Photo : reportage RTC

Le groupe Lhoist, multinationale belge productrice de chaux dolomique, a annoncé début septembre la suppression de minimum 117 emplois directs (et au moins autant d’emplois chez les sous-traitants qui sont menacés de disparaître). Pourtant, rien que ces dernières années, le groupe a fait plus d’1,2 milliards d'euros de profits.

Lhoist, un groupe qui a largement profité du système

Si les sites belges de Lhoist sont en effet en difficulté, cette difficulté est très relative, puisque l’entreprise a fait 250 millions de bénéfices nets en 2018. Depuis 2013, c’est presque 1,2 milliard d’euro de profits pour la famille historiquement majoritaire, Lhoist-Berghmans. Une famille devenue 6ème fortune de Belgique, avec près de 3 milliards d’euros de patrimoine. Une richesse construite en faisant travailler son personnel à flux tendu, dans la poussière, avec de lourdes charges.

Cette richesse, elle la doit aussi pour beaucoup aux mécanismes d’aides publiques qui permettent aux multinationales d’éviter de payer l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Depuis 2013, c’est presque 585 millions d’euros de ristourne fiscale que Lhoist a obtenue. L’objectif au départ était de… pousser les entreprises à rester en Belgique et préserver l’emploi.

Derrière la baisse d’activité, un licenciement boursier

Depuis quelques mois, la direction explique que la production de chaux diminue en Belgique faute de commandes. Si c’est une réalité, elle cache un autre phénomène: des licenciements boursiers, réfléchis depuis longtemps. Le groupe a effectivement décidé de fermer les fours des carrières de Marche-Les-Dames bien avant les baisses de production actuelles. Pourquoi ?

Ces fours sont devenus un sous-traitant de la multinationale brésilienne Magnesita (qui rachète la chaux produite seulement pour ses propres besoins). Sauf qu’en octobre 2017, la multinationale fusionne avec l’un de ses principaux concurrents, l’autrichien RHI, pour devenir RHI-Magnesita, leader mondial en pierre réfractaire. Avec 200 millions d’euros de bénéfices par an, le groupe n’était pas encore assez content. La fusion a donc justifié une restructuration, et le groupe a décidé à ce moment de fermer plusieurs sites dans le monde pour 2021, dont celui de Marche-Les-Dames.

Réduire le temps de travail : une perspective juste pour les travailleurs

Pendant des décennies, l’entreprise a prospéré en Belgique, puis ailleurs. Elle a engrangé des milliards de profits, redistribués exclusivement aux actionnaires. Mais dès que la situation devient difficile pour l’une de ses branches, ce sont les travailleurs qui paient les pots cassés.

Pour sauver l’emploi, l’entreprise devrait faire l’effort de 14 millions d’euros par an pour appliquer, à la place des licenciements, une réduction collective du temps de travail équivalente au ralentissement de l’activité. Ça veut dire par exemple qu’en 2018, le groupe n’aurait pas fait 250 mais 236 millions de profits. La belle affaire ! Si c’est pour sauver presque 120 emplois (et les emplois sous-traitants menacés eux aussi), le calcul est vite fait. Les actionnaires ont reçu les profits des dizaines d’années de vaches grasses, qu’ils paient pour les années de vaches maigres.


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