Le mouvement pacifiste se mobilise contre le sommet de l'OTAN à Bruxelles : « La paix ! Pas de nouvelle guerre froide ! »

Foto Solidair, Salim Hellalet

Le lundi 14 juin, le sommet de l'OTAN se réunira dans son nouveau siège à Evere, à Bruxelles, et pour la première fois en présence du nouveau président américain Joe Biden. Celui-ci veut apaiser les relations entre les États-Unis et leurs alliés européens après la désastreuse ère Trump. Il considère essentiel que les relations entre partenaires au sein de l'OTAN soient bonnes pour affronter les questions de la Chine et de la Russie. Dit comme cela, cela peut sembler inquiétant, mais surtout, bien loin de nos préoccupations. Après tout, est-ce que c’est vraiment un problème ? Et pourquoi devrions-nous, en tant que classe travailleuse belge, nous en soucier ?

Le lundi 14 juin, un sommet de l'OTAN se tiendra à Bruxelles, en présence du président américain Joe Biden. Les mouvements pacifistes nationaux et européens ne veulent pas que ce sommet passe inaperçu. Le dimanche 13 juin, ils organiseront une action de protestation à Bruxelles, avec des discours, de la musique, un happening et du théâtre d'action.

Le PTB se joint à l'appel des organisations participantes : « La paix ! Pas de nouvelle guerre froide ! »

Rendez-vous à 13 heures place de l'Albertine (près de la gare centrale) le dimanche 13 juin. Le port d'un masque est obligatoire, tout comme le respect des règles de distanciation d’1,5 mètre. Nous faisons tout notre possible pour que la manifestation se déroule en toute sécurité sur le plan sanitaire.

Lors de ce sommet, les membres de l'OTAN vont continuer à élaborer la stratégie de l'organisation pour l'avenir, que son secrétaire-général, Jens Stoltenberg, a résumé en quelques mots lors d'une réunion préparatoire : « L'ordre international est menacé par des régimes autoritaires tels que la Russie et la Chine. Si nous considérons la Chine comme un ‘rival systémique', les relations avec la Russie n'ont jamais été aussi mauvaises depuis la fin de la guerre froide. » Il appelle donc à plus d'ambition et à un renforcement de l'OTAN. Il a ainsi élaboré une proposition visant à demander aux États membres de contribuer directement à l'OTAN, ce qui signifie y consacrer des troupes et des équipements militaires en plus des investissements indirects déjà consentis. Et cela représente donc encore plus d'argent pour la guerre.

Cette nouvelle stratégie de l'OTAN est déjà visible sur le terrain. Depuis deux ans, les plus grandes manœuvres militaires de l'OTAN depuis 1983 (Defender Europe) se déroulent aux frontières avec la Russie. Le mois dernier, pour la première fois dans l'histoire, des navires et des troupes de la marine française ont participé à une opération américaine en mer de Chine méridionale. On voit donc que le bras de fer militaire dans cette région est bien engagé. Imaginons la situation inverse : des navires chinois navigant au large des côtes de la mer du Nord. On se doute du tollé international que cela provoquerait.

Le budget militaire augmente à la demande de l'OTAN

Joe Biden a récemment annoncé sa proposition de budget : il demande 715 milliards de dollars pour la Défense, soit 1,6 % de plus que les 704 milliards de dollars engagés sous Trump. Il justifie cette augmentation des dépenses militaires par la nécessité de contrer « la menace que représente la Chine ».

Ce que les États-Unis décident pour leur propre pays, ils l'imposent aussi à leurs alliés occidentaux. Ils imposent donc cette doctrine au sein de l'OTAN, l'alliance militaire entre les États-Unis et leurs alliés transatlantiques. L'OTAN est le bras armé de la politique américaine agressive visant à maintenir la domination occidentale sur le monde. C'est donc aujourd'hui un outil essentiel dans la nouvelle guerre froide qui oppose les États-Unis à la Chine et la Russie.

À la demande de l'OTAN, la Belgique doit également consacrer 2 % de son PIB à la défense. La Belgique a manifestement voulu être le meilleur élève de la classe, car les dépenses militaires de notre pays ont augmenté, au cours de l'année 2020, année du coronavirus, de pas moins de 11,1 % pour atteindre quelque 4,75 milliards d'euros. Et on nous dit pourtant qu'il n'y a pas d'argent pour des pensions justes, un plan climatique ambitieux ou des soins de santé publics bien pensés…

Avant cela, le gouvernement Michel avait consacré 9,2 milliards aux investissements militaires, notamment pour acquérir 34 avions de combat F35 hors de prix, on s'en souvient. Si les contribuables belges et leurs (petits-)enfants ont désormais un contrat d'un milliard de dollars sur les bras, c'est la conséquence directe de notre loyauté envers l'OTAN. Et à quoi servent ces F35, à votre avis ? Les experts militaires s'accordent pour dire que cet avion n'est pas adapté pour effectuer des opérations de combat « classiques », mais uniquement des « combats de haut niveau » contre des cibles en Russie et en Chine. Le contrat pour les F35 représente donc bien plus qu'un simple trou dans notre budget, il augmente pour nous le risque d'être entraînés dans la politique guerrière des États-Unis.

