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Les emplois de 3 000 travailleurs de Brussels Airlines sont sauvés. Du moins, temporairement. grâce à un emprunt public de 290 millions d'euros. L'avenir de l'entreprise reste cependant incertain. À long terme, ramener la compagnie aérienne dans le giron public est le seul moyen de garantir un avenir social et durable au secteur de l’aviation.

Un accord bancal

En quoi consiste exactement l'accord entre le gouvernement belge et la société privée allemande Lufthansa ? La Belgique a octroyé à Brussels Airlines un prêt de 290 millions d'euros d'argent public, que la Lufthansa s’est engagée à rembourser à l’horizon 2026. C'est beaucoup d'argent. Surtout quand on sait que le gouvernement belge a vendu Brussels Airlines à la Lufthansa il y a quelques années à peine, pour seulement 70 millions d'euros.

Alors que la crise du coronavirus est loin d'être finie, l'avenir reste extrêmement précaire. Les coûts fixes de Brussels Airlines, tels que les contrats d’achat de kérosène et les remboursements de la flotte, sont des contrats très rigides, ce qui signifie que les 290 millions seront probablement épuisés d’ici la fin de cette année. Les riches actionnaires de la Lufthansa frapperont-ils à nouveau à la porte du contribuable belge au début de l'année prochaine pour réclamer davantage d'argent ?

Ryanairisation

Cette décision coûte très cher au personnel. C’est le couteau sous la gorge que les syndicats ont approuvé l’accord social conclu, qui prévoit le licenciement de milliers de travailleurs. Les 3 000 travailleurs restants ont dû accepter une baisse de salaire conséquente et une nette détérioration de leurs conditions de travail. « Nous nous dirigeons vers un modèle à la Ryanair », avertit un travailleur.

Le transport du personnel vers et depuis l'avion n'est plus pris en charge par Brussels Airlines. Par conséquent, ce transport dure plus longtemps, ce qui entraîne un allongement des horaires de travail, pour un salaire inchangé. Le personnel navigant perd également 60 % des escales de nuit, au cours desquelles il pouvait généralement prendre un peu de repos.

Alors que Brussels Airlines était autrefois connue pour la qualité de ses horaires de travail et de ses périodes de repos, à l'avenir, elle s’en tiendra aux conditions minimales européennes. « Cela va avoir une influence sur la sécurité en vol : c'est un pas en arrière, tant pour les passagers que pour le personnel navigant », conclut un pilote.

La socialisation est la seule solution

La situation de TAP Air Portugal ressemble fort à celle de Brussels Airlines. TAP est la compagnie aérienne nationale portugaise. Comme Brussels Airlines, elle fait partie de Star Alliance, un groupe composé de différentes compagnies aériennes. Pourtant, la solution choisie par le Portugal pour faire face aux difficultés a été toute autre.

Lors des négociations, la direction de TAP a refusé la demande du gouvernement portugais de fournir des garanties solides pour un avenir durable. Sous la pression des syndicats et du personnel, le gouvernement portugais a donc pris le contrôle de l’entreprise, dont il détient désormais 72 % des actions, ce qui lui permet de décider de la manière de développer l'entreprise. Le PDG qui a refusé cette solution a été licencié.

Le Portugal n'est pas le seul pays à avoir opté pour la nationalisation. En Finlande, en Turquie et en Italie également, l'État joue un rôle important dans l'avenir des compagnies aériennes. Ce qui est possible là-bas doit également l’être chez nous. Ramener Brussels Airlines dans le giron public est le seul moyen de garantir un avenir social et durable au secteur aérien.


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