Sofie Merckx, députée PTB à la Chambre (Photo Belga)

« Le moulin de la Commission COVID va trop lentement », selon Sofie Merckx, médecin généraliste et députée PTB à la Chambre. « Malgré de nombreuses demandes, nous attendons depuis des mois des documents. Il n'y a toujours pas d'agenda précis pour les travaux. Il faut arrêter de tourner en rond. Nous voulons qu'un processus d'évaluation effectif soit démarré. Si la Commission COVID-19 ne passe pas rapidement à la vitesse supérieure, le PTB demandera que la commission spéciale soit convertie en une commission d'enquête à part entière ».

Bien qu’elle ait été lancée au début du mois de juillet, la Commission COVID n’a rien produit de concret. « Les réunions de la Commission fédérale ont été, dès le départ, difficiles et chaotiques. La première réunion s’est tenue à huis clos, sans raison valable », témoigne Sofie Merckx.

Ce qui mine la députée de gauche qui représente le PTB au sein de la Commission, c'est que toute une série de documents demandés ne sont toujours pas disponibles. « Ainsi, depuis la mi-avril, nous demandons à voir le contrat que le gouvernement a signé avec l'industrie pharmaceutique au sujet des tests COVID. Et rien. Depuis le mois de juin, je demande la proposition du SPF Santé publique qui porte sur le renouvellement du stock détruit de masques. En vain. Qu'est-ce que le gouvernement a à cacher ? »

Au total, les membres de la commission ont sollicité plus de 50 documents. Le plan de lutte contre la pandémie de 2006, qui était censé préparer notre pays face aux épidémies virales, serait apparemment « introuvable ». Pourtant, il circule parmi les membres du gouvernement. « Jusqu'à présent, nous n'avons pas reçu un seul des documents sollicités », indique Sofie Merckx. « Or, l'accès à ces documents est extrêmement important pour évaluer la gestion de la crise. Qui a recommandé quoi exactement et quelles décisions ont ou n’ont pas été prises ? Qui a décidé à la fin de l'année dernière de ne pas renouveler la réserve stratégique de masques ? »

« Début juillet, nous avons posé toute une série de questions. Mais rien n’a été fait. Ma patience a des limites. Nous avions averti dès le début que la Commission COVID ne serait pas suffisante. C'est précisément pour cette raison que nous avons proposé, avec le PTB, de mettre en place une commission d'enquête à part entière. Une telle commission pourrait tout simplement exiger les documents. Notre proposition a été rejetée. »

Sofie Merckx insiste sur le fait que si les membres de la commission n'obtiennent pas rapidement l'accès à ces documents cruciaux, le PTB demandera à nouveau que la commission soit convertie en commission d'enquête. « L'épidémie de Covid-19 a coûté la vie à près de 10 000 personnes dans notre pays. Cinq mois après le premier pic, nous ne sommes pas plus avancés dans l'analyse de l'approche. Le président de la commission, un membre du parti de Mme De Block, l'une des ministres ayant la plus grande responsabilité dans la crise du coronavirus, a promis une enquête approfondie. Le mauvais départ de la commission inspire peu de confiance ».

Voici les documents qui ont été demandés par le PTB mais n'ont pas été reçus.

Plan de lutte contre la pandémie
Plan d'urgence élaboré en 2006 et mis à jour en 2009 pour la pandémie de grippe. Ce plan qui visait à préparer notre pays à une épidémie virale semble avoir disparu sans laisser de trace. À la mi-juillet, le PTB a demandé que ce plan soit présenté au sein de la commission spéciale. Près de deux mois plus tard, le plan de lutte contre la pandémie n'a toujours pas été présenté. Cependant, le plan existe. En fait, il circule dans les cercles ministériels, selon les comptes rendus des réunions des 9 ministres de la Santé.

Proposition de renouvellement du stock stratégique de masques buccaux

En 2018, la ministre De Block a décidé de faire détruire le stock stratégique de masques buccaux. Par la suite, une proposition aurait été élaborée par le SPF Santé publique pour renouveler ce stock, sur la base d'un rapport consultatif du Conseil supérieur de la santé (CSS). L'explication de cette proposition par la ministre De Block est ambiguë. D'une part, elle affirme qu’il ne s’agissait que d’un projet. D'autre part, elle déclare qu'elle a soumis la note au gouvernement, mais que le budget de 100 millions d'euros a été jugé trop élevé.

L'accord entre l'industrie pharmaceutique et le gouvernement sur la plateforme nationale de test
La décision du ministre De Backer de demander aux grandes entreprises pharmaceutiques telles que Janssen Pharmaceutica, GSK et UCB d'augmenter la capacité de tests a fait du bruit. Notamment parce que des dizaines de laboratoires cliniques accrédités ont été mis sur la touche. Malgré des tentatives répétées, par lettre officielle, par des entretiens avec le ministre De Backer, il n'est toujours pas possible de consulter ce contrat. Pourquoi ce secret ? Le PTB a également demandé ce document à la Commission spéciale COVID à la mi-juillet.

Les recommandations du Conseil supérieur de la santé (CSS) relatives au port du masque

Dès le début, l'importance des masques dans les soins était évidente, mais ce n'est que le 28 avril que le port du masque est devenu totalement obligatoire pour le personnel soignant. Pendant longtemps, les masques n'ont été recommandés que si le patient présentait des symptômes. À la mi-mars, le Conseil supérieur de la santé aurait émis un avis plus strict, mais cet avis n'a pas été pris en compte. Le PTB a demandé cet avis au Conseil ainsi que tous les autres avis concernant les masques. Jusqu'à présent en vain.


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  • Eric Moreels
    a commenté 2020-09-06 19:46:04 +0200
    Le fait que la Commission COVID agisse lentement arrange bien les responsables politiques de cette crise sanitaire.
    Tarder à transmettre des documents et des informations pertinentes est une tactique politique ou pro-politique visant à “noyer le poisson”. Le temps passant, cette Commission COVID risque de passer au second plan des priorités à gérer, voire de tomber dans l’oubli . Je pense qu’il serait opportun de solliciter la mise en place d’une Commission Spéciale COVID 19. Cette Commission Spéciale aura certainement plus de pouvoir que la Commission actuelle et cette Commission Spéciale pourra imposer un agenda précis et pertinent pour les débats et la transmission des documents et toutes autres informations. Il est évident que le verdict de cette Commission doit servir à responsabiliser les responsables politiques qui ont fauté ou minimisé leurs investigations et décisions.

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