Les Mulliez, exilés fiscaux professionnels, ont eu le coup de cœur pour le paradis fiscal belge

La rue Reine Astrid, à Néchin, est aussi connue sous le nom « Boulevard des Mulliez », vu que 9 maisons de la rue sont habitées par des membres de la très riche famille. (Photo Solidaire, Voxunit)

De nombreux multimillionnaires français passent la frontière pour profiter d’une fiscalité plus avantageuse pour les grosses fortunes. Parmi celles-ci, une est emblématique : les Mulliez, pour qui l’exil fiscal est un vrai sport familial.

Decathlon, Auchan, La Redoute, Midas, Leroy Merlin… le lien entre ces enseignes ? Leur propriétaire. La famille Mulliez figure à la cinquième place des plus grosses fortunes françaises avec un patrimoine estimé à 38 milliards d’euros.

Marco Van Hees, député fédéral et spécialiste Fiscalité du PTB, s’est penché sur le « cas Mulliez » dans une étude qui vient de paraître (« Les Mulliez et le paradis fiscal belge ») : « Cette richesse familiale est ancienne. Louis Mulliez (1877-1952) a fondé les Fils de Louis Mulliez (Filatures de Saint Liévin) à Wattrelos en 1923. Il est lui-même fils de fabricant textile, mais considérons-le néanmoins comme la première génération. Il a eu onze enfants, la deuxième génération donc, que l’on peut envisager comme les différentes branches de la famille Mulliez. L’Association familiale Mulliez (AFM), le groupement d’intérêt économique qui chapeaute les activités de la famille, regroupe les quelque 700 descendants de ces différentes branches. Ce nombre est toutefois peu de chose en regard des 600 000 travailleurs qui alimentent la richesse des Mulliez en prestant dans les nombreuses entreprises qu’ils possèdent de par le monde. »

La Belgique est toujours un paradis fiscal (pour les millionnaires)

La famille Mulliez est originaire du département du Nord. Pratique quand on veut éviter l’impôt en France : il faut juste faire quelques kilomètres. C’est d’ailleurs ce qu’on fait une série de Mulliez, qui ont fait une incursion de 736 mètres dans notre territoire en s’installant dans le petit village de Néchin, dans la rue qui passe la frontière franco-belge. « Officiellement désignée comme la rue reine Astrid, cette modeste artère est désormais surtout connue comme le « boulevard des Mulliez ». Et sa renommée a redoublé en 2012 lorsque l’acteur Gérard Depardieu y a déclaré domicile, au numéro 5, qui fait le coin avec la rue de Gibraltar… du nom d’un autre paradis fiscal. D’autres Mulliez résident dans les rues adjacentes de Néchin, dans les localités des deux villes voisines, Mouscron au nord, Tournai au sud, ou ailleurs en Belgique. »

Pourquoi cet attrait pour notre pays alors que le président français Emmanuel Macron a supprimé l’impôt sur la fortune (ISF) ? « Malgré cette suppression, la Belgique garde de nombreux atouts fiscaux, comme l’immunisation des plus-values financières et diverses niches de l’impôt des sociétés. Les Mulliez détiennent en effet leurs participations à travers des sociétés patrimoniales et la législation fiscale belge leur est particulièrement favorable. Ainsi, la société SEPPCI de Patrick Mulliez a réalisé en 2014 un bénéfice de 372,8 millions d’euros sur lequel elle a payé… 2 euros d’impôts. »

Petit tour d’horizon du « boulevard des Mulliez »

Gilles Mulliez. Actif dans le groupe Boulanger (multimédia et électroménager), il est entre autres administrateur de la SA Mutatis, dont le siège se trouve à la même adresse que de nombreuses sociétés belges de la famille. Comme le note Marco Van Hees dans son étude, Mutatis a payé 32 719 euros d’impôts en 2017. Très peu au regard de son bénéfice net de 1 506 533 euros, soit 2,2 % de taux d’imposition…

Jean-Luc Mulliez. Administrateur délégué d’Altya Investissements, celle-ci a payé 516 euros sur 524 920 euros de bénéfice. Taux d’imposition : 0,1 %.

Jean Mulliez. Mort en 2018, il administrait la société SAIG, puis Ganemede après l’absorption de la première par la deuxième. Le portefeuille de titres des sociétés de Jean a explosé en plusieurs années. Evaluée à 13,3 millions d’euros en 2002, la valeur des titres de SAIG s’élevait à 897 millions d’euros en 2014. La société qui l’a absorbée, Ganemede, avait un portefeuille de 1,5 milliard’ d’euros en 2017. Soit 112 fois plus qu’en 2002… Et le bénéfice pour cette année 2017 s’élevait à 26,7 millions d’euros. Avec un impôt de 21 439 euros, le taux d’imposition est de… 0,08 %.

Ceci est une (toute) petite partie de la galaxie Mulliez installée à quelques mètres de la frontière. Sans compter les autres membres de la famille installés dans d’autres villages de notre pays.

Si on appliquait la Taxe des millionnaires à Néchin pour commencer, cela rapporterait déjà beaucoup…

Découvrez les propositions du PTB en matière de justice fiscale.


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