Leen Vermeulen, médecin généraliste à MPLP Vilvorde, appelle un de ses patients dans le cadre du suivi de contacts. (Photo : MPLP)

Une deuxième vague se rapproche dangereusement. Nous avons désormais besoin d'une approche complètement différente en matière de prévention et de contrôle des infections. Actuellement, le traçage des contacts est organisé via des call centers commerciaux. C’est inefficace, et même contre-productif. En effet, les gens n'ont pas confiance. Ces dernières semaines, Médecine pour le Peuple (MPLP) a mis en place un autre modèle, basé sur un ancrage local. Ce système peut être appliqué à plus grande échelle, à condition d’avoir une unité de commandement et des décisions rapides. Il n’y a plus de temps à perdre.

L’épidémie nous surprend à nouveau. Encore un fois, les soignants doivent avancer à l’aveugle. Où se trouvent ces infections exactement ? D'où viennent-elles ? Et comment pouvons-nous les contenir ? Malgré les avertissements de l'OMS sur l'importance du suivi des contacts, après quatre mois, nous avons très peu avancé. Lors de la première vague, nos ministres pouvait encore prétexter la surprise. Mais, lors d’une deuxième vague, il n’y a plus de place pour les excuses : c’est de la mauvaise gestion.

Entretemps, à Médecine pour le Peuple, nous avons développé un autre modèle, basé sur des avis scientifiques. En avril, nous avons réalisé un projet pilote. Notre expérience a fait l’objet d’un article dans la revue scientifique « Tijdschrift voor Geneeskunde » (un magazine fondé par les facultés de médecine néerlandophones). Déjà à ce moment-là, il s’est avéré que le contact personnalisé était important. En outre, il est apparu clairement que le suivi des contacts est une activité intense et chronophage. Sur base de cette première expérience, nous avons formé une douzaine de bénévoles prêts à faire du suivi des contacts auprès de nos patients. Nous avons établi des protocoles pour plusieurs de nos maisons médicales.

Après un mois de juin sans aucun cas positif, il y a une semaine, deux patients ont été testés positifs dans nos cabinets d'Anvers. Grâce à notre propre suivi de contacts, nous avons pu cartographier différents groupes. Dans la semaine, douze autres cas positifs ont été détectés et mis en quarantaine. De cette manière, nous avons évité que le virus se propage davantage. Cette approche a été saluée par le Dr. Wouter Arrazola de Oñate, le spécialiste flamand du suivi de contacts pour la tuberculose.

Le contraste avec l'approche hésitante de nos ministres est flagrant. Le suivi de contacts de MPLP est plus rapide, plus approfondi et plus efficace. Pourquoi ? Lorsque nos « traceurs » appellent un patient infecté, cela prend au moins une heure la première fois. Au total, on investit facilement trois à quatre heures pour suivre le patient. Du côté des autorités publiques, le premier appel ne dure que 15 minutes. C’est trop peu. Nos « traceurs » expliquent l'importance de surveiller l'infection, donnent des conseils, répondent aux questions et vérifient quelles personnes de l’entourage direct du patient infecté devrait bénéficier d’un test. Les patients reçoivent du soutien plutôt que du contrôle. En cas de problème, ils peuvent rapidement consulter leur médecin.

Grâce à la relation de confiance entre nos médecins et nos patients, nous pouvons facilement retrouver leurs contacts. Les patients ont toujours la même personne en ligne et peuvent la recontacter s'ils ont des questions supplémentaires. On ne retrouve pas du tout cette approche personnalisée dans les call centers commerciaux. En effet, les patients donnent peu d'informations aux agents, et ils ne peuvent pas rappeler s’ils ont des interrogations.

Après des années d’austérité, les Belges ne font plus confiance au gouvernement. Ils sont donc moins enclins à raconter leur histoire. Mais à qui font-ils encore confiance, alors ? Aux infirmières et aux médecins, justement. C’est ce qui fait toute la différence. Seul un modèle basé sur la coopération, avec les prestataires de soins de première ligne, peut créer un climat de confiance pour établir la liste des contacts personnels indispensables. En avril déjà, les experts du GEES (le groupe d’experts chargé de la stratégie de déconfinement) l’affirmaient : « Les agents de santé communautaires (community health workers) sont essentiels. » Mais nos ministres n’ont pas fait grand cas de cet avis. Ils ont opté pour des centres d'appel privés, en donnant la priorité au profit des actionnaires plutôt qu’à la qualité du suivi.

L’approche choisie par nos autorités est un échec. Chaque jour, c’est un peu plus évident : il faut changer de cap, rapidement. La pression sur le terrain est palpable. La province d'Anvers l’a compris. Elle souhaite mettre en place le même modèle de suivi de contacts en première ligne. Mais nous devons aussi intervenir au niveau national. Nous demandons que les traceurs du gouvernement soient immédiatement détachés en première ligne. Fini de se tourner les pouces dans les call centers. Les médecins généralistes, qui ont énormément de travail, pourront ainsi être soutenus.

Aux Pays-Bas, par exemple, tout le travail de suivi part du service de santé communal. En suivant cet exemple, nous pourrions mettre en place des équipes de prévention contre le covid-19 via les différents réseaux locaux. Dans les postes de garde de médecine générale, par exemple. Ces réseaux devront être renforcés avec du personnel qualifiés en matière d’épidémies, logistique et administratif. Dans une zone d'environ 100 000 habitants, trois à cinq équipes covid-19 peuvent alors être déployées et réparties dans différents quartiers. Pour ce faire, on peut faire appel aux traceurs du gouvernement, aux étudiants en santé et à des bénévoles.

Impliquons aussi les médecins scolaires, les médecins du travail, les partenaires du secteur bien-être et les mutuelles locales. Ainsi, nous pourrons réagir rapidement et à proximité des gens pour contrer la propagation du virus. De telles équipes de prévention locales donnent un visage humain à la lutte contre l’épidémie, autant pour les patients que pour les prestataires de soins locaux. Les soins curatif et la prévention doivent aller de pair, et cela ne peut se faire qu'avec une communication fluide et de proximité. C’est la seule manière de mettre en place dès le départ une prévention plus forte. C’est aussi la bonne manière de continuer à travailler à la promotion de la santé, même après la crise.

Enfin, arrêtons les tergiversations entre les différents niveaux de pouvoir. Il faut une unité de commandement et une prise de décisions rapide et efficace. En effet, les call centers dépendent des Régions, mais les laboratoires du Fédéral. Les zones de première ligne sont sous autorité régionale, mais les bases de données sont fédérales. Cela n’aide pas. Le morcellement des compétences en soins de santé est un obstacle à une réaction rapide à l'épidémie. En pleine avancée de la deuxième vague, la réponse des différents gouvernements reste insuffisante et pas assez coordonnée. De plus, nos politiques pointent du doigt la population mais ne remédient pas aux politiques défaillantes mise en place jusqu’ici. En mars, déjà, nous avions proposé de nommer un(e) commissaire fédéral(e) au Covid-19. Un(e) expert(e) au dessus de la mêlée qui pourrait enclencher des réponses rapides en fonction de la situation sanitaire. De cette manière, nous pourrions enfin cesser d’être pris de court, et empêcher un reconfinement généralisé.

Sofie Merckx, médecin généraliste à Médecine pour le Peuple et députée du PTB.


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