La campagne de vaccination contre la grippe est chaotique. De quoi s’inquiéter pour la vaccination contre le Covid ?

Les membres du personnel et des patients de Médecine pour le Peuple dénoncent la gestion du vaccin contre la grippe avec une animation ludique. (Photo PTB)

Médecine pour le Peuple et le PTB organisent une action pour dénoncer la prise en main chaotique par le gouvernement de la campagne de vaccination contre la grippe. Sofie Merckx, médecin à Médecine pour le Peuple et députée PTB, met en garde et propose des solutions. Elle veut aussi que les leçons soient tirée en vue de la campagne de vaccination à venir contre le coronavirus.

Des patients qui font la file devant une pharmacie et feront tourner une roue de la fortune qui décidera s’ils auront ou non accès au vaccin contre la grippe. Avec cette mise en scène ludique, le PTB et Médecine pour le Peuple ont dénoncé ce mardi 8 décembre la situation dans laquelle de nombreux patients se trouvent réellement.

« Le gouvernement n'a aucun contrôle sur les vaccins antigrippaux commandés, s’inquiète Sofie Merckx, médecin à Médecine pour le Peuple et députée fédérale du PTB. Le gouvernement fédéral a commandé 2,9 millions de vaccins contre la grippe cette année, alors qu'on compte 4 millions de patients à risque. La pénurie de vaccins contre la grippe est une source d’anxiété pour les patients et de grande frustration pour les médecins et pharmaciens, qui sont déjà surchargés de travail. De nombreux patients à risque pourraient bien ne pas recevoir leur vaccin antigrippal, pourtant indispensable. Le gouvernement n'est pas intervenu assez rapidement ni assez fermement ; nous lui demandons de le faire dès maintenant. Espérons que cela ne soit pas un signe avant-coureur de la gestion de la campagne de vaccination à venir contre le coronavirus. »

Dans les maisons médicales de Médecine pour le peuple, les soignants sont directement confrontés à ce parcours du combattant de la vaccination contre la grippe. Sofie Merckx, elle-même médecin généraliste, dénonce l'incapacité du gouvernement à rationaliser la vaccination. Pendant l'été, les médecins généralistes ont reçu la directive du gouvernement de vacciner non seulement les groupes à risque, mais aussi les personnes en bonne santé de plus de 50 ans. Malgré les montagnes d'autres tâches, les médecins généralistes se sont alors mis à rédiger des centaines d'ordonnances. Les médecins et le personnel se sont efforcés d'établir des calendriers de vaccination, d'envoyer des prescriptions avec des explications aux patients, et de mettre en place des points de vaccination sécurisés par rapport au coronavirus.

À leur grande surprise, début octobre, les médecins généralistes ont appris par la presse que les personnes de plus de cinquante ans pouvaient se rendre à la pharmacie sans ordonnance pour chercher leur vaccin. Le but de cette décision était de réduire autant que possible la charge administrative pour les médecins généralistes, mais cet objectif n'a pas du tout été atteint. « Cela a causé beaucoup de confusion et, après quelques jours, il s'est avéré qu'il y avait une pénurie de vaccins pour les groupes à risque, explique Sofie Merckx. Les pénuries nous ont obligés à revoir complètement nos programmes de vaccination. Nous avons reçu beaucoup d’appels téléphoniques de patients inquiets. En fin de compte, la campagne de vaccination a avancé au pas d'Echternach : trois pas en avant, deux pas en arrière. Beaucoup de patients qui devraient se faire vacciner chaque année n'ont toujours pas reçu leur vaccin. »

La négligence du gouvernement met en danger la santé des patients

Selon Sofie Merckx, il y a un monde de différence entre la réalité sur le terrain, d’une part, et les déclarations apaisantes du gouvernement et de l'Agence des Médicaments (AFMPS), d’autre part. Les 2,9 millions de vaccins antigrippaux commandés par notre pays cette année représentent seulement 10 % de plus que l'année dernière. Un pays comme la France a commandé 30 % de vaccins supplémentaires.

En outre, nombre de personnes appartenant à des groupes à risque s’élève à environ 4 millions, selon les chiffres du Conseil supérieur de la santé de cette année, et, tous les ans, des personnes en bonne santé se font également vacciner, parfois par l'intermédiaire de leur employeur.

Les directives du gouvernement sont censées permettre d'éviter que la saison de la grippe ne coïncide avec un pic d'infections au coronavirus, ce qui serait une terrible combinaison, tant pour la santé des patients qu’en termes de pression sur les médecins généralistes et les hôpitaux. « Cependant, le gouvernement ne parvient pas à contrôler la chaîne de distribution et à organiser la vaccination, même si chaque vaccin contre la grippe compte, surtout cette année. » Le plan prévu initialement, qui visait à vacciner les groupes à risque jusqu'au 15 novembre, puis la population saine qui le souhaitait, a dû être complètement revu et, en fin de compte, même les patients du groupe à risque le plus élevé ne pourront pas tous être vaccinés.

Par ailleurs, avant le 15 novembre, les entreprises n'étaient autorisées à vacciner que les patients des groupes à risque. Cependant, il s'est avéré que de nombreuses entreprises ont acheté des vaccins antigrippaux pour vacciner tous leurs salariés. Par la suite, des stocks ont été transférés des entreprises aux pharmacies, mais nous ne savons pas avec précision si la liste des priorités a été respectée partout. Le gouvernement n'est pas en mesure de contrôler la chaîne de distribution, et il n'existe pas de système uniforme d'enregistrement des vaccinations effectuées.

« La négligence du gouvernement met en danger la santé de nos patients. Malgré tout le travail réalisé par les médecins généralistes et les pharmaciens, des patients risquent malgré tout d’être laissés sur le carreau », pointe Sofie Merckx.

Priorité absolue aux patients à risque

Sofie Merckx souhaite que le gouvernement prenne les choses en main dès maintenant et à l'avenir. « Dans l’immédiat, le gouvernement doit mettre la main sur les vaccins antigrippaux restants et les fournir en priorité aux groupes à risque », estime Sofie Merckx. À cette fin, le gouvernement peut réclamer les stocks achetés par les entreprises.

À terme, Sofie Merckx propose d'étendre Vaccinnet, le système d'enregistrement électronique, à toutes les entités fédérées et pour tous les vaccins. « Pour mener une politique ferme et efficace, nous avons besoin d'un système d'enregistrement central unique, qui permette au gouvernement de contrôler exactement qui a reçu un vaccin et qui n'en a pas reçu. Un tel système de suivi centralisé est le plus efficace. La saga de la vaccination contre la grippe montre que nous avons besoin d'une stratégie nationale, avec une planification efficace et une définition claire et progressive des groupes prioritaires. C’est d'autant plus important dans la perspective de la vaccination à venir contre le coronavirus. Il faut tirer des leçons de cette incurie qui a causé beaucoup de frustration en première ligne et auprès de nombreux patients », conclut Sofie Merckx.

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