Piquet de grève à Volvo Gand lors de la grève générale du 13 février 2019 pour plus de pouvoir d'achat (Photo : Dieter Boone).

La plus grande centrale syndicale de la FGTB, la Centrale Générale, l’a récemment annoncé : elle rejette à une large majorité le projet d’accord interprofessionnel (AIP). Il est « une véritable gifle pour tous ceux qui ne s’en sortent plus » avec des augmentations salariales rikiki. Dans d’autres centrales syndicales, le débat est en cours.

L’AIP, c’est l’accord entre patrons et syndicats négocié en février dernier qui fixe les augmentations de salaire et conditions de travail pour les deux prochaines années. Un projet d’accord est actuellement discuté dans les centrales syndicales. Mais un nombre important de syndicalistes rejette le projet d’accord. Les résultats de tous ces débats devraient être connus définitivement le 26 mars prochain.

Des miettes

Le projet d’accord prévoit que les travailleurs du pays pourront avoir un maximum de 1,1% d’augmentation de salaire pour les deux prochaines années. « Des miettes, dénonce Christiane, déléguée syndicale dans l’IT. Quand on sait que les profits des entreprises ont explosé … » Ce sont effectivement des miettes quand on voit que la part des salaires dans les richesses produites par les travailleurs n’a cessé de diminuer sous le gouvernement Michel. Une récente étude du PTB montre que les travailleurs ont perdu 9 milliards d’euros avec le saut d’index, le blocage des salaires, les réductions de cotisations sociales … Un montant qui est directement parti faire grossir les profits des grandes entreprises.  Ce sont des miettes comparées aux augmentations salariales obtenues ces derniers mois par les métallos néerlandais ou les travailleurs allemands (jusqu’à plus de trois fois supérieures au maximum prévu dans l’AIP). 

Comment est-on arrivé à des augmentations si faibles ?

Ce qui empêche des augmentations de salaire est une loi, appelée la loi de 1996. « C’est une mauvaise loi. Elle corsète les salaires, elle les enferme dans des limites beaucoup trop strictes », explique Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC.

En cause : une loi qui rend impossibles de véritables augmentations de salaire.

Cette loi contraint en effet les salaires belges à augmenter moins vite que les salaires des travailleurs des pays voisins. Cette loi organise la concurrence salariale avec eux. Il ne pouvait rien ressortir de bon de ce carcan qui a déjà fait beaucoup perdre aux travailleurs.  Mais comment en finir avec cette loi ? « Certainement pas en signant l’AIP », déclare Pierre, syndicaliste dans le métal. « Accepter aujourd’hui le projet d’AIP, c’est enterrer de fait la lutte contre la loi de 1996. Et inversement refuser le projet d’accord permet de faire de la loi de 1996 un vrai enjeu de la campagne électorale ».

Augmentation minimum du salaire minimum

Le projet d’AIP prévoit 10 cents d’augmentation de l’heure pour des travailleurs qui gagnent moins que 10 euros de l’heure. A la fin du mois, cela représente quelques euros en plus. Comme le disent de nombreux travailleurs aux faibles salaires : « ce que nous réclamons ce n’est pas la charité, mais la dignité ».

Les travailleurs ne réclament pas la charité, mais la dignité.

Ce n’est pas pour rien que de nombreuses centrales syndicales réclament un salaire minimum de 14 euros de l’heure. Le minimum pour pouvoir vivre dignement. Une revendication semblable aux combats menés par les syndicats américains pour les 15 dollars de l’heure.  Dire oui à ce projet d’AIP, c’était aussi dire oui à deux ans de « paix sociale » sur le salaire minimum au moment où de plus en plus de travailleurs rentrent en action sur le sujet et en font un point de lutte important. Deux ans pendant lesquelles, il aurait fallu limiter son ambition sociale à 10 cents.

Oui, mais que deviendront les « avancées » en matière de fin de carrière ? 

Certains défendent qu’il y a des avancées en matière de fin de carrière. Ils invoquent par exemple le fait que l’accord permettrait à certains travailleurs (ceux qui ont de longues carrières de 44 ans, qui travaillent à pause ou de nuit …) de continuer à prendre un crédit-temps de fin de carrière à 55 ans. Un point très important pour de nombreux travailleurs du métal ou de la chimie. Par exemple, le fait que les pensionnés - en particulier les femmes - à petite pension n’ayant pas une carrière complète verraient leur allocation augmenter un peu plus fortement que les autres. Le but est de compenser partiellement les dégâts faits par le gouvernement contre les pensions.

Des accords concernant les fins de carrière ou la revalorisation des allocations ont déjà pu être arrachés alors que l’AIP avait lui été rejeté.

Est-ce que refuser l’AIP ferait perdre ces quelques points positifs ? Normalement l’AIP se limite aux questions liées aux salaires et aux conditions de travail. Il porte sur la répartition des richesses produites par les travailleurs entre ces derniers et les actionnaires. Il règle la part du gâteau qui va aux salaires et celle qui va aux profits. Mais depuis quelques années, les patrons ont ajouté d’autres dossiers pour faire du chantage dans la négociation salariale et faire accepter le blocage des salaires.

Ensuite, tous ces points dépendent du bon vouloir du gouvernement et ce bon vouloir est loin d’être acquis. On l’a encore récemment vu avec les sorties de l’Open-VLD et du ministre MR des pensions, Daniel Bacquelaine, qui ont critiqué tous les aspects concernant les fins de carrière dans l’accord.

Mais plus concrètement, les accords concernant les fins de carrière (comme les crédits-temps ou les prépensions) ou celui concernant la revalorisation des allocations (ce qu’on appelle l’enveloppe bien-être) ont régulièrement pu être arrachés alors que l’AIP avait été rejeté. Cela pourrait être à nouveau le cas cette fois. « À condition qu’on reste mobilisé », ajoutent de nombreux syndicalistes. 

La mobilisation, la seule clé du succès. 

« La situation n’a jamais été aussi favorable à la mobilisation sociale », expliquait hier Johan, syndicaliste de la Centrale générale. « Les jeunes sont dans la rue, la peur des gilets jaunes est toujours bien présente, le gouvernement est minoritaire et on est à quelques semaines des élections. Tout est réuni pour mettre la pression. On ne doit pas rater l’occasion », ajoute-t-il. Le débat est en cours et sera tranché définitivement dans les organisations syndicales lors du Conseil général de la CSC et du Comité fédéral de la FGTB le 26 mars prochain. 


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