Youssef Handichi, député régional et membre de la direction régionale bruxelloise (image : BX1)

Fin avril, trois des six conseillers PTB à la Ville de Bruxelles ont décidé de démissionner et de siéger comme indépendants. Ils ne voulaient plus suivre les principes pour lesquels ils avaient été élus et étaient en désaccord avec le fait de ne pas être sur les listes régionales. « Pour un parti en plein essor, il est normal qu’il y ait des maux de croissance qui se manifestent. Nous en avons tiré les leçons et continuons avec nos principes et nos plus de 200 mandataires dans tout le pays », explique Youssef Handichi, député régional et membre de la direction régionale bruxelloise. Voici quelques éléments d'explication sur ces démissions et sur les principes du PTB

Au PTB, les élus ne pratiquent pas la lutte de places

Le fait que ces conseillers communaux démissionnent au moment de la constitution des listes électorales n’est évidemment pas anodin. La frustration de ne pas être candidat aux élections du 26 mai aura été l’élément déclencheur de leur démission. « Le PTB grandit et c’est assurément une bonne nouvelle. Il y a 10 ans, nous étions 3000. Aujourd’hui, nous sommes 18 000 membres. Cela entraîne certains maux de croissance du parti. Il y a eu des couacs dans le casting des listes aux dernières élections communales. Mais nous sommes en train de gérer ces maux de croissance avec sérieux. Et dans tous les domaines, y compris dans la constitution des listes régionales et fédérales du PTB », explique Youssef Handichi. Pour constituer ces listes, la commission électorale du PTB a dû faire des choix. Ces choix ont été réalisés sur base de conditions minimales fixées, après un large débat, par les instances démocratiques du parti. Le fait d’avoir été élu aux élections communales ne donnait aucun droit supplémentaire de revendiquer une place sur les listes régionales du PTB. « C’est important de le rappeler, explique Youssef Handichi. Lors des discussions avec les démissionnaires, les trois argumentent qu'ils auraient pu amener beaucoup de voix. Chez nous, les conseillers n'ont pas des privilèges, peu importe le nombre de voix de préférence qu’ils peuvent apporter. Les mêmes règles s'appliquent à tous. » Les critères étaient en effet clairs. Les candidats devaient par exemple être des membres actifs dans un groupe de base du parti et être réellement impliqués depuis plus d'un an, ils devaient respecter les engagements qu'on demande à chaque élu du PTB comme par exemple le fait d’exercer leur mandat avec sérieux et de ne pas en profiter financièrement. Sur base de ces critères, la commission électorale régionale du parti ne les a pas retenus, après débat démocratique, comme candidats sur la liste régionale.

Au PTB, tout le monde est impliqué.

Les élus démissionnaires critiquent le fait de ne pas avoir été impliqués, d’avoir été « traités comme des pions » et d’avoir été victimes d’un manque de démocratie interne. Youssef Handichi répond : « La vérité est que nous avons tout fait pour les impliquer. Beaucoup d’efforts ont été entrepris pour les aider et leur permettre d’intervenir au Conseil. Il suffit de revoir les séances du Conseil communal passées. En à peine 4 mois, chacun de nos conseillers est intervenu au Conseil. Quand je vois que la plupart des conseillers de la majorité n'interviennent jamais, c'est plutôt chez les partis traditionnels que les conseillers sont des pions. »

« Par contre, leur manque d’implication à eux a été manifeste. Un des élus démissionnaires a été absent à trois des quatre derniers conseils. Deux des trois conseillers communaux ont été absents de manière répétée aux réunions préparatoires du Conseil communal. Plusieurs mesures ont été prises pour faciliter leur présence. Des réunions ont été plusieurs fois déplacées pour que tous les conseillers communaux puissent venir. Cela n'a pas été concluant, rappelle Youssef Handichi. Deux d’entre eux avaient d’ailleurs fait le choix de ne pas participer à la vie de la section locale. Nous avions aussi organisé des formations sur l’histoire, le programme et le fonctionnement du parti auxquelles ils ne sont pas venus… »

Participer à ces réunions et ces formations est pourtant essentiel. Youssef Handichi le rappelle en citant son propre parcours dans le parti : « Je suis devenu membre du parti en 2007. Je travaillais à la STIB comme chauffeur de bus. La flexibilité, travailler le dimanche, le soir, le matin… je connais.  Le parti en a pris conscience. Le parti s’est adapté à cela. J’ai été invité à des formations à laquelle j’allais. Ces réunions et ces formations ont été déterminantes. C’est grâce à elles que je suis aujourd’hui membre de la direction. » 

