Photo Fabio Sola Penna / Flickr.

Le PTB condamne l'invasion militaire turque dans le nord de la Syrie. Nous sommes solidaires avec la population kurde qui en est la première victime, et avec tous les autres groupes de population qui souffrent à cause du conflit. Nous condamnons aussi et surtout l'hypocrisie de l'Occident : les États-Unis et l'Otan, l'Union européenne et le gouvernement belge. Par les décennies d'ingérence étrangère, les interventions militaires et les guerres, ceux-ci portent la plus grande part de responsabilité dans le chaos dans lequel est plongé tout le Moyen-Orient.

L'invasion turque est le énième épisode en huit ans de guerre en Syrie. Un épisode qui s’inscrit dans la grande guerre pour le Moyen-Orient, qui dure depuis encore bien plus longtemps. La région fait saliver – et intervenir militairement – les grandes puissances occidentales pour ses riches champs de pétrole et de gaz, sa position stratégique, ses importantes routes de transit. L'ingérence étrangère en Syrie a commencé lorsque les États-Unis, l'Otan, les États membres de l'UE et les monarchies conservatrices du Golfe ont armé et financé l'opposition syrienne contre Bachar el-Assad. Ils ont ainsi créé un terreau fertile pour les djihadistes de toutes sortes, pour Daech et ses acolytes. Avec les attentats terroristes, flux de réfugiés, division et misère qui en ont résulté.

L’écrasante responsabilité européenne

Tout comme lors des précédentes interventions militaires, bombardements aériens et guerres terrestres, la population civile est très lourdement frappée. La population locale, les groupes de population déplacée, les groupes de réfugiés. En Syrie même, dans les pays voisins (principalement la Turquie et le Liban), en Europe. Quelles que soient leur communauté, origine, nationalité ou obédience religieuse.

La responsabilité de l'Union européenne et des pays européens est ici écrasante. Ils ont participé aux actions militaires des États-Unis par des bombardements, le financement de toutes sortes d'obscurs groupes d'opposition, des chaleureux liens d'amitié et des livraisons d'armes à la dynastie saoudienne.

Lorsque les réfugiés ont massivement pris la direction de l'Europe, l'UE a élaboré un plan de refoulement à grande échelle, un accord avec le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan pour maintenir les réfugiés syriens principalement en Turquie. Le nombre de réfugiés en Turquie est actuellement estimé à plus de 3,6 millions – ce qui, à l'échelle de la population belge correspondrait à environ 500 000 réfugiés. Ce grand nombre de réfugiés entraîne des tensions au sein de la population turque, principalement dans certaines villes proches de la frontière syrienne qui ont vu leur nombre d'habitants doubler. Outre l'action contre les Kurdes, Erdogan justifie son intervention en Syrie par l'argument qu'il veut se débarrasser de ces réfugiés syriens. Il est donc hypocrite de la part des dirigeants européens de condamner aujourd'hui Erdogan alors qu'ils portent eux-mêmes une part de responsabilité dans le problème des réfugiés syriens.

Les conséquences du cynisme occidental s'observent également sur le champ de bataille en Syrie. Aux côtés des troupes turques combat l'autoproclamée « Armée nationale syrienne » (ANS), composée de l'ancienne Armée syrienne libre (ASF) et de djihadistes issus d'Al-Qaïda et d'Al-Nosra (il y a potentiellement aussi des anciens combattants de Daech). Cette même Armée syrienne libre s'est développée grâce au soutien occidental dans sa lutte contre le régime du président Assad.

La situation sur le terrain évolue très vite. Les forces armées kurdes – les Forces syriennes démocratiques (FDS), principalement constituées des Unités kurdes de protection du peuple (YPG) – viennent de conclure un accord avec Assad. L'armée syrienne s'allie à celles-ci contre les troupes turques et les milices qui y sont liées. Damas reconquiert ainsi sa souveraineté sur le territoire syrien. L'accord, obtenu par la médiation russe, stipule aussi que les droits démocratiques de la population kurde seront inscrits dans la Constitution syrienne.

Le retrait des troupes turques est nécessaire

Il est clair qu'une invasion militaire étrangère et une guerre peuvent très rapidement avoir des conséquences imprévisibles et déboucher sur des alliances inattendues, mais elles ne peuvent en aucun cas être une voie pour obtenir des droits démocratiques, le progrès social et la sécurité pour les groupes de population concernés. Pour rendre cela possible, il faut que toutes les troupes américaines et européennes quittent le Moyen-Orient et que les troupes turques quittent la Syrie. La Belgique et les Nations unies doivent soutenir les initiatives régionales pour arriver à un vrai dialogue et à des négociations entre toutes les parties concernées. Les principes du droit international doivent en être le fil conducteur : pas d'usage de la violence, pas d'ingérence étrangère, le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des pays concernés, des droits égaux et à part entière pour chacun.

Contre l’instrumentalisation raciste et islamophobe

Pour finir, nous nous opposons à toute forme d'instrumentalisation du conflit turc-kurde-syrien dans notre société. Les dirigeants du Vlaams Belang ou certains à la N-VA semblent avoir trouvé dans l'attaque turque au nord de la Syrie un nouveau prétexte pour encore aviver le racisme et l'islamophobie. Afin, par une politique du diviser pour régner, d'empêcher le respect mutuel et la bonne entente entre les différents groupes de population de notre pays. Nous demandons au contraire plus d'engagement et de moyens pour favoriser l'intégration et le vivre-ensemble des communautés de différentes origines.


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