveaux variants se développent.

Les brevets bloquent l’accès à la technologie des vaccins aux autres pays et entreprises. Cela limite la production de vaccins et accroît les pénuries mondiales. Les actionnaires des entreprises pharmaceutiques ont tout à y gagner, comme en témoignent les méga-profits de Pfizer, Moderna et autres, qui s’élèvent jusqu'à 1 000 dollars par seconde, selon les calculs de la People's Vaccine Alliance. Mais cela se fait au détriment de la santé mondiale. Dans les pays pauvres, à peine 3 % de la population a été entièrement vaccinée. La plupart des pays d'Afrique et du Moyen-Orient n'auront pas de couverture vaccinale suffisante avant 2023. Ces pénuries de vaccins facilitent la circulation du virus et favorisent ainsi l'apparition de nouveaux variants. Le variant Omicron montre à quel point il est urgent que cela change.

L'Inde et l'Afrique du Sud, soutenues par une large coalition, demandent en conséquence depuis un an à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de lever les brevets et de partager la technologie le plus largement possible. Cela permettrait en quelques mois d'activer les capacités de production inutilisées et de créer de nouvelles unités de production. Une approche open source permettrait aussi aux chercheurs du monde entier de travailler à adapter le vaccin à de nouveaux variants. C'est l'idée qui sous-tend des initiatives telles que le Covid-19 Technology Access Pool (C-TAP) de l'Organisation mondiale de la santé.

L'OMC devait se prononcer cette semaine. Cependant, le sommet a été reporté à la dernière minute. Officiellement pour des raisons de santé, mais la peur d'un échec résultant de l'absence de consensus a sans doute joué un rôle. Car si, entretemps, les États-Unis ont cédé, la Commission européenne, sous la pression de certains États membres, bloque. Outre l'Allemagne, la Belgique joue un rôle important dans ce veto européen contre la levée des brevets. Au détriment de la santé mondiale, le Premier ministre De Croo est apparu comme l'un des plus ardents défenseurs européens des brevets et des profits pharmaceutiques monstrueux.

Le report du sommet de l'OMC est l’occasion de changer cela. Une opportunité qu’il nous faut saisir. L'Allemagne vient de se doter d'un nouveau gouvernement, composé de sociaux-démocrates, de verts et de libéraux. Et sous la pression de la vaste campagne citoyenne Pas de profit sur la pandémie, les eurodéputés belges de la coalition Vivaldi ont récemment voté à la quasi-unanimité en faveur d'une résolution appelant à s'attaquer aux brevets. C'est une petite révolution. En avril 2020, notre groupe parlementaire était encore presque le seul à demander la levée des brevets. Outre Guy Verhofstadt (OpenVLD) sur Twitter, des eurodéputés Ecolo et PS ont exprimé leur soutien total. C’est très bien. Mais qu'attendent-ils en Belgique ? Ces mêmes partis siègent au sein de la Vivaldi et le ministre fédéral de la Santé appartient à la famille social-démocrate. Il est grand temps que le blabla au Parlement européen se traduise en actes en Belgique. Davantage de vaccins, moins de variants. C'est ainsi que nous mettrons fin plus rapidement à cette pandémie.