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La gratuité des transports en commun est non seulement nécessaire, mais aussi possible. Voici pourquoi

Pour le PTB, les deux plus grandes villes wallonnes, Charleroi et Liège, doivent jouer un rôle moteur pour rendre les transports en commun gratuits. Une ambition qui aide à répondre aux urgences de santé publique, de mobilité, écologique et sociale. Les partis traditionnels prétendent que c’est « irréaliste », mais qu’en est-il ?

Mercredi 24 octobre 2018

Le coût de l’inaction

Les partis traditionnels s’agitent et crient à l’impossible « coût » de la gratuité. Mais peu de ces partis soulignent le coût actuel de l’inaction. Combien coûtent aujourd’hui les embouteillages? Du temps perdu, du stress, des retards. Combien coûtent les problèmes respiratoires liés à la pollution ? Comment calcule-t-on le coût qu’a le fait de garantir un air sain pour nos enfants ? L’impact sur la santé, en plus du coût pour les soins ? Combien coûte l’isolement social de ceux qui ont peu de moyens?

La gratuité, c'est une ville qui bouge et revit

Bref, combien coûte l’absence de mesures radicales en matière de mobilité et d’environnement ? Greenpeace a encore montré récemment combien l’air dans nos agglomérations était mauvais à cause de la pollution automobile.

Ça roule !

« La notion de gratuit crée un choc psychologique et frappe les esprits », explique Patrice Vergriete, le nouveau maire de la ville française de Dunkerque, qui a lancé sa ville dans la gratuité des transports publics. Un choc pour provoquer un changement radical dans les habitude mobilité. Et ça marche !

À Dunkerque - mais avant ça à Châteauroux ou à Aubagne -, la gratuité a transformé le bus en espace public, ouvert à tout le monde, incitant tout un chacun de l’utiliser le plus facilement possible. Elle a entraîné une explosion de la fréquentation des transports publics et une baisse du trafic automobile. Elle a sorti des familles ou des personnes âgées de l’isolement.

À Dunkerque et Aubagne, on a aussi constaté une diminution radicale des incivilités dans les bus. Il y a une sorte de contrôle social positif : plus il y a de monde sur le réseau, plus les incivilités sont difficiles à commettre. Les centres-villes sont aussi dynamisés. La gratuité, c'est une ville qui bouge et revit.

Et, pour ne rien gâcher, la gratuité facilite la vie des chauffeurs qui peuvent se concentrer sur leur métier de base - à savoir conduire un bus - et être débarrassés de tous les tracas liés au contrôle et à la vente de tickets.

Il s’agit avant tout de choisir de sortir de la politique « bling-bling » et faire de nos agglomérations des centres d'innovations sociales et écologiques

Pour toutes ces raisons, le PTB propose que les deux grandes villes de Wallonie entrent au plus vite en négociation avec l’OTW (l’Office de transport de Wallonie, l’organisme qui gère les TEC au niveau régional) et leurs communes voisines pour instaurer progressivement la gratuité dans les deux grandes agglomérations wallonnes. Il s’agit de travailler ensemble à un plan de mobilité pour l’ensemble de chaque agglomération, avec les transports en commun comme colonne vertébrale.

Comment payer ? L'exemple de Dunkerque

Le projet de Dunkerque est ambitieux : 17 lignes de bus circulant dans toute l'agglomération (200 000 habitants) ; cinq lignes desservies toutes les 10 minutes ; 80 % de la population à moins de 300 mètres d'un arrêt et à moins de 20 minutes de la gare de Dunkerque ; une plage horaire élargie de 5h30 à 22h30 ; des bus équipés de prises pour recharger les téléphones portables et du WIFI...

