Photo ETF.

Ce 27 mars, à l’appel de l’ETF (European Transport Worker’s Federation), cheminots, chauffeurs de bus ou de camions, aiguilleurs du ciel, taximen, etc. manifesteront à Bruxelles pour des emplois de qualité dans le transport. Rencontre avec Farah, cheminote, et Dennis, chauffeur poids-lourd, tous deux candidats du PTB aux élections européennes. Ils seront dans la rue ce mercredi.

Cette manifestation est le point culminant d’une campagne « Fair Transport Europe » qui aura vu des milliers de travailleurs se mobiliser sur tout le continent européen. La revendication de cette campagne ? Des emplois de qualité et un service aux passagers sûr et fiable. Tout le contraire de ce qu’offre la vision ultralibérale de la Commission européenne : dumping social, sous-traitance, allongement des journées de travail, contrats précaires, etc.

« Nous sommes déterminés à envoyer un message clair au monde. Nous voulons une réelle amélioration des conditions de travail et de vie de millions de travailleurs des transports », déclare Frank Moreels, président de l’ETF et président de la centrale Transport et Logistique de la FGTB, UBOT. « Notre campagne en faveur d’un transport équitable montre que les travailleurs et leurs syndicats peuvent se mobiliser à travers la diversité de leur nation, de leur âge, de leur sexe et de leur secteur. Maintenant, livrons une semaine d’action impressionnante qui montre la force et l’unité de notre mouvement. C’est ainsi que nous gagnerons la bataille contre le dumping social et l’exploitation ! »

Farah Jacquet, accompagnatrice de train namuroise, sera présente le 27 mars à Bruxelles

Pourquoi serez-vous présente à cette manifestation ?

Farah Jacquet. C’est important de soutenir cette manifestation au niveau européen parce que la privatisation du rail, par exemple, et les attaques sur les conditions des travailleurs sont des décisions prises avant tout au niveau européen. Cela concerne donc tous les travailleurs européens. C’est là que nous devons nous battre. Ca nous concerne donc directement, nous, les cheminots belges, puisque certains en Belgique veulent suivre cette logique et ouvrir le rail à la concurrence, voire privatiser la SNCB.

Mais c’est aussi important de soutenir les travailleurs d’autres pays où les lois sociales sont moins bonnes qu’en Belgique (cotisations sociales, salaires, etc.). Cela crée du dumping social. Dans certains pays, ils paient moins de salaire et de cotisations sociales aux détriments des travailleurs belges mais aussi des travailleurs de l’étranger.

Cette lutte des travailleurs au niveau européen, ça doit permettre d’obtenir l’égalité au niveau des lois sociales. Le dumping social ne sera plus possible puisque les employeurs ne pourront plus tricher en employant des travailleurs étrangers pour payer moins.

Quel est aujourd’hui l’impact des directives européennes pour les cheminots ?

Farah Jacquet. Ils veulent ouvrir le rail à la concurrence pour le transport des voyageurs. Cela signifie que la SNCB risque d’être en concurrence avec d’autres entreprises ferroviaires européennes. Demain, ce seront peut-être des trains SNCF qui feront Liège-Ostende !

La SNCB est donc engagée dans une course à la productivité et une course à la réduction des coûts. Nous subissons tous une augmentation de la charge de travail. Mais cette course a aussi des conséquences pour les voyageurs. Le service est dégradé. Du personnel est supprimé dans toutes les catégories de métier. Un exemple : les guichets dans les gares sont supprimés et remplacés par des automates, mais on ne remplace pas un humain par une machine !

Vous êtes aussi candidate sur les listes PTB aux élections européennes. Un choix logique ?

Farah Jacquet. En tant que cheminote depuis 12 ans et déléguée syndicale, c’est presqu’un « devoir » d’être candidate sur cette liste ! (Rires) Plus sérieusement, je le fais pour défendre les transports en commun. Le transport ferroviaire est un domaine dans lequel il est plus logique et plus efficace d’avoir une seule entreprise qui s’occupe de tout. Quand il était ministre des Entreprises publiques, Paul Magnette (PS) a scindé la SNCB entre le gestionnaire d’infrastructures (Infrabel, qui s’occupe des rails, NdlR) et la société ferroviaire (SNCB, qui s’occupe de faire rouler les trains, NdlR). Tout ca pour plaire aux dirigeants européens et pour préparer la libéralisation. Mais cela a créé des divisions et des gaspillages. Le PTB est le seul parti qui veut la création d’une entreprise publique unique en réunifiant Infrabel et SNCB. Ce sera beaucoup plus efficace.

Dennis Lauwers, chauffeur poids-lourd anversois, sera lui aussi présent.

Pourquoi participer à la grève en tant que chauffeur de poids lourds?

Dennis Lauwers. L’enjeu est avant tout l’emploi. Je pense qu’il est essentiel que les syndicats s’allient au niveau européen afin de mettre leurs forces en commun plutôt qu’agir chacun pour soi. J’effectue des transports internationaux pour la même entreprise depuis 25 ans. Notre secteur a beaucoup changé au cours des quinze dernières années. Aujourd’hui, on ne voit quasi plus que des camions avec des plaques d’Europe de l’Est, même lorsqu’ils appartiennent à des firmes belges. Le dumping social est omniprésent, ce qui tue l’emploi ici en Belgique et met aussi les prix sous pression. Nos employeurs vont nous pousser à rouler encore plus vite, ce qui aura inévitablement un impact négatif sur la sécurité.

Est-ce que vous constatez les conséquences de ces phénomènes sur les routes ?

Dennis Lauwers. Bien sûr. Il faut tout de même savoir qu’on peut acheter un permis poids-lourd en Slovaquie pour 90 euros. Des chauffeurs non formés qui débarquent sur les routes au volant d’un mastodonte commettent des erreurs et créent des situations dangereuses. Nous voyons aussi que certains ont du mal à faire leurs manœuvres de chargement et de déchargement parce qu’ils n’ont pas appris à les faire. Ici, nous devons repasser notre « code 95 » tous les cinq ans. Il s’agit d’un cours de révision destiné aux chauffeurs professionnels qui s’étale sur cinq samedi complets. Là-bas, il y a moyen d’acheter cette attestation, ce qui est aussi malhonnête que dangereux.

En tant que syndicat, nous avons tout à gagner à organiser ces formations sous la houlette de la FET. Cela n’a aucun sens de voter une directive en Belgique si les autres pays ne le font pas.

Le dumping social est synonyme de concurrence déloyale. Des milliers d’emplois sont sacrifiés dans notre pays, au profit d’une main-d’œuvre meilleur marché. De nombreuses entreprises belges établissent des sociétés fictives dans des pays d’Europe de l’Est, ce qui est tout simplement scandaleux.

Comment procèdent-elles ?

Dennis Lauwers. Bien souvent, ce ne sont que des boîtes aux lettres, un immeuble de bureaux à l’entrée duquel est apposée une plaque avec 20, 30 noms d’entreprise. Mais à l’intérieur, il n’y a qu’un employé assis devant un téléphone. Comme ces entreprises ont établi là leur siège social, elles peuvent ainsi engager des chauffeurs à bas coût.

Pour les chauffeurs belges, c’est la perte d’emploi assurée. Dans certaines firmes, à peine 10 % des chauffeurs sont encore soumis à la législation sociale belge. Elles créent une société en Slovaquie, Bulgarie ou Roumanie et y embauchent 80 à 90 % de leurs chauffeurs, au salaire du pays où elles se sont implantées.

Ca ne me gêne pas du tout que les gens viennent travailler ici, mais alors, ils doivent gagner la même chose.

En ce moment, le monde du transport est tout sauf équitable. Mon salaire horaire s’élève à 12,10 euros. Si l’un de mes collègues vient charger ici pour 5 à 6 euros, son patron peut proposer un prix largement plus bas au client. Et on imagine aisément qui aura le contrat, sa firme ou la mienne…

Comment résoudre ce problème ?

Dennis Lauwers. Il y a des tas de manières de mettre un terme au dumping social. Avec un peu de volonté politique, le problème peut être réglé demain. Si chaque chauffeur touchait au moins le salaire minimum en vigueur dans le pays qu’il traverse, on ne parlerait plus de dumping social puisqu’il n’y aurait plus de chauffeurs à prix cassé.

D’ailleurs, en pratique, il n’y a rien de compliqué à cela. Tous nos véhicules sont équipés d’un tachygraphe digital. Si l’on couple ces informations à celles d’un GPS, on peut parfaitement voir le trajet d’un poids lourd. Donc, les moyens techniques sont là. Les autorités peuvent tout mesurer et calculer. Elles savent exactement combien de temps le véhicule reste à l’arrêt. Mais, pour mettre en place ce système de contrôle, il faut le vouloir et les pressions des employeurs ne vont manifestement pas dans ce sens.

Découvrez ici le programme du PTB pour un emploi stable avec un salaire décent en Europe.


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