L'agression unilatérale des États-Unis envers la Chine

Dans une récente interview, Henry Kissinger, ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis sous Nixon, a mis en garde contre le danger « colossal » que pourrait représenter une guerre froide entre les deux plus grandes puissances mondiales que sont la Chine et les États-Unis. Ces dernières années, nous avons vu s'intensifier l'agressivité américaine à l'égard de la Chine, via une combinaison de guerre économique, juridique et militaire et une bataille pour l'information. Cette attitude envers la Chine n'est pas un phénomène récent. C'est une stratégie qui a pris de l'ampleur sous le président Obama. La politique de sécurité nationale de Washington considère en effet la Chine, émergente sur le plan économique et technologique, comme la cible « à garder sous contrôle » en priorité.

Pourquoi ? Les États-Unis s'accrochent à tout prix à un ordre mondial unipolaire, dominé par une seule et unique puissance mondiale : les États-Unis. L'actuel président américain Joe Biden ne déroge pas à la règle : lors de sa première conférence de presse officielle, le 25 mars, il s'est engagé à ne pas laisser la Chine prendre la place des États-Unis en tant que leader mondial. « La Chine a un objectif global (...) de devenir le premier pays au monde, le pays le plus riche du monde et le pays le plus puissant du monde, a-t-il déclaré aux journalistes à la Maison Blanche. Cela ne se produira pas sous ma surveillance, car les États-Unis vont continuer à croître et à se développer. »

Il ne s'agit pas d'un conflit d'égal à égal

Ce que Biden et son secrétaire d’État Anthony Blinken veulent faire croire à tout le monde, c'est que la Chine, ainsi que la Russie, sont les agresseurs. Le nouveau péril jaune/rouge, en d'autres termes. Or, la réalité est tout autre. Par exemple, les États-Unis consacrent environ trois fois plus d'argent à la défense que la Chine. Les États-Unis possèdent des installations militaires dans plus de 800 bases à l'étranger, contre une seule pour la Chine. La moitié de ces 800 bases militaires américaines se trouvent aux frontières de la Chine. Il est donc logique que la Chine s'arme, au sens propre comme au sens figuré, pour se protéger.

En effet, le commandement militaire Pacifique américain organise très régulièrement des exercices militaires de grande envergure, y compris des tirs d'essai de missiles. Les États-Unis possèdent près de 20 fois plus d'ogives nucléaires que la Chine, disposent de deux fois plus de navires de guerre en mer et ont plus de 130 000 soldats stationnés dans le Pacifique.

Soyons clairs, c'est la politique d'intimidation agressive des États-Unis qui représente le pire danger pour l'humanité. Mais, pour nous, que représente concrètement ce danger ?

Cette guerre froide est plus dangereuse que la précédente

L'horloge de la Fin du monde, une horloge conceptuelle qui nous donne une idée de l'écart qui sépare l'humanité d'une catastrophe nucléaire majeure, affiche aujourd'hui 100 secondes avant minuit. Même aux heures les plus graves de la guerre froide entre l'Occident capitaliste et le bloc soviétique de l'époque, ce signal d'alarme (établi par le Bulletin of Atomic Scientists, l'organe scientifique de référence en la matière) n'a jamais été aussi inquiétant. Comment cela se fait-il ?

Si l'ensemble de l'arsenal nucléaire détenu par tous les pays nucléarisés était collectivement assez puissant pour anéantir la totalité du globe au cours de la première guerre froide, aujourd'hui, le nucléaire s'est considérablement renforcé en termes de force de frappe et de technologie nucléaire. Avec leur nouvelle doctrine nucléaire, les États-Unis misent sur des bombes nucléaires plus directement déployables. L'idée que les armes nucléaires ne servent qu'à dissuader n'est donc plus valable, ce qui fait que le danger d'un conflit nucléaire augmente.

Si les manœuvres d'intimidation étasuniennes, comme les sanctions économiques unilatérales, les contrats d'armement avec Taïwan (province sécessionniste de la Chine) ou encore la militarisation de la mer de Chine méridionale, continuent de s'intensifier, ce conflit froid pourrait dégénérer en confrontation ouverte.

Ce n'est pas notre guerre

L'OTAN n'est pas là pour nous protéger. Au contraire, elle ne cherche qu'à intensifier une militarisation coûteuse, à développer le nucléaire et à mener une nouvelle politique de confrontation avec la Chine et la Russie. Le PTB appelle à nous opposer à cela. Nous ne voulons pas que la Belgique soit entraînée dans cette logique belliciste. Ce n'est pas notre guerre. Cette politique de confrontation ne sert pas nos intérêts, mais bien ceux des multinationales occidentales et des gouvernements qui les soutiennent. C'est leur guerre, mais ce sont nos vies qui sont menacées. Opposons-nous à cela et optons résolument pour la paix et la coopération internationale.

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