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Les gens n’arrivent plus à payer leurs plein de carburant ou leurs factures d’énergie. Maintenant ce sont les prix des produits alimentaires qui explosent, ainsi que les dépenses liées au logement. Pendant ce temps, un petit nombre de profiteurs de guerre accumulent les surprofits. Les monopoles de l’énergie, de l’agroalimentaire ou des assurances font des bénéfices records. Se loger, se chauffer, manger ou se déplacer n’est pas du luxe, cela fait partie des besoins de première nécessité. Nous revendiquons un blocage et une baisse immédiate des prix des biens de première nécessité, en allant chercher l’argent des profiteurs de guerre. Voici le plan du PTB en 5 points pour assurer un blocage des prix des biens de première nécessité.

1. Ramener le prix du carburant sous 1,4€/l

Le carburant est devenu impayable. Beaucoup de travailleurs et de travailleuses n’ont pas d’alternatives et se retrouvent à devoir bosser pour payer le carburant pour aller travailler, voire préfèrent se mettre en maladie pour ne pas devoir utiliser leur véhicule... Si les ménages sont perdants, il y a deux gagnants : les multinationales du pétrole, dont les bénéfices ont explosé, et l’État, dont les recettes fiscales augmentent fortement. Les géants du secteur ont tous annoncé des profits records en 2021 : 14 milliards pour Total, 18 milliards pour Shell, 21 milliards pour Exxon Mobil. Au niveau de l’État, le service d’études du PTB a calculé que la hausse rapporte 1,1 milliard d’euros à l’État sur base annuelle.

Aujourd’hui, près de la moitié du prix du carburant sont des taxes : des accises et 21 % de TVA qui sont encore payées aussi sur les accises. Sous le dernier gouvernement, les libéraux, le CD&V et la N-VA avaient encore augmenté ces taxes. C’est intenable. C’est pourquoi le PTB défend une baisse des accises de manière à maintenir le litre d’essence 95 et de diesel sous la barre de 1,40 euro/litre TVAC. Ce mécanisme de cliquet inversé doit être appliqué de manière radicale, ce qui veut dire se confronter aux règles européennes en la matière. « Au moment où il a fallu sauver les banques en 2008, les gouvernements ont fait sauter toutes les règles européennes. Idem quand il s’est agit de protéger les entreprises au moment du Covid. Il est temps cette fois de protéger les travailleurs et les travailleuses face à l’urgence de la situation », explique Raoul Hedebouw. Pour financer cette mesure, le gouvernement peut utiliser le surplus de recettes TVA ainsi que faire contribuer les multinationales pétrolières via une cotisation spéciale sur leurs bénéfices.

Après avoir été sourd aux demandes du PTB – et surtout de la population – le gouvernement a été forcé de changer son fusil d’épaule en appliquant enfin un cliquet inversé il y a quelques semaines. Mais ces mesures ont été bien trop faibles. Elles n’ont fait descendre les prix de l’essence et du diesel que de 17 centimes et ces diminutions de prix ont été bien vite rattrapées et effacées par de nouvelles hausses des cours des carburants. Depuis, plus rien ne bouge et le gouvernement continue à accumuler de gigantesques surplus de recettes TVA. Il est temps d’agir.

2. Diviser par deux le prix des factures de gaz et d’électricité

Le PTB propose un plan choc pour bloquer le prix de l’électricité, du gaz et du mazout de chauffage et diviser par deux les factures d’énergie. Il y a urgence. En un an, La facture d’énergie moyenne d’une famille a plus que doublé, passant d’un peu plus de 2 100 à 5 000 euros en moyenne pour les contrats variables.

Nous voulons faire revenir les factures d’énergie à leur niveau de septembre 2021 et assurer une stabilité des prix. Pour cela, nous nous attaquons aux causes premières de ces hausses, la libéralisation du marché de l’énergie européen qui rendent les prix instables et incontrôlables, et à leurs principaux gagnants, les monopoles de l’énergie européens et mondiaux, qui profitent maintenant de la guerre pour encaisser les profits par centaines de milliards.

La libéralisation du secteur de l’énergie a mené en effet à ce que les prix soient dorénavant fixés en grande partie via les mécanismes de marchés au niveau européen. Pour le gaz, une grande partie est livrée via les « marchés spots » où il est vendu non plus sur base de contrats à long-termes avec des prix fixés, mais sur base de contrats à (hyper) court-terme, au jour le jour, avec une grande possibilité de spéculations par toute une série d’acteurs. C’est cela qui explique l’explosion actuelle du prix du gaz, alors qu’il n’y a pas de pénurie pour l’instant sur le marché. Le gaz livré sur base des contrats à long-terme est aujourd’hui 2,5x moins cher que le prix du gaz sur le marché.

Pour l’électricité, le système du coût marginal fait en sorte que le prix est fixé sur les capacités de production les plus coûteuses (actuellement au gaz), et cela permet aux autres producteurs – notamment nucléaires en Belgique – d’engranger d’énormes surprofits sur le dos des ménages qui voient leurs factures exploser.

Nous voulons nous attaquer fondamentalement à ces problèmes. Les mesures belges et européennes – comme la baisse de la TVA à 6 % uniquement en été proposée par le gouvernement belge – sont bien trop tardives et tout à fait insuffisantes pour faire baisser le prix de l’énergie et le stabiliser. On voit qu’il y a aussi la pression d’intérêts, notamment les intérêts américains, qui voient dans la crise énergétique européenne un moyen de s’ouvrir de nouveaux marchés. Résultat, plutôt que de sortir des logiques des bourses de l’énergie qui rendent les prix instables pour les gens, l’Union européenne propose d’importer plus de gaz de schiste américain, très polluant et très cher et qui ne résout rien du point de vue de la dépendance à des sources énergétiques extérieures.

