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En vue des élections du 26 mai, le PTB lance son Plan pour l’avenir, un plan ambitieux et cohérent pour répondre aux besoins sociaux et écologiques urgents. Après des années de stagnation et d’austérité, la gauche authentique veut changer radicalement de cap et opte pour des investissements publics de dix milliards d’euros par an.

Investir dans un avenir social et écologique

Notre pays est à un tournant. Après des années d’austérité, les investissements publics dans notre pays sont à un niveau particulièrement bas. Depuis les années 1980, l’investissement public a été réduit de moitié, pour atteindre environ 2,5 % du PIB. Conséquence : notre pays est à la traîne, avec une infrastructure dont l’état laisse à désirer.

Des pans entiers de la protection sociale et des services publics sont défaillants. Plus de 200 000 familles attendent - parfois depuis des années - un logement social. La ponctualité et la sécurité des chemins de fer se détériorent, alors que le RER est constamment reporté. Il y a une pénurie de bâtiments scolaires et de nombreuses écoles ont besoin d’être rénovées.

Les centrales nucléaires sont - dangereusement – vétustes, alors que les sources d’énergie renouvelables se développent à pas de tortue. Les dix prochaines années sont cruciales pour lutter contre le changement climatique. Pour maîtriser le réchauffement climatique, notre pays doit réduire ses émissions de CO2 d’au moins 60 % d’ici 2030. Cela implique de décupler les efforts actuels en matière de climat.

Les défis sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face sont énormes et ne peuvent être surmontés que par un plan cohérent qui combine la nécessaire transition écologique avec la création de nouveaux emplois, un logement décent, de meilleurs transports publics et qui protège le pouvoir d’achat des citoyens.

Le temps presse, mais, avec un changement radical de cap, nous pouvons relever ce défi.

Pour cela, briser le carcan de l’austérité est nécessaire afin de permettre des investissements urgents dans les infrastructures : logement social, isolation des logements, écoles, soins de santé et énergie durable.

Pour y arriver, mettons fin au gaspillage d’argent public que constituent les cadeaux aux grandes entreprises. Ce ne sont pas les profits à court terme pour les actionnaires qui comptent. Nous mesurons nos projets en fonction de la valeur ajoutée qu’ils apportent à la société et nous voulons peser chaque euro investi par rapport à ses résultats aux niveaux social, écologique et de création d’emplois.

Ce plan d’avenir peut porter des fruits à court et à long terme, avec des retombées sociales et environnementales considérables. Chaque euro investi rapporterait en fin de compte de 1,5 euro à 2 euros, avec plus d’emplois, de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail, un meilleur enseignement et une meilleure santé grâce à un meilleur cadre de vie.

Bien entendu, ce plan n’apporte pas de solution fondamentale à la crise du système économique, mais peut répondre à des besoins sociaux et écologiques urgent.

Les douze chantiers d’investissements pour l’avenir

chantier1 chantier2 chantier3 chantier4 chantier5 chantier6 chantier7 chantier8 chantier9 chantier10 chantier11 chantier12 Illustration Teresa Vetter

1. Construire un logement social moderne

Vous avez besoin d’un logement social ? Armez-vous de patience : il y a environ 200 000 inscrits sur les listes d’attente. Le temps d’attente pour un logement social est inadmissible. Si l’on maintient le tempo actuel des investissements, les listes d’attente seront résorbées dans... 100 ans ! Pourtant, il est possible de faire autrement. La plupart des grandes villes européennes comptent plus de 20 % de logements sociaux. Aux Pays-Bas, c’est un tiers, et à Rotterdam et à Amsterdam, c’est même plus de la moitié. Dans notre pays, il faut changer radicalement de cap. D’ici 2030, nous voulons construire 100 0000 logements sociaux.

2. Un masterplan pour l’isolation : bon pour le climat et pour le porte-monnaie

Les personnes qui ont peu de moyens financiers vivent souvent dans des logements mal isolés. Par un système de tiers payant, les ménages aux revenus modestes pourraient isoler leur logement et prendre d’autres mesures pour économiser davantage d’énergie. Réalisons un état des lieux de l’isolation des maisons avec les communes et permettons des rénovations groupées grâce à des prêts adaptés. Nous voulons réaliser un masterplan pour rendre tous les bâtiments publics et les logements sociaux neutres en carbone d’ici 2030.

