Réforme du marché du travail : « En quoi le travail de nuit et la journée de 10 heures vont-ils résoudre l'épidémie de stress et de burn-outs ? »

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Pour le PTB, l’accord sur la réforme du marché du travail travail est une grande opération de communication pour étendre le travail de nuit sans contrôle, normaliser la journée de 10 heures et mettre hors jeu les organisations syndicales. « Le ministre socialiste Pierre-Yves Dermagne va encore plus loin dans le démantèlement du droit du travail que son prédécesseur Kris Peeters, réagit Raoul Hedebouw, président du PTB. Les nouvelles mesures de la Vivaldi vont aggraver l'épidémie de stress et de burn-outs qui règne sur le marché du travail. Cela va encore augmenter le nombre, déjà très élevé, de travailleurs malades de longue durée. »

Le PTB souligne que la protection offerte par les syndicats concernant le travail de nuit est démantelée. Le parti de gauche est aussi très critique du projet-pilote de travail de nuit sur base « volontaire » jusqu’à minuit. « Allez donc dire à votre patron, en tant qu’intérim ou avec un CDD, que vous n’êtes pas "volontaire" pour faire du travail de nuit, ironise Raoul Hedebouw. La "liberté" dont parle la Vivaldi, c'est la liberté de faire ce que dit le patron ou de prendre la porte. Le gouvernement va en plus mettre les syndicats sur la touche pendant 18 mois, car cela pourra se prendre sur une base individuelle. Cela conduira à la normalisation d’un travail de nuit, qui est nocif pour la santé, et sans aucune rémunération supplémentaire, car le travail dit "de soirée" serait considéré comme des heures normales. »

Outre le travail de nuit, le PTB critique l'introduction de la journée de travail de 10 heures, là aussi sur base « volontaire ». Raoul Hedebouw : « Le "volontariat" sur lequel compte le gouvernement est un écran de fumée. En réalité, c'est l'employeur qui décide quand vous travaillez et durant combien de temps. Les journées de travail de 10 heures seront normalisées. Comment combiner ça avec la vie de famille ? Si l'on ajoute le grand nombre d'heures supplémentaires "volontaires", les gens seront souvent obligés de travailler le cinquième jour de la semaine, en plus du temps plein ramassé sur quatre jours. Dans les faits, la semaine de travail de 45 heures est légalisée. »

Le parti souligne également que les mesures concernant les travailleurs des plateformes apportent peu de nouveautés. « Le gros problème reste le contrôle, pointe le président du PTB. Qui va vérifier ce qui se passe dans les faits ? Les travailleurs de l’économie de plateforme n'ont toujours aucune garantie quant à leur statut. Vont-ils devoir poursuivre les plateformes en justice pour être reconnus, et risquer ainsi de perdre leur emploi ? Je crains que, dans la pratique, peu de choses changent vraiment. »

« La question du contrôle se pose également sur le droit à la déconnexion. La proposition du gouvernement n’est pas ambitieuse. Si vous travaillez dans une entreprise de moins de 20 employés, par exemple, vous n'avez pas ce droit à la déconnexion et vous êtes n’êtes pas concerné par la loi. Votre employeur peut dès lors vous harceler quand il le souhaite », ajoute Raoul Hedebouw.

Pour le PTB, l'accord n'apporte pas de réponse au plus grand défi du marché du travail : l'épidémie de stress, de burn-outs et de maladies de longue durée liées au travail. « Comment le gouvernement compte-t-il résoudre ces problèmes avec encore plus de flexibilité ? Cette flexibilité qui, dans la pratique, est imposée par les entreprises ? Plus de la moitié du personnel des hôpitaux n'atteint pas l'âge de la retraite anticipée, un enseignant sur trois risque le burn-out. 17 % des travailleurs et travailleuses s’estiment en risque de burn-out. Le gouvernement veut mettre un maximum de gens au travail, mais sa solution pour y arriver est de détricoter encore plus les protections des travailleurs. C’est complètement contre-productif », conclut Raoul Hedebouw.