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L’accord de vente par BPost à BNP Paribas Fortis de sa participation de 50 % dans BPost Bank est le premier cas de privatisation sous le gouvernement Vivaldi. Outre les critiques fondamentales que l’on peut exprimer à l’égard d’une telle privatisation, il y a lieu également de s’interroger sur les conditions financières de ce qui apparaît comme une vente à perte, débouchant sur une moins-value de 141,6 millions d’euros.

« Céder un réseau bancaire (partiellement) public, plus que centenaire, à l’établissement dérivé de Fortis, dont on se souvient de l’énorme débâcle lors de la crise financière de 2008, il fallait oser », réagit le député fédéral PTB Marco Van Hees. C’est pourtant ce qui a été fait sous le gouvernement Vivaldi. Celui-ci n’était pas à la manœuvre, mais il a laissé faire BPost, alors que l’État en est pourtant l’actionnaire majoritaire, avec 51 % du capital.

« Mais ce qui pose également question, c’est le prix de vente de BPost Bank, poursuit le député de gauche : 100 millions d’euros pour 50 % d’un réseau comptant 10 milliards d'euros d'actifs et plus d’1,1 million de clients. Cela semble, a priori, un montant fort faible. »

En outre, BPost et BNP Paribas Fortis ont convenu que ce prix de vente correspondait à la valeur nette de l’actif cédé. Cela signifie que BPost accepte le principe de céder sa participation sans réaliser de plus-value. « On imagine difficilement assister à une telle offrande gratuite dans le cadre d’une négociation entre deux sociétés privées 'normales' », soulève Marco Van Hees.

Le trouble augmente encore lorsque, à la faveur de la publication des comptes 2020 de BPost, on constate que celle-ci acte en 2020 une réévaluation d’actifs négative de 141,6 millions d’euros. En effet, le rapport annuel 2020 de BPost fournit ces précisions : 
« Les actifs détenus en vue de la vente sont évalués au montant le plus bas entre leur valeur nette comptable et la juste valeur diminuée des coûts de vente. La meilleure estimation par bpost de la juste valeur diminuée des coûts de vente est le montant que bpost recevra de la BNPPF pour 50 % des actions de bpost banque s'élèvera à 100,0 millions EUR. Par conséquent, une réduction de valeur de 141,6 millions EUR a été comptabilisée. » (p. 87)

« Donc, non seulement BPost n’actera aucune plus-value lors de la vente en 2021, poursuit le député fédéral PTB, mais elle a déjà acté une réduction de valeur de 141,6 millions d’euros en 2020. Au final, il s’agit donc d’une privatisation débouchant sur une moins-value plus importante que le montant même de la vente. Quelle entreprise privée ferait une telle opération ? On semble appliquer ici le vieux principe de la privatisation des profits et de la socialisation des pertes. »

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