3. Des réseaux de chaleur urbains pour un chauffage vert, efficace et bon marché

Le chauffage urbain, c’est le chauffage central à l’échelle de tout un quartier ou même d’une ville. Cela existe déjà aujourd’hui. Grâce à son réseau de chaleur, la ville de Copenhague chauffe 1 million d’habitants et 90 % des bâtiments publics. C’est du win-win : les émissions de CO2 ont diminué et les habitants bénéficient de chauffage à un prix abordable. Ces réseaux sont alimentés par la chaleur qui est aujourd’hui gaspillée et rejetée dans l’atmosphère, comme la chaleur résiduelle produite par l’industrie. Cette chaleur peut être stockée grâce à de grandes citernes d’eau chaude et amenée par un réseau souterrain jusqu’aux habitations, pour le chauffage et l’eau chaude courante.

4. Des entreprises publiques d’énergie qui fournissent de l’électricité renouvelable à un prix abordable

L’énergie est un droit de base bien trop important pour être laissé au marché. La libéralisation de l’énergie a montré son échec : risques de black-out en hiver, très peu d’énergie renouvelable et factures qui explosent. Nous devons investir nous-mêmes dans l’électricité de l’avenir : durable et accessible. Au lieu de faire confiance à Engie, EDF et autres multinationales qui continuent encore à construire des centrales au charbon, nous voulons un secteur public de l’énergie, aux mains de la collectivité et sous contrôle démocratique. Créons donc une entreprise publique d’énergie pour pouvoir réaliser rapidement des investissements à grande échelle dans l’énergie renouvelable à un prix abordable. Par ailleurs, nous voulons faciliter les entreprises d’énergie municipales publiques et les coopératives de citoyens pour œuvrer localement au système d’énergie de demain. Instaurons pour cela un tarif d’énergie bon marché pour les particuliers, à l’image du « tarif bleu » en France, régulé par l’État.

5. Développer la filière hydrogène comme clé de voûte de la production d’énergie renouvelable

Le soleil ne brille pas en permanence, le vent ne souffle pas toujours à la même intensité. Atteindre les 100 % d’énergie renouvelable est donc impossible sans stocker l’énergie. Pour compenser les moments où la production d’énergie renouvelable est faible, il est nécessaire d’investir dans le stockage des excédents lors des périodes de pic. Pour cela, nous optons résolument pour la piste de l’hydrogène. Par électrolyse de l’eau, on convertit ces excédents d’énergie en hydrogène. Cet hydrogène peut être retransformé en électricité ou être utilisé comme carburant pour le transport neutre en carbone par train, bateau, bus, camion et voiture. Nous voulons stimuler le développement d’une pétrochimie circulaire qui stocke le CO2 dans des produits durables à l’aide d’hydrogène renouvelable.

La technologie de l’hydrogène offre énormément de possibilités pour rendre rapidement notre économie neutre en carbone. À condition que les pouvoirs publics prennent les rênes. Transférons donc les différents réseaux d’énergie dans le système public et rassemblons-les pour constituer un « smart grid », un réseau piloté de manière numérique qui fait concorder la production de l’électricité et le stockage de l’énergie. Il est aussi possible de développer un réseau de pompes à hydrogène à travers le pays, où trains et bus durables peuvent se réapprovisionner.

6. Les transports publics, épine dorsale d’une mobilité durable et bon marché

Libérons les moyens nécessaires pour faire des transports publics une alternative fiable, l’épine dorsale d’une mobilité durable et bon marché. Avec le plan Route 2030, nous triplons d’ici 2030 la part du train, tram, bus et métro dans les déplacements.

Nous investissons dans la SNCB pour faire du train la structure principale fiable de tout le réseau de transport public. Nous voulons assurer des liaisons plus fréquentes et des gares immédiatement reliées au tram, bus et métro, et élargir l’offre en ouvrant chaque année dix nouvelles gares jusqu’en 2030 et en dédoublant les lignes. Cela va de pair avec des investissements dans le matériel pour améliorer la ponctualité des trains.

Nous doublons les investissements prévus dans la STIB, les TEC et De Lijn pour renouveler le réseau de tram et le matériel ainsi qu’élargir les services. Nous prévoyons aussi d’augmenter les fréquences et de créer de nouvelles lignes, également de nuit.

7. Investir dans les enfants et les jeunes : pour un enseignement qui fait briller tout le monde

Garantissons pour chaque élève une place dans une école et un enseignant pour chaque classe. Cela demande un refinancement urgent, tant pour le personnel que pour les bâtiments. Il y a actuellement une pénurie de bâtiments scolaires, et de nombreuses écoles ont besoin d’être rénovées. On manque de professeurs pour assurer un enseignement de qualité qui combatte l’inégalité sociale. C’est pourquoi nous investissons davantage dans l’infrastructure scolaire et lançons la construction de nouvelles écoles et la rénovation de celles qui en ont besoin. Nous prévoyons également des investissements pour avoir des enseignants plus nombreux et mieux formés et garantir des classes de maximum 15 élèves dans l’enseignement primaire.