Le fond du problème : un désaccord sur nos idées politiques

Les trois conseillers ont prétendu dans un premier temps siéger comme indépendants. Mais deux jours à peine après leur démission, le discours évoluait: ils devenaient « indépendants du côté de la majorité » (PS-Ecolo-Défi-sp.a), comme l'a signalé l’un d'entre eux. Yousef Handichi : « Lors d’une interview télévisée, un des démissionnaires reprochait qu’au PTB, il devait voter contre les projets de la majorité. Je constate qu’au premier Conseil qui suivait leur démission, ils ont voté systématiquement avec la majorité. Y compris sur un projet très contesté de nouvelle station de métro entre la gare du Midi et la place Anneeseens, qui menace de détruire tout un quartier et ses petits commerces installés depuis des années. Tout cela prouve qu'ils ont déjà perdu leur 'indépendance', et qu’ils se sont mis à la remorque du PS. Les Bruxellois et habitants du quartier peuvent heureusement continuer à compter sur les conseillers du PTB pour lutter contre la politique menée par le PS et ses alliés visant à transformer tout le centre de Bruxelles en quartiers huppés et bling-bling. » Cela a encore été le cas dans une interview récente à RTL, où un des démissionnaires a manifesté encore plus explicitement son soutien au bourgmestre PS de la ville de Bruxelles en disant que « Philippe Close est une bonne personne ».

Le PTB est un parti de principes

Comme tous les autres candidats du PTB aux élections communales, ces trois conseillers avaient signé avant les élections communales, un document reprenant les engagements des candidats du PTB. Parmi ceux-ci, il y avait le fait de ne tirer aucun avantage financier de leur mandat, de s'impliquer activement dans un groupe de quartier ou de prendre au sérieux la présence et la préparation du Conseil communal. Ces engagements sont respectés par les plus de 160 conseillers communaux du PTB avec le travail d’opposition sociale que l’on connaît. Les trois démissionnaires ont fait le choix de ne pas respecter ces principes ou insistaient fortement pour les remettre en question.

« J‘ai déjà évoqué le manque d’implication et de travail dans la préparation du Conseil communal. Le même reproche peut être fait sur leur implication dans la vie démocratique du parti. Deux des trois démissionnaires ne participaient plus aux réunions de groupe de leur quartier, alors qu'ils s'étaient engagés à participer à la vie active de la section. Les groupes de base du PTB sont pourtant le cœur de la vie démocratique du PTB. Ces groupes se réunissent mensuellement et constituent le lieu où l’on débat et discute avant d’agir collectivement. Les élus ne sont pas au-dessus des sections et des structures du parti et ne prennent pas seuls les décisions. Leur travail est nourri par le travail de terrain des membres du parti et ils défendent les positions décidées démocratiquement dans les différents groupes et sections du parti. »

Les élus du PTB travaillent de manière désintéressée

Une des trois personnes démissionnaires a exprimé à plusieurs reprises la volonté de garder une partie des jetons de présences. La condition de verser la totalité des jetons de présence était pourtant un des engagements qu’elle avait signés pour pouvoir être candidate aux élections communales. Le PTB est un parti dont l’activité repose sur l’engagement de milliers de bénévoles, qui consacrent quelques heures après leur boulot, après leur famille pour faire grandir les idéaux de solidarité du parti. Ce sont ces milliers de membres et sympathisants qui rendent le PTB à nul autre pareil. Ils donnent un peu de leur temps gratuitement, sans contrepartie, pour le bien commun. Pourquoi les conseillers communaux démissionnaires devaient-ils toucher eux plus de 300 euros pour participer à deux réunions par mois ? Pour le PTB, l’engagement comme conseiller communal vaut autant que celui de tous les autres membres et sympathisants qui le font de manière totalement désintéressée. Nos conseillers communaux se rendent au Conseil pour y défendre l'intérêt collectif, pas pour y toucher des jetons de présence comme nombre d’élus locaux des partis traditionnels. Ce principe de base du PTB garantit d’avoir des élus intègres et qui gardent les pieds sur terre.

Malgré les engagements pris avant les élections, ces élus ne les respectaient donc plus ou voulaient les remettre en question. «C’est d’ailleurs en partie ce constat qui a été à la base de la décision de ne pas les retenir comme candidats sur les listes régionales. Pour nous, ce sont des principes de base qui font du PTB un parti authentique dans lequel il n'y a pas de place pour des privilèges aux élus. Et cela le restera », conclut Youssef Handichi.

Youssef Handichi, député bruxellois et membre de la direction régionale bruxelloise, est revenu sur les événements au micro de BX1.


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