Photo Belga.

GSK entend supprimer 935 emplois en Belgique alors que la multinationale croule sous les bénéfices et profite des largesses des autorités belges, dont de plantureux cadeaux fiscaux. Ces largesses, un homme clé de GSK a pour job de les obtenir : Pascal Lizin, le directeur des affaires extérieures et publiques. Or, ce même Lizin préside la SFPI, un des portefeuilles publics les plus importants du pays. Ce conflit d’intérêt est insupportable, pour le PTB. Qui exige que le président de la SFPI soit démis de ses fonctions.

1. Qui est Pascal Lizin ?

Pascal Lizin est l'homme fort de GSK et sa figure la plus médiatique pour la Belgique. Diplômé de l’Université de Louvain, il est titulaire d’un Master en Ressources humaines de la HEC Brussels. Après plusieurs années dans le transport et dans l’agroalimentaire, il arrive chez GSK en 1992.

Il occupe – ou a occupé – de nombreuses fonctions (voir ci-dessous) liées à son secteur d’activité, la chimie et la pharmacie, mais également dans des instances des mondes patronal, politique et académique. Ce qui est très utile pour défendre les intérêts de la multinationale qui l’emploie.

  • GSK – Directeur des affaires extérieures et publiques (depuis 2006).
  • UWE – Administrateur, premier vice-président.
  • Conseil wallon de l’Industrie – Président du groupe de travail « Capital humain ».
  • Conseil wallon de l’Exportation – Membre du conseil.
  • SFPI – Président (depuis 2018).
  • Sonaca – Administrateur.
  • Essencia (fédération de la chimie) – Président d’Essencia Wallonie et vice-président d’Essencia fédérale.
  • Wallonia.be – Ambassadeur de wallonia.be.
  • Académie de recherche et d'enseignement supérieur – Membre du Conseil d'orientation.
  • Agence universitaire de la francophonie – Membre du comité d’orientation stratégique.
  • Cefochim.
  • Bio.be.
  • Europalia.
  • ADE Wavre.
  • Kitozyme.
  • Chambre de commerce belgo-canadienne.
  • Chambre de commerce belgo-chinoise.
  • Chambre de commerce belgo-indienne.

2. Le rôle de Pascal Lizin chez GSK

« Dans les milieux politiques, économiques et académiques, il est considéré comme l’ambassadeur de GSK Biologicals », lit-on dans un portrait de Pascal Lizin réalisé à l’occasion de sa nomination comme président d’Essencia Wallonie en 2009. (1)

Voici qui résume bien son rôle chez GSK, où il arrive en 1992 et occupe depuis 2006 la fonction de directeur des affaires extérieures et publiques chez GSK. Il explique dans un mémoire universitaire qu’il « fait office d’interface entre l’entreprise et les autorités politiques, économiques et académiques, les autorités diplomatiques ainsi que la presse nationale et internationale et les autres sphères communautaires ».(2) En clair, il est pour la Belgique le lobbyiste en chef de la multinationale britannique. Envers le monde politique, bien sûr, mais également le monde académique, ce qui est stratégique pour un groupe pharmaceutique.

Lizin joue donc un rôle important, aux côtés de l’ancien patron de GSK Jean Stéphenne, pour faire adopter la loi de 2007 introduisant la déduction pour revenus de brevets. Plus tard, en 2012, le journaliste David Leloup va dévoiler dans Le Vif-L’Express (3) que ce sont les avocats de GSK qui sont les véritables auteurs du projet de loi, le ministre des Finances de l’époque, Didier Reynders, ne faisant que passer les plats au Parlement.

Leloup cite Stéphenne : « Nous nous sommes battus pour obtenir des mesures telles que la réduction des charges sociales pour les chercheurs ou une taxation allégée sur les brevets. » Et le journaliste ajoute : « Parlant de son successeur (Christophe Weber) et du directeur Public Affairs de GSK (Pascal Lizin), Jean Stéphenne ajoutait : "Leur rôle sera de veiller à pérenniser ces mesures." Ça tombe bien : Pascal Lizin est également président d'Essenscia Wallonie, l'aile wallonne de la Fédération de la chimie et des sciences de la vie. Dans son mémorandum pour les élections fédérales de 2010, Essenscia déplore que la déduction pour revenus de brevets a " été reprise par nos pays voisins sous une forme améliorée. Pour rester en phase avec ces pays, il est temps d'y apporter des adaptations ". Par exemple ? " La déduction fiscale devrait être admise dès le moment où la demande de brevet est introduite ", ose Essenscia. »(4)

Pascal Lizin se confie dans un mémoire universitaire sur la politique fiscale belge envers la Recherche é Développement. Il y vante les atouts de la Belgique. Ceux dont il a la mission d’obtenir de la part du monde politique ou académique. « Lorsque je voyage, on me demande souvent pourquoi GSK investit autant en Belgique. Je vous en livre les motifs principaux. Le premier – qui nous rassemble ici aujourd’hui – est un exceptionnel réseau de centres de recherche. Jamais GSK n’aurait investi deux milliards d’euros ces cinq dernières années en bâtiments, en infrastructures, en laboratoires si nous n’avions pas 16 centres académiques dans un rayon de 150 km. Un autre facteur est un environnement régulatoire fédéral positif. Si vous voulez innover, il importe que les autorités vous aident à arriver sur le marché́. (…) Enfin, j’évoquerai les pôles de compétitivité. Le gouvernement wallon a agi courageusement en choisissant des pôles d’attractivité et en renonçant dès lors à soutenir d’autres secteurs. Pour la première fois, on a ainsi pu réunir PME, grandes entreprises et monde académique. »(5)