8. La recherche pour le progrès social et l’innovation écologique

La recherche nous aide à mieux comprendre le monde et à trouver des solutions aux problèmes de l’humanité et aux questions qu’elle se pose. La connaissance d’aujourd’hui et de demain nous donne la capacité de remédier aux problèmes de notre temps : lutter contre le réchauffement de la Terre, répondre aux besoins des milliards d’êtres humains sans détruire la planète, éradiquer des maladies...

C’est pourquoi refinancer la recherche scientifique publique est indispensable. Une recherche au service du progrès social, de l’innovation écologique, de la culture. Vers une mobilité douce, l’efficience énergétique, la protection de la nature, les soins, la culture, la réduction de la charge de travail grâce aux nouvelles technologies, etc.

9. Prendre soin des tout-petits : développer l’accueil de la petite enfance

Aucun enfant ne doit se voir refuser l’admission dans une crèche pour cause de manque de places. Nous voulons développer un plan pour atteindre d’ici 2025 un taux de couverture (le rapport entre le nombre de places dans une crèche et le nombre d’enfants entre 0 et 2,5 ans) de 50 %. À terme, nous voulons que chaque parent ayant besoin d’une place en crèche puisse en faire la demande à l’ONE ou à son pendant néerlandophone, Kind&Gezin, et avoir une place dans une crèche subsidiée par les pouvoirs publics, avec un apport financier personnel limité. À cet effet, établissons un plan d’investissement public qui, sur base d’un inventaire détaillé des besoins, assure la construction des crèches supplémentaires nécessaires.

10. Prendre soin de nos aînés : ouvrir des maisons de repos familiales et à taille humaine

On ne devrait pas faire de profit sur le dos des personnes âgées. C’est toutefois ce qui se passe aujourd’hui. Les pouvoirs publics ne remplissent pas assez leur mission et ouvrent ainsi toutes grandes les portes à la soif de profit des multinationales. Résultat : les factures des maisons de repos explosent, trois quarts de leurs résidents sont dans l’impossibilité de la payer eux-mêmes. Un autre système est possible. Nous voulons que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités et répondent aux besoins des seniors. Nous ne voulons pas d’une économie du vieillissement où seuls les aînés les plus riches peuvent bénéficier de bonnes conditions de vie et de soins de qualité. Nous proposons de construire chaque année 40 maisons de repos de 80 lits. D’ici 2025, nous créerons ainsi 16 000 lits supplémentaires dans des maisons de repos familiales et de petite taille.

11. Une politique inclusive pour les personnes souffrant de handicap

Nous voulons une société inclusive et émancipatrice à laquelle les personnes souffrant de handicap participent de manière active. Développons une offre large, variée et suffisante de services qui permettent aux personnes atteintes de handicap d’habiter de la manière la plus autonome possible. Et, pour ce faire, remboursons complètement les moyens d’aide nécessaires à cet effet. Il existe trop peu de logements sociaux adaptés pour les personnes souffrant de handicap. Investissons aussi davantage dans des transports en commun parfaitement accessibles, dans l’accessibilité des espaces et bâtiments publics, mais aussi des écoles, crèches, plaines de jeu, salles de sport, piscines et centres culturels. Pour les personnes souffrant d’un handicap de grande dépendance, nous créons des centres d’accueil supplémentaires, de qualité et adaptés.

12. Investir dans la culture et le sport comme richesses collectives

La culture peut élargir et approfondir notre compréhension du monde, de la société et de nous-mêmes. L’art et la culture jouent un rôle fondamental dans le développement d’une société plus inclusive, plus juste, plus solidaire et plus humaine. Aujourd’hui, les initiatives culturelles sont poussées dans les bras du marché. Nous voulons que les pouvoirs publics investissent à nouveau dans le développement d’une large infrastructure culturelle avec des maisons de quartier, des centres culturels, des maisons de jeunes, des académies et des bibliothèques.

Le sport est aussi une nécessité sociale : il favorise l’émancipation personnelle et le progrès social. Le sport fait partie de notre culture populaire et est fondamental à la cohésion sociale. Il est une source de bien-être, tant au plan physique que mental. Nous souhaitons investir dans une infrastructure sportive qui soit excellente, ouverte à tous, hommes et femmes. Tout le monde a droit à un centre sportif accessible, à un terrain de sport ou à une piscine non loin de chez lui.