Au contraire, notre plan vise à faire baisser immédiatement les prix des factures d’énergie des travailleurs. Pour cela, nous défendons :

  • la baisse de la TVA sur l’électricité et le gaz ainsi que le mazout à 6 % de façon permanente en Belgique,

  • le retour à des prix de l’énergie stables et fixés à long terme à l’échelle européenne grâce à la fin des mécanismes de marchés

  • l’imposition d’une contribution pour les multinationales de l’énergie qui réalisent d’énormes surprofits depuis le début de la crise

(voir le plan complet développé par notre service d’étude sur ce point)

3. Plafonner le prix du pain et des denrées alimentaires de base

Tous les travailleurs et les travailleuses le constatent, les prix des produits alimentaires augmentent sans cesse dans les magasins. On nous explique que c’est à cause des pénuries liées à la guerre en Ukraine ou de la montée des prix de l’énergie que payent les industriels. En tout cas, ces hausses font de grands gagnants : les monopoles de l’industrie alimentaire qui voient leurs profits exploser.

Pour arrêter ces hausses, nous voulons donc bloquer le prix du pain et des produits de première nécessité : farine, pâtes, riz, semoule et pommes de terre. Ensemble, ces biens concernent 20 % des dépenses alimentaires des ménages, soit 1 000 euros par an. Des mesures comme le prix maximum pour le pain ont déjà été appliquées dans le passé. Il est absolument nécessaire de garantir que ces besoins de base restent accessibles pour toute la population aujourd’hui. Afin d’éviter que ce soit les petits producteurs qui paient le prix, cette mesure doit être financée par une contribution prise sur les surprofits des géants de l’agroalimentaire.

4. Bloquer le prix des assurances et l’indexation des loyers

La montée des prix concerne aussi le logement.

Les deux plus grands assureurs du pays, AG et AXA, annoncent des hausses de plus de 7 % des primes d’assurances habitation en 2022, au nom de la montée des prix des matériaux de construction et des coûts des catastrophes naturelles. Pourtant, le secteur a fait d’énormes profits au cours des dernières années et ce sont les pouvoirs publics et les victimes qui ont payé la majorité des dégâts liés aux inondations de 2021. Les monopoles privés de l’assurance sortent donc toujours gagnants : ils augmentent constamment les primes payées par les gens au nom de la hausse des risques et des prix des travaux et font peser sur la collectivité le coût des catastrophes.

De leur côté, les locataires risquent de connaître des hausses de leurs loyers de plus de 7 % en 2022 suite à l’indexation, soit en moyenne plus de 600 euros par an. Ils devront donc payer plus cher pour habiter au même endroit.

Nous refusons ces hausses. Nous voulons bloquer les primes d’assurance à leur niveau de 2021, en faisant payer les monopoles du secteur. Nous plafonnons aussi l’indexation des loyers et du précompte immobilier à 2 % maximum en 2022 car l’État et les grands propriétaires n’ont pas à s’enrichir en pleine crise.

5. Faire payer les profiteurs de guerre 

Les hausses des prix font de grands gagnants du côté des monopoles privés. Ce sont ces profiteurs de guerre qui doivent payer la facture et pas la classe travailleuse.

Ce sont d’abord les monopoles de l’énergie. Engie, BP, TotalEnergie, Shell annoncent des bénéfices records suite à la montée des prix du gaz, du pétrole et de l’électricité. Les géants européens de l’énergie devraient voir leurs profits gonfler de plus de 200 milliards en 2022 selon les chiffres officiels de l’agence internationale de l’énergie. Cela veut dire qu’en moyenne chaque famille européenne paiera 1 000 euros en 2022 pour alimenter ces surprofits.

Du côté des géants de l’agroalimentaire aussi, on se frotte les mains. InBev (14 milliards de profits en 2021), Mondelez, Ferrero, Tereos, Cargill annoncent tous des profits exceptionnels à la suite de la hausse des prix des denrées alimentaires. Ces géants sont tous actifs, voire basés en Belgique. Plusieurs de ces entreprises bénéficient de situation de quasi-monopole, elles contrôlent la majorité du marché et peuvent donc fixer et augmenter librement les prix.

Les compagnies d’assurance forment aussi un secteur très rentable. Entre 2012 et 2020, elles ont accumulé près de 17 milliards de bénéfices en Belgique. Même les inondations de 2021 n’ont pas entamé ces bénéfices. Ainsi, les deux leaders du marché, AG Assurance et Axa, ont engrangé respectivement plus de 500 millions et près de 250 millions de profits en 2021. Aujourd’hui, elles justifient les hausses des primes d’assurance habitation payées par les travailleurs par la montée du prix des matériaux de construction. Or, de 2006 à 2021, les primes d’assurance habitation en Belgique ont augmenté de plus de 75 % , tandis que le prix des chantiers ne montaient que de 40 %.

Les politiciens et les va-t-en-guerres qui prônent l’escalade militaire et la confrontation disent que nous devons accepter tous les coûts de la guerre et des sanctions. Mais ce n’est pas eux qui en subissent les conséquences, ce sont les travailleurs. Pendant ce temps, les profiteurs de guerre et les spéculateurs font des affaires en or. Il est urgent de prendre des mesures sociales pour protéger le pouvoir d’achat en bloquant le prix des biens de premières nécessité. Ces mesures doivent faire payer les profiteurs de guerre via une contribution de crise sur leurs bénéfices et les empêcher de continuer à accumuler des milliards, en cassant les politiques libérales qui leur permettent de s’enrichir.