Comment ont-ils fait ? Tout d'abord, ils sont partis des besoins des habitants et sortis de la politique du « bling-bling ». La ville a abandonné le projet pharaonique d'une salle de sports et de spectacles de 10 000 places. Il aurait coûté pas moins de 180 millions d'euros. La nouvelle équipe a jugé le projet complètement inutile. Cette économie lui a permis d'investir 65 millions dans le développement et la modernisation du réseau. Pour le fonctionnement journalier du réseau, la communauté urbaine de Dunkerque s'appuie sur une « taxe du versement transport » payée par les entreprises.

Est-il possible d'appliquer le modèle de Dunkerque à nos agglomérations belges ? Bien entendu, chaque pays a ses spécificités, mais, globalement le modèle dunkerquois est tout à fait exportable.

Tout d'abord, il s’agit donc de choisir de sortir de la politique « bling-bling » et faire de nos agglomérations des centres d'innovations sociales et écologiques. Au lieu d'aller gratter partout des fonds pour des projets de prestiges inutiles (comme le projet de marina à Charleroi), il s’agit de concentrer les efforts pour aller chercher des moyens de financer des projets sociaux et environnementaux, parmi lesquels le développement des transports publics. Et, comme à Dunkerque, développer tant la quantité que la qualité de l'offre.

Ensuite, il faut établir un plan en étapes. La gratuité à Dunkerque a d’abord été expérimentée le week-end, préparant le terrain à la gratuité totale. À Liège et Charleroi, on pourrait procéder également de la sorte.

Les deux agglomérations pourraient jouer ensemble un rôle moteur et tirer le débat à l'échelle régionale et arracher un soutien régional au financement de la gratuité

Finalement, il faut responsabiliser les entreprises, comme en France. Le PTB propose de prélever une nouvelle imposition sur les entreprises, sur le modèle français de la taxe du Versement Transport (VT). Les employeurs des secteurs public et privé qui emploient au moins 11 salariés sont en effet assujettis à cette contribution en France, selon le nombre d’habitants vivant dans l’autorité organisatrice de la mobilité.

Cette taxe n’aurait rien de révolutionnaire : de nombreuses sociétés, surtout publiques, contribuent déjà au coût des transports en commun en remboursant à leurs employés leur abonnement TEC. Il s’agirait donc d’un glissement fiscal plus efficace et surtout plus juste puisque la mission des TEC participe au déplacement des employés vers leur société. Cette mesure permettrait également de générer des effets retours en termes d'entretien des voiries. La voirie sera moins usée si elle est moins chargée en voiture. Ce ne seront donc en aucun cas les ménages qui devront payer la gratuité.

En outre, les sommes à dégager ne sont pas démesurées non plus. On parle d’environ 8 millions d’euros pour Liège ou Charleroi. Plus, évidemment, si on prend une agglomération plus large. Les deux agglomérations pourraient jouer ensemble un rôle moteur et tirer le débat à l'échelle régionale et arracher un soutien régional au financement de la gratuité.

L'OTW (l'organisme qui gère les TEC) a estimé que la gratuité généralisée des bus wallons coûterait 59 millions d’euros par an (La Libre, 18 octobre 2018), soit 0,4 % des dépenses du budget de la Région wallonne. Un montant très raisonnable au regard des bénéfices générés en matière de santé, d'écologie, de mobilité et de justice sociale.

Sortir des préjugés, des dogmes et des contre-vérités pour oser innover socialement et écologiquement

« J'en ai entendu des florilèges de préjugés, de dogmes et de contre-vérités », a déclaré le maire de Dunkerque lors de la première rencontres des villes du transport gratuit (elles sont une trentaine rien qu’en France), organisées les 3 et 4 septembre dernier dans sa ville. Il a appelé à « élever le débat ». C'est l'appel que lance aussi aujourd'hui le PTB aux partis traditionnels. Il faut élever le débat et sortir des dogmes du marché, des contre-vérités sur la gratuité et des préjugés sur les idées radicales, celles qui prennent les problèmes à la racine. Nous en avons justement besoin, pour oser innover socialement et écologiquement. Qu’est-ce qu’on attend ?