Volet financier

1. Les pouvoirs publics prennent l’initiative : 10 milliards d’investissements publics

 

12 chantiers

Investissements, en millions d’euros

Logement

1. Construction de logements sociaux modernes

1 000

 

2. Masterplan d’isolation des logements

1 000

 

3. Réseaux de chauffage urbain

500

Énergie

4. Entreprises publiques d’énergie

1 800

 

5. Développement de la technologie hydrogène et des smart grids

400

Mobilité

6. Transports publics

- SNCB

- STIB, De Lijn, TEC

1 500, dont

- 1 000

- 500

Enseignement et recherche

7. Enseignement

- Embauche d’enseignants

- Construction d’écoles

- Enseignement supérieur

1 600 dont

- 1 000

- 300

- 300

 

8. Recherche scientifique

400

Soins et aide aux personnes

9. Soins aux enfants et aux jeunes :

- garderies

- institutions de protection de la jeunesse

250 dont



- 200

- 50

 

10. Soins aux aînés

1 000

 

11. Soins aux personnes en situation de handicap

550

Culture et sport

12. Culture et sport

200

 

Pourquoi des investissements publics ?

Pour son Plan pour l’avenir, le PTB opte résolument pour des investissements publics. Ce choix représente une rupture radicale avec la politique actuelle, dans laquelle les pouvoirs publics jouent essentiellement un rôle d’instrument pour offrir subsides et diminutions d’impôts aux entreprises.

Nous nous distancions de la politique où des capitaux privés sont mobilisés dans des partenariats public-privé (PPP) pour, par exemple, la construction d’écoles, de routes ou de chemins de fer. Nous savons en effet depuis longtemps que, pour mobiliser des entreprises privées, elles exigent une marge bénéficiaire importante et un risque limité. La logique de la collaboration public-privé est, en réalité, celle des risques publics et des bénéfices privés : les pouvoirs publics garantissent de couvrir les risques et d’assurer un rendement futur. La décision se trouve chez ceux qui possèdent le capital et le rendement va aux actionnaires. En pratique, cette politique revient à perdre de l’argent public en faisant des cadeaux aux grandes entreprises.

Le marché privé n’est simplement pas capable de répondre aux grands défis sociaux. L’échec de la transition énergétique le montre clairement. La loi sur la sortie du nucléaire date de 2003. Huit gouvernements plus tard, c’est toujours le lobby de l’énergie nucléaire de Engie-Electrabel & co qui définit la politique et notre pays n’est encore nulle part dans le développement de l’énergie renouvelable.

Investissons dans des projets bénéfiques à la collectivité. Nous voulons investir là où les besoins réels de la population et de la planète sont les plus criants, pas là où les marges bénéficiaires des entreprises sont les plus élevées à court terme. Et cela n’est possible que si les pouvoirs publics tiennent les cordons de la bourse. Nous voulons un partenariat public-public, et non public-privé.

2. Faisons payer les grands pollueurs : 5 milliards d’investissements privés dans l’industrie

300 grands pollueurs sont aujourd’hui responsables de 40 % du total des émissions en Belgique. Mais le marché européen des émissions (ETS) leur permet de vendre et d’acheter des quotas d’émissions. C’est un échec total qui ne diminue pas les émissions, mais en fait un objet de spéculation pour s’enrichir sur le dos de la planète et de la population.

La Belgique doit se retirer de ce système européen d’échange d’émissions. À la place, mettons en œuvre des normes contraignantes par secteur pour les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre, pour atteindre notre ambition : 60 % d’émissions en moins d’ici 2030. Obligeons les grands pollueurs à investir dans des économies d’énergie et dans des sources d’énergie renouvelables, ainsi que dans la technologie qui permet de capter le CO2 (comme l’hydrogène). Pour assurer une diminution de 10 % des émissions par an, au moins 5 milliards d’investissements privés sont nécessaires. De tels investissements climatiques offrent aussi de nombreuses occasions de créer de l’emploi. Nous voulons une transition sociale en concertation avec les syndicats, dans laquelle les travailleurs de ces entreprises sont protégés au maximum et peuvent suivre des formations lorsque les processus de production sont modifiés.

Le bras financier du plan d’investissements : la Banque pour l’avenir

Les douze piliers du Plan pour l’avenir du PTB ont besoin d’un bras armé : la Banque pour l’avenir. Il s’agit d’une banque publique d’investissements qui investit 10 milliards chaque année dans des projets pour le renouveau social et écologique. Pour cela, nous pouvons nous inspirer de la Kreditanstalt für Wiederaufbau publique allemande.

L’assurance d’un retour pour la collectivité est la norme à laquelle cette Banque pour l’avenir doit répondre en cas d’investissements stratégiques. Dans les banques commerciales privées, ce qui compte surtout, c’est la réalisation de rendements élevés et la maximisation des dividendes. Nous optons pour la plus-value sociétale. Seule une banque publique peut offrir cette garantie.

Des banques publiques d’investissements existent. L’exemple de la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) allemande le montre. La KfW est une banque d’investissements sociale et écologique qui est entièrement aux mains des pouvoirs publics. Elle a été créée en 1948 dans le cadre du plan Marshall de reconstruction. 70 ans plus tard, c’est la troisième plus grande banque d’Allemagne. Depuis la fermeture forcée des centrales nucléaires allemandes, la KfW a mis l’accent sur la transition écologique, avec le financement de projets pour l’économie d’énergie, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. La banque accorde ainsi des crédits aux entreprises publiques locales et aux initiatives collectives. Et ça fonctionne : KfW a accordé des prêts pour l’isolation de plus de deux millions d’habitations, ce qui a mis 200 000 personnes au travail. Et la sécurité est au rendez-vous : l’année dernière, KfW a été désignée pour la dixième année consécutive comme la banque la plus sûre du monde par le magazine financier américain Global Finance. KfW n’est pas la seule : l’Association européenne des Banques Publiques compte aujourd’hui 90 membres et représente 15 % du secteur financier européen.

Pour créer la Banque pour l’avenir, nous utilisons exceptionnellement une partie des bénéfices de la taxe des millionnaires. Des économistes comme Thomas Piketty et Paul De Grauwe soutiennent cette proposition du PTB de taxe sur les fortunes et confirment qu’elle devrait rapporter 2 % du PIB. 2 milliards d’euros, soit un quart du bénéfice total de la taxe (8 milliards d’euros) permettent de constituer le capital de départ de la Banque pour l’avenir.

Pour le fonds d’exploitation de 10 milliards, nous mobilisons l’épargne encore largement présente dans notre pays et qui n’est pas utilisée. Ce capital dormant peut ainsi être utilisé pour des investissements stratégiques du Plan d’avenir, et ce, par des « prêts d’avenir » pour lesquels nous proposons des obligations avec garantie d’État à un taux avantageux. Ici aussi, la KfW allemande offre une piste d’inspiration : la banque d’investissements allemande atteint 90 % de ses fonds d’exploitation en émettant des obligations sur le marché des capitaux pour lesquels elle bénéficie même de la meilleure notation (triple A). Des taux d’intérêt plus bas stimulent les investissements et ceux-ci créent de la croissance et de l’emploi. L’État récupère ainsi son investissement initial, et plus encore, sous forme d’impôts, grâce à un effet multiplicateur. La KfW a ainsi calculé qu’une subvention de 1,5 milliard d’euros pour la réduction des taux d’intérêt dans les travaux d’isolation entraîne une augmentation des recettes fiscales de 3 à 4 milliards d’euros.

« Si vous pouvez collecter des fonds et ensuite les investir dans des projets à rendement élevé, foncez et contractez des emprunts », a avancé Paul Krugman, prix Nobel d’économie. Krugman et d’autres, bien que loin d’être des défenseurs du marxisme, défendent, à l’encontre de la politique néolibérale actuelle, l’application de la « règle d’or du financement » pour les finances publiques. Cette règle stipule que les dépenses courantes doivent être financées avec les rentrées courantes pas par des emprunts. Ces rentrées et dépenses sont inclues dans le budget annuel du gouvernement. Selon cette règle, les investissements stratégiques peuvent, eux, bien être financés par des emprunts, pour lesquels remboursement et amortissement sont étalés dans le temps.

C’est ce que nous voulons réaliser avec le Plan pour l’avenir. Les pouvoirs publics peuvent prêter à un taux faible et nous avons urgemment besoin d’investissements stratégiques dans des projets sociaux et écologiques avec un important retour sur investissement pour la société. Les retombées sociales et environnementales de notre plan sont énormes. Au final, chaque euro investi en rapporte presque deux.

Rien n’empêche la création d’une Banque pour l’avenir. Sauf la volonté politique. Même l’Union européenne ne l’empêche pas formellement. La KfW, qui fonctionne de cette manière, a d’ailleurs signé un accord spécifique avec elle.


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