Si la politique fiscale fédérale profite largement à GSK, tant via la déduction pour revenus de brevets que via les intérêts notionnels ou les juteuses dispenses de précompte professionnel (en cumulant celles sur la R&D et le travail d’équipe ou de nuit, GSK peut siphonner 100 % du précompte professionnel de certains de ses salariés), la politique régionale wallonne est également stratégique puisque celle-ci a depuis longtemps placé l’industrie pharmaceutique à l’avant plan de ses « pôles de compétitivité ».

En 2016, le ministre de l’Économie Jean-Claude Marcourt (PS) a créé le Conseil wallon de l’industrie. Ce Conseil est composé des dirigeants des entreprises les plus importantes de Wallonie. C’est Pascal Lizin qui y siège pour GSK. L’objectif de cet organe est de « fournir des recommandations concrètes d’actions au gouvernement pour renforcer sa politique industrielle. » Sans surprise, ses recommandations seront des recettes typiquement patronales : plus de flexibilité, moins de salaire, plus de cadeaux fiscaux pour les entreprises, moins de libertés syndicales…

Début 2019, le ministre Pierre-Yves Jeholet (MR), successeur de Marcourt, crée le Conseil wallon des exportation. Parmi ses neuf « sages » désignés pour y siéger, on retrouve à nouveau l’incontournable Lizin.
Même la famille royale est mise à contribution par Pascal Lizin. Ainsi, celui-ci se rend avec la princesse Astrid en Côte d’Ivoire en 2017 pour plaider à deux en faveur de campagnes de vaccination. Une politique de santé publique qui peut être utile, bien sûr, mais également une juteuse affaire pour une multinationale qui délivre plus d’un milliard de vaccins chaque année.

3. Lizin à la présidence de la SFPI : un conflit d’intérêts qui doit cesser

En 2018, Pascal Lizin succède à Laurence Glautier à la présidence de la SFPI, la Société fédérale de participations et d'investissement. « C’est un des portefeuilles para-gouvernementaux les plus importants », rappelle L’Écho à l’époque.(6) Il s’agit en effet du principal holding public fédéral.

La SFPI a été créée en 1992 dans la foulée de la privatisation de la caisse d’épargne CGER et des autres institutions publiques de crédit. Holding bancaire au départ, il est devenu un holding public à vocation généraliste.

Son portefeuille pèse 1,5 milliard d’euros et comprend des participations dans de nombreuses entreprises, dont Belfius, BNP Paribas, BPost, la Société wallonne des eaux, Brussels Airport Company, Sonaca, etc. La SFPI joue donc un rôle essentiel en matière de gestion des participations de l’État et donc de la politique économique du pouvoir fédéral. Il s’agit d’énormes actifs publics qui doivent être gérés dans l’intérêt de la collectivité.

Toute la politique menée par Pascal Lizin au service de GSK et de l’Union wallonne des entreprises montre qu’il n’offre pas les garanties d’une présidence exempte de conflits d’intérêts. Que du contraire : sa carrière est une accumulation d’instrumentalisation du monde politique ou académique au profit de la multinationale qui l’emploie. Celle-là même qui aujourd’hui a décidé de supprimer 935 emplois en Belgique, malgré de plantureux bénéfices et une avalanche de cadeaux fiscaux.

C’est pourquoi le PTB exige qu’il soit mis fin le plus rapidement possible à son mandat de président de la SFPI. Sa double casquette, concomitante, à la direction d’un organe public majeur et à un poste clé d’une multinationale sans scrupule, est insupportable.

Le dernier rapport du Greco sur la Belgique (janvier 2020) pointe, comme les précédents, les manquements de la Belgique en matière de lutte contre les conflits d’intérêts. Pour le PTB, le combat contre ces conflits d’intérêts est un enjeu majeur.


1. https://www.zorgandersnieuws.be/pascal-lizin-nouveau-president-dessenscia-wallonie/

2. Luca Petrucci, Analyse de la politique fiscale appliquée à la Recherche et Développement en Belgique - Incitants fiscaux et enjeux économiques, Mémoire UCL, Année académique 2017-2018, p. 38. 

3. David Leloup, « Comment GSK s'est taillé une loi fiscale sur mesure », Le Vif-L’Express, 23/11/12, https://www.levif.be/actualite/magazine/comment-gsk-s-est-taille-une-loi-fiscale-sur-mesure/article-normal-910511.html 

4. Ibidem.

5. Luca Petrucci, Analyse de la politique fiscale appliquée à la Recherche et Développement en Belgique - Incitants fiscaux et enjeux économiques, Mémoire UCL, Année académique 2017-2018, pp 11-12. 

6. L’Écho, 6 février 